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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 18:11
Interview de Martin ZIGUELE à Diaspora Magazine

 

 

http://www.diaspora-magazine.com/  Mardi 25 Août 2015 à 12:06

 

Connaissez-vous bien Martin Ziguélé ? Ses relations avec François Bozizé ? Son combat politique et son projet de société pour la jeunesse ? Nous vous laissons le temps de le découvrir à travers cette interview réalisée à son domicile à Bangui, le 21 août 2015. 

 

Diaspora Magazine : En tant qu’homme politique, quelle lecture faites-vous de la situation politique à l’heure actuelle ? 


Martin Ziguélé : Je pense que la situation politique centrafricaine à ce jour est assez fébrile. Mais je ne suis pas du tout surpris parce que la difficulté que nous avons dans notre pays est le passage d’un régime de transition à un autre. Les périodes de la transition en Afrique sont toujours une période périlleuse. Prenez le cas de la Côte d’Ivoire après le président Houphouët Boigny, le Togo après le président Gnassingbe Eyadema, le Sénégal après le départ du président Diouf du pouvoir  et l’arrivée de Wade.  Prenez d’autres pays autour de nous que je ne citerai pas un à un.  Chaque fois que le peuple entame une transition politique d’un régime à un autre, lorsque le problème n’est pas constitutionnellement bien réglé et surtout exécuté, il y-a des hommes et des femmes qui tentent d’influencer les institutions sinon de les manipuler à leur profit, et cela crée automatiquement des réactions et la situation est difficile. Mais ce qu’il ne faut pas faire c’est d’éviter une rechute plus grave que le mal qu’on veut soigner.  Le rôle des acteurs politiques est de veiller à ce qu’on ne perde pas la raison. Lorsqu’on perd la raison, on bascule dans la guerre civile et on ne sait jamais comment la chose se termine.   


Quelle sont vos  relations avec l’ancien président Bozizé ? 


Le président Bozizé a toujours été quelqu’un que j’ai considéré comme un grand frère.  C’est le président Patassé qui me l’a présenté au mois de Septembre 1979. Donc, ça fait plus de 36 ans que je l’ai connu. Paradoxalement, nos relations ont toujours été excellentes. Même lorsqu’il avait été contraint à l’exil au Tchad suite aux évènements qui se sont passés en Novembre 2001, j’étais le seul membre du gouvernement et Premier ministre à m’opposer au président Patassé et exiger qu’il rentre et soit réhabilité dans ses fonctions et j’ai des témoins vivants qui sont encore là, des officiers généraux qui étaient membre du gouvernement qui peuvent le témoigner.  

Curieusement lorsqu’il est arrivé au pouvoir, les choses ont changé, pour quelle raison ? Je ne sais. Mais je pense que beaucoup de gens, étant donné que j’étais Premier ministre du président Patassé, l’ont convaincu que j’étais une cible politique à abattre et il n’a pas pris le recul nécessaire pour comprendre que je n’étais pas du tout dans la démarche d’une vengeance. Parce que, souvenez-vous quand il y a eu les évènements de Mars 2003, j’étais Premier ministre et j’étais refugié à l’ambassade de France. J’ai dit à tout le monde que j’attendais que les choses se calment pour sortir de là afin de vaquer à mes obligations. Donc, je n’avais nullement l’intention de sortir du pays. Je crois que dans son entourage il y a des zélés comme partout pour essayer de l’opposer aux uns et aux autres et surtout à moi de réprimer les paresseux comme je le disais et il est tombé dans cette facilité-là.  


C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, n’importe quel chef d’Etat centrafricain, que ce soit François Bozizé ou  un autre, doit veiller à ce qu’il n’y ait pas vraiment de mensonge et des fausses rumeurs distillées par leur entourage  qui empoisonnent des relations anciennes entre des personnes qui n’ont absolument rien à se reprocher l’une à l’autre. Il était  militaire, donc dans l’armée et moi, j’étais Premier ministre et  donc dans le gouvernement. On n’avait aucune raison d’avoir quoi que ce soit. Comme je vous l’ai dit c’est même après 2005  où l’on est allé aux élections. Il a gagné et j’étais allé à son investiture pour le féliciter et lui souhaiter un excellent mandat pour lui dire que j’étais prêt à l’aider mais je ne voulais pas entrer dans un gouvernement pour éviter des mélanges  de genres et que j’allais rester dans l’opposition mais qu’on s’entretienne pour aider notre pays à avancer. Ça s’est bien passé pour la première année. 

Malheureusement dès 2006, les spécialistes des fiches ont commencé à raconter des histoires les plus biscornues. J’ai été brutalisé, convoqué au tribunal, humilié etc. parce que tout simplement il avait une oreille attentive à des gens qui ne cherchaient manifestement pas la vérité et la paix pour conduire le pays. Et vous voyez ! Je considère cela comme un drame humain parce que les choses auraient pu se passer autrement.   

Et vous avez participé à son départ du pouvoir ? 


Non. Je ne l’ai pas du tout poussé à partir du pouvoir, bien au contraire. Et ça c’est une occasion de démentir une rumeur selon laquelle c’est moi qui aurait amené la Séléka. Lorsqu’il y a eu les élections de 2011 et que nous avons contesté les résultats des élections, nous n’avons jamais appelé à des manifestations dans la rue. Nous n’avons jamais appelé qui que ce soit à casser quoi que ce soit. Nous n’avons jamais organisé des sit-in, des marches ou des brutalités. On nous a même reproché de ne pas  avoir organisé des meetings. Donc, nous ne nous sommes pas inscrits dans une démarche d’action contre l’Etat. Mais nous avons politiquement refusé de reconnaitre les institutions issues de ces élections que nous continuons à considérer comme frauduleuses parce qu’elles se sont pratiquement déroulées en dehors du cadre légal mais nous avons demandé un cadre politique.

 
Lorsque la rébellion de la Séléka a commencé et que les chefs d’Etats de la CEEAC se sont réunis à Libreville, c’est nous, de l’opposition démocratique qui avions écrit à l’endroit de ces présidents pour demander qu’il fallait éviter un tête à tête entre des belligérants et il faut que les forces vives de la nation participent à ce forum là pour organiser la paix. C’est comme ça que nous sommes allés à Libreville. Dès que nous avons demandé la démission de Bozizé, ce qui est normal pour les forces politiques et que la Séléka aussi l’a demandé, tout de suite, ceux qui, de 2005 à 2007 ont mis de l’huile sur le feu, ont commencé à nous présenter comme des complices de la Séléka. Mais personne ne dit que c’est dans le même avion que nous sommes rentrés de Libreville à Bangui avec François Bozizé et que nous avons fait une photo de famille à l’aéroport de Bangui, au salon présidentiel. Ces photos  existent. 

Ensuite,  il y avait les manifestations des partisans de François Bozizé dans toute la ville pour dire que finalement, il demeure en place pour diriger  la transition. Si nous étions demeurés dans l’idée de demander son départ, on n’aurait pas signé l’accord de Libreville et on n’aurait pas proposé un Premier ministre de l’opposition démocratique, on n’aurait pas accepté d’entrer dans un gouvernement d’union nationale dirigé par le gouvernement Tiangaye I. D’ailleurs, les partisans du KNK avaient manifesté toute la nuit à Bangui pour dire leur joie que François Bozizé soit resté au pouvoir. 


Je pense que nous avons chez nous beaucoup d’amnésie sélective c'est-à-dire quand on veut raconter une histoire politique, on n’oublie volontairement des casiers. On raisonne à charge parce qu’on veut arriver à façonner l’opinion des uns et des autres d’une manière erronée,  cela ne résiste pas à la vérité. 


Pour me résumer, contrairement à ce qui s’est passé après 2006, j’ai toujours eu d’excellentes relations avec François Bozizé mais je l’ai toujours considéré comme un grand frère. Je lui ai d’ailleurs posé une question en 2007. Je lui ai dit : « Pourquoi croyez-vous  des gens qui viennent vous dire que je suis en train de préparer  un coup d’Etat et d’acheter des armes en France ? ».  Il m’a dit en riant que c’est parce que nous n’avons pas de contact régulièrement qu’il est obligé de croire à ce que lui dit. Je lui ai répondu que monsieur le président, ce que vous dites est grave. D’abord, vous êtes un chef d’Etat et je n’ai pas le droit de vous appeler tout les jours. Mais si de votre côté vous avez des informations me concernant, vous savez comment me joindre. On nous a accusés de faire venir des congolais pour faire un coup d’Etat etc. C’était des histoires comme ça,  à faire dormir debout qui ont pourri nos relations. 

Comment appréciez-vous la démission de Babacar Gaye qui sera remplacé par le gabonais Parfait Onanga ? 


Lorsqu’une situation comme celle de notre pays s’est quelque peu calmée, les critiques deviennent faciles. Mais voyez au mois de décembre 2013 jusqu’en janvier 2014, les centrafricains de toutes leurs forces demandaient l’intervention des forces internationales. 12000 hommes dans un pays fragile comme le nôtre. Naturellement, des écarts de comportement sont tout de suite possibles et il faut condamner cela. On ne peut pas accepter que des enfants, des jeunes  filles  et en plus des mineurs soient violés, cela est inadmissible.  Mais la responsabilité de Babacar Gaye n’est pas une responsabilité individuelle mais en tant que chef d’institution. Je pense qu’il en a tiré des leçons à son  honneur. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau de bain. Il ne faut pas que les centrafricains pensent que c’est parce dans une bonne partie de Bangui, on dort tranquillement, qu’il y a la paix, c’est faux. Nous sommes dans un pays sans système de sécurité autonome. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de cas comme cela dans le monde. Nous n’avons ni armée sinon une armée qui est en train de se reconstituer mais sans aucun moyen. Nous avons des forces de police symboliques à Bangui et la force de la gendarmerie qui peinent à se reconstituer mais uniquement à Bangui parce que j’ai fait l’intérieur du pays. S’il y a des gendarmes et des policiers, ils sont sans armes cela veut dire qu’ils sont inefficaces. Donc, l’ensemble de ces choses-là doit dire attention,  n’ouvrons pas par facilité un front contre les forces internationales parce que nous existons encore à cause d’eux.  Nous devons plutôt aider ces forces à faire leur travail. 


S’agissant du remplacement de Babacar Gaye, je ne peux que souhaiter, en tant qu’acteur politique, la bienvenue au nouveau représentant et la réussite de sa mission. Cette réussite sera la paix de la RCA et c’est le vœu de tous les centrafricains. Pas seulement moi-même. 


Quand on parle de Martin Ziguélé, les gens pensent toujours à la politique. On aimerait bien que vous nous parliez de l’homme que vous êtes. 


C’est vrai. Si vous m’aviez demandé à l’âge de 11 ans, que voudrais-je être ? J’allais vous dire : je voudrais être prêtre parce que je suis entré au séminaire Saint Jean de Bossangoa en 1968 avec beaucoup de collègues dont certains sont prêtres aujourd’hui. D’autres sont morts, malheureusement. Je suis resté 4 ans au séminaire de Bossangoa et je suis venu au séminaire Saint Paul de Bangui où je n’ai pas pu intégrer la classe de seconde pour des raisons un peu privées. Je suis resté au Lycée d’Etat des Rapides avec des camarades séminaristes jusqu’en terminale et certains sont allés au grand séminaire. Et quand j’étais encore au petit séminaire de Bossangoa, chaque année les prêtres nous demandaient ce qu’on voulait faire dans l’avenir. Quant à moi, je disais que je voudrais être un prêtre Jésuite. Pour quoi faire ? Me questionnait-il. Ma réponse : Parce que je voudrais enseigner. C’était ça ce qui me plaisait dans la vie. 


Mais quand j’étais encore en classe de terminale, Bokassa avait sorti un décret qui interdisait aux étudiants centrafricains d’aller en France alors que je voulais faire une étude de philosophie après mon Baccalauréat. Et je voulais faire les plus longues études possibles pour faire de l’enseignement. Bokassa ayant pris son décret, nous qui étions sans soutien, on n’avait pas d’autre choix que d’intégrer l’université de Bangui.  Dès que  j’étais à l’université de Bangui, de la part des amis que je connaissais, j’ai entendu parler de l’Institut international d’assurance de Yaoundé et donc, je me suis inscrit par correspondance pour entrer à l’Ecole nationale d’administration à l’époque et aussi à l’institut national de Yaoundé. J’étais admis aux deux concours. J’ai choisi d’aller faire les assurances que je ne connaissais pas du tout. Mais par curiosité, je suis parti le faire pour me spécialiser en DESS (Diplôme d’études supérieures spécialisées). Je suis rentré à Bangui et j’ai été envoyé immédiatement au Maroc puis en Allemagne pour faire le cycle de spécialisation.  Donc, ma spécialité dans les assurances c’est l’épargne, les transmissions des patrimoines etc.  Je me suis retrouvé à un cheminement totalement complexe, différent de ce que je voulais faire. C’est ça Martin Ziguélé. 

C’est quand je suis rentré de mes études et pendant que je faisais mon service militaire que le MLPC est né. Et par hasard mon meilleur ami c’était  Ndodé parce qu’on était ensemble en 6e au séminaire à  Bossangoa. Et c’est lui qui m’a parlé du MLPC pour la première fois ici aux Castors et c’est comme ça que nous avons créé la cellule MLPC en Septembre 1979 dans laquelle je suis entré et je suis resté jusqu’à présent. C’était un itinéraire car j’étais comme une feuille d’arbre que le vent à transportée comme ça,  parce qu’aujourd’hui vous avez beaucoup de moyens de communication, d’information, vous avez beaucoup de choix. Mais à l’époque on ne nous demandait que d’étudier et puis le reste vous avancez parfois comme ça pour déboucher sur des horizons qu’on ne pouvait pas forcément prévoir. 


Je me suis retrouvé très jeune à la tête d’un service dans une entreprise d’assurance d’Etat. Cinq ans plus tard, madame Samba Panza était aussi nommée dans la même entreprise et nous avons travaillé ensemble. Je développais tout ce qui concernait l’assurance vie et c’est comme ça qu’en 1988,  il a été créé un organisme Africain de réassurance à Lomé et il fallait entrer sur concours.  J’ai passé le concours, j’étais admis et je suis parti depuis 1988 et je ne suis rentré à Bangui qu’en Mars 2001, c'est-à-dire 13 ans après pour être directeur national de la BEAC, après Premier ministre et voilà la suite. Donc, j’étais militant dès l’âge de 22 ans mais je n’étais pas aux premiers rangs. En tout cas c’était ma carrière d’assurance qui était la chose dans laquelle j’ai plus investi professionnellement. 


Quel rôle joue votre épouse dans la lutte politique que vous menez ? 


Ma femme, je l’ai connue quand j’étais étudiant parce que j’ai eu mon premier fils quand je finissais les études à l’Institut national d’assurance de Yaoundé. Elle est centrafricaine aussi et au début vous savez, les épouses regardent un peu de loin les activités politiques mais elle a eu le temps de s’imprégner de la chose parce que pour moi, la politique c’est une conviction totale. Ma femme a toujours vécu dans cette ambiance  et aujourd’hui, elle participe activement aux activités du parti puisqu’elle est conseillère de la fédération MPLC de l’Europe. Et puis ici à Bangui, elle coache un peu ses camarades du bureau national des femmes du parti. Elle fait des descentes sur le terrain. Elle s’organise et travaille avec beaucoup de femmes des minorités telles que des pygmées. 


Si l’on  demande de passer une journée avec votre famille, comment allez-vous faire ? 

Toute ma famille sait que je suis quelqu’un qui lis beaucoup. Quand vous entrez dans ma chambre, c’est comme une bibliothèque. Et d’ailleurs quand j’étais Premier ministre et qu’il y avait le coup d’Etat du 15 mars 2003, ceux qui ont pillé ma maison étaient surpris que chez un Premier ministre on ne trouve que des livres parce qu’il y a beaucoup de livres que j’ai toujours lus. Je vais  vous raconter une anecdote. 

Quand  j’étais au séminaire à Bossangoa, entre la classe de 6e et celle de 3e, j’ai lu tous les livres qu’il y avait dans la bibliothèque. Et cette passion pour la lecture m’est restée. Donc, ma famille sait que si je m’isole une heure, deux heures, c’est que je suis en train de lire. Je lis tout et avec l’apparition de l’internet, je pense le mal s’est aggravé parce qu’une fois que je finis avec les visites et les causeries familiales, quand je m’isole c’est pour regarder sur internet  les informations sur la RCA d’abord et en suite les autres pays. Et quand ma femme me voit tout le temps en train de lire sur internet, elle me dit : mais pourquoi tu n’écris pas mais tu lis seulement ? Je dis non, parce qu’aujourd’hui le moyen d’expression de la jeunesse, des cadres, des intellectuels c’est l’internet. Lorsque vous lisez les débats entre les jeunes centrafricains, vous voyez tout de suite quelles sont leurs préoccupations, qu’est-ce qu’ils comprennent, qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas, qu’est-ce qu’ils aiment ou pas.  Cela a remplacé l’arbre à palabre. 


 Et il y a quelque chose que je ne laisserai jamais dans ma vie c’est le sport et particulièrement le basket que j’ai appris lorsque j’étais au séminaire à Bossangoa. Le basket est resté ma passion. Même quand j’étais en exil en France, je jouais avec ma famille au stade municipal. C’est d’ailleurs  pour cela que je suis avec beaucoup de passion et de saignement au cœur l’épopée des Fauves à Tunis mais comme je ne peux plus jouer en équipe, tous les deux jours, je fais au moins sept ou dix kilomètres de marche. C’est pendant ces moments-là que je réfléchis. Donc hier par exemple, j’ai marché pendant une heure de temps et ça me permet de garder ma ligne avec le sport. 


Est-ce que vous écoutez de la musique ? 


Bon, je vous avoue que quand j’étais plus jeune comme tout centrafricain, on passait nos soirées dans les concerts. Maintenant je n’ai pas beaucoup de temps à écouter la musique. Mais lorsque je vois mes enfants ou ma femme mettre plusieurs fois une chanson, j’essaie de suivre ça pour comprendre. Je n’ai pas le même rapport avec la musique qu’avec le sport parce que je vous dis quand  la RCA joue un championnat international de basket, je ne rate pratiquement aucun match. Je m’organise pour suivre tout le match quels que soit les résultats. Et je ne les condamne pas quand ils perdent. On ne peut pas être tout le temps gagnant. Et puis avec la situation actuelle de notre pays, je pense que l’important n’est pas que de gagner YASSITOUNGOU. Si on gagnait ça, je serai le premier à aller les accueillir à l’aéroport. Mais si on ne gagne pas, je ne vais pas les condamner pour ça.

 
Quelle spécialité culinaire appréciez-vous ? 


Je vais vous surprendre. Depuis que j’ai fini mes études, depuis plus de 30 ou 40 ans, je ne mange que des plats centrafricains. Que je sois ici ou en Europe soit partout, je m’organise pour ne manger que des plats centrafricains. Et naturellement quand je peux, avec du « Gozo », mais mon plat préféré c’est du Gombo frais avec la viande ou bien du « Goussa » puis naturellement, peut-être pour des raisons liées à mon enfance, quand vous me faites du « Dongo » le dimanche, je vous embrasse sur les deux joues. 


Votre dernier mot. 


Je voulais dire à mes compatriotes mais surtout à la jeunesse centrafricaine, chacun à sa lecture de la crise centrafricaine mais moi, je pense que la crise centrafricaine est d’abord un retour  de manivelle très fort à l’égard de tous les centrafricains, de tous les acteurs politiques, de tous les parents sur le fait que nous n’avons pas fait attention à l’évolution de la structure de notre pays. Ce pays, aujourd’hui il y a plus de 60% des jeunes centrafricains qui ont moins de 20 ans. Vous vous rendez compte ? C’est-à-dire, quand vous prenez  10 centrafricains, il y en a 6 qui ont moins de 20 ans. Où sont les écoles pour les former ? Où sont les centres d’apprentissage pour leur apprendre les métiers ?   Où sont les centres de mise en condition pour leur apprendre à devenir des fermiers ? Où sont les centres de santé pour les soigner ? Où sont les perspectives des infrastructures pour leur permettre de s’épanouir ? Vous allez me dire nous sommes un pays en développement mais … C’est qu’ailleurs l’investissement dans les infrastructures collectives et de développement ont été plus réguliers qu’en Centrafrique. On a passé beaucoup de temps à nous amuser et à nous distraire et notre jeunesse nous a renvoyé à la figure tous nos échecs. Et aujourd’hui, s’il ya une chose sur laquelle la jeunesse centrafricaine fera ou ne fera pas le pouvoir qui sera issu de ces élections là, ce sont les jeunes qui décideront du sort de ces élections là. Si j’ai un conseil à donner ça ne sera qu’aux jeunes, c’est de demander à chacun qu’est-ce qui ne va pas pour la jeunesse centrafricaine. Je crois que c’est le centre de la préoccupation de la RCA. Que vous  preniez tous le mouvement de rébellion, tous les mouvements de sédition, 99% de ce corpus c’est des jeunes, c'est-à-dire des enfants, ceux qui sont nés pendant que nous étions en train de travailler de gauche à droite et que nous n’avions pas fait attention à eux. Arrivés à un âge donné, ils n’ont pas de métier, pas de maison. Ils ont parfois des femmes et des enfants vice versa et ne peuvent pas subvenir à leurs besoins. Ils continuent d’habiter chez leurs parents et ce sont nos enfants là que nous avons oublié de regarder. Ce sont eux aujourd’hui qui nous demandent des comptes. Ce n’est pas autre chose. Que vous alliez chez la Séléka, c’est la même chose  que chez les Antibalaka. Et puis naturellement il y a derrière ça des hommes et des femmes politiques qui les manipulent pour des intérêts qui sont complètement surréalistes, c'est-à-dire qui sont complètement fantaisistes. Mais la vraie bataille, c’est la bataille de l’emploi, c’est la bataille de la réponse aux attentes de la République centrafricaine. S’il n’y a pas de réponse aux attentes de la jeunesse centrafricaine, je crains mais je ne le souhaite pas, que nous ne soyions pas encore au terme de notre crise. C’est pour cela que la réponse, la seule pour nous, pour moi et pour le MLPC, pour le projet politique que je suis en train de vouloir proposer demain aux centrafricains, le cœur de ce projet se résume aux réponses aux attentes de la jeunesse. Il faut mettre cette affaire au centre du jeu. 

 

Herve Serefio

 

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