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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 22:07

 

 

 

AFP 11 AOÛT 2015 À 19:53 

 

Amnesty International a recueilli une quinzaine de de témoignages faisant état du viol d'une fillette et du meurtre d'un homme et son fils lors d'une intervention des Casques bleus début août.

 

La Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) a ouvert une enquête sur des accusations communiquées mardi par Amnesty international sur le «viol d’une fillette» et «l’homicide d’un adolescent de 16 ans et de son père» qui auraient été commis par des Casques bleus au cours d’une opération armée dans Bangui début août.

 

«D’après les éléments dont nous disposons, tout porte à croire qu’un Casque bleu a violé une fillette et que d’autres ont tué deux civils de façon aveugle», affirme Amnesty International dans un communiqué publié mardi.

 

La Minusca, tout en «prenant très au sérieux» ces accusations, a déclaré ne «pas être au courant de ces faits». «Il nous faut des faits établis, vérifiables, nous avons ouvert une enquête», a déclaré depuis Bangui son porte-parole, Hamadoun Touré.

 

Au moins cinq personnes, dont un Casque bleu camerounais de la Minusca, avaient été tués et des dizaines blessés pendant cette opération qui s’est déroulée les 2 et 3 août, visant à arrêter un ancien chef de l’ex-rébellion Séléka dans l’enclave musulmane du PK5 à Bangui. La Séléka, à dominante musulmane, avait pris le pouvoir à Bangui en mars 2013, avant d’en être chassée l’année suivante, mais elle y a gardé des sympathisants, notamment dans le quartier du PK5.

 

QUINZE TÉMOINS

 

«Il faut qu’une enquête indépendante soit menée de toute urgence par la justice civile et que les responsables présumés de ces crimes soient suspendus sans délai», a réclamé Amnesty International. L’ONG a indiqué s’être «entretenue avec 15 témoins immédiatement après les faits, ainsi qu’avec la fillette concernée et des membres de sa famille».

 

«Pendant une perquisition effectuée dans une maison le 2 août vers 2 heures du matin, la fillette s’était cachée dans la salle de bains. Un homme portant, semble-t-il, un Casque bleu et un gilet des forces de maintien de la paix des Nations unies l’a emmenée à l’extérieur et violée derrière un camion», accuse le communiqué.

 

Au sujet de l’homicide d’un père et de son fils, Amnesty précise «que Balla Hadji, 61 ans, et son fils Souleimane Hadji, 16 ans, ont été atteints par des tirs devant leur maison». Un voisin ayant assisté à la scène a indiqué à Amnesty que les les Casques bleus «avaient tiré sur tout ce qui bougeait».

 

«TOLÉRANCE ZÉRO»

 

Le porte-parole de la Minusca a précisé que la mission a ouvert une enquête «sur toute l’opération» au PK 5, quartier difficile d’accès et ouvert au trafic d’armes. «Nous pratiquons une tolérance zéro en matière d’exploitation sexuelle», a-t-il dit.

 

Au sujet de l’accusation d’homicide, il a précisé que les Casques bleus avaient été accueillis dimanche vers 2 heures du matin «par des tirs de roquettes et de grenades. C’est difficile de savoir dans ces conditions qui est tué». «Nous avons ouvert des investigations, nous ne prenons pas cela à la légère», a-t-il dit.

 

La justice française a ouvert une enquête au sujet de quatorze militaires français de l’opération Sangaris en Centrafrique, accusés de viols de six enfants, qui auraient été commis entre fin 2013 et début juin 2014.

 

L’opération française Sangaris a été lancé en décembre 2013 pour mettre un terme aux violences de la Séléka contre les civils. Mais si la capitale centrafricaine connait un certain retour au calme depuis des mois, Sangaris et la Minusca n’arrivent pas à stabiliser l’ensemble du pays dans lequel de nombreuses «zones grises» restent en proie aux groupes armés et au banditisme.

 

 

 

République centrafricaine. Il faut que les casques bleus soupçonnés du viol d’une fillette et de deux homicides aveugles fassent l’objet d’une enquête

 

 

Il faut que le viol d’une fillette de 12 ans et ce qui s’apparente à l’homicide sans discrimination d’un adolescent de 16 ans et de son père, qui auraient été commis par les forces de maintien de la paix sous mandat des Nations unies en République centrafricaine, fassent l’objet d’une enquête de toute urgence et que les responsables présumés de ces agissements soient suspendus immédiatement, a déclaré Amnesty International.

 

Les faits se sont déroulés les 2 et 3 août, alors que les forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation de la paix en République centrafricaine (MINUSCA) effectuaient une opération dans l’enclave musulmane du PK5 à Bangui, la capitale.

 

« D’après les éléments dont nous disposons, tout porte à croire qu’un casque bleu a violé une fillette et que d’autres ont tué deux civils de façon aveugle, a déclaré Joanne Mariner, conseillère principale sur la réaction aux crises à Amnesty International.

 

Je me suis mise à pleurer, alors il m’a giflée fort et a mis une main sur ma bouche

 

« Il faut qu’une enquête indépendante soit menée de toute urgence par la justice civile et que les responsables présumés de ces crimes soient suspendus sans délai et pour toute la durée des investigations. »

 

Amnesty International s’est entretenue avec 15 témoins immédiatement après les faits, ainsi qu’avec la fillette concernée et des membres de sa famille. L’infirmière qui a examiné la fillette a relevé des éléments qui pourraient être imputables à une agression sexuelle.

 

Pendant une perquisition effectuée dans une maison le 2 août vers 2 heures du matin, la fillette s’était cachée dans la salle de bain. Un homme portant, semble-t-il, un casque bleu et un gilet des forces de maintien de la paix des Nations unies l’a emmenée à l’extérieur et violée derrière un camion.

 

« Je me suis mise à pleurer, alors il m’a giflée fort et a mis une main sur ma bouche », a expliqué la fillette aux délégués d’Amnesty International.

 

Un porte-parole de la MINUSCA a indiqué à Amnesty International que l’opération avait été menée par des policiers et des gendarmes rwandais et camerounais sous mandat des Nations unies.

 

Le 2 août en début de matinée, un soldat camerounais a été tué et neuf soldats ont été blessés lors d’affrontements armés avec des habitants de l’enclave.Le lendemain, des casques bleus sont retournés au PK5. Des témoins ont déclaré à Amnesty International que les casques bleus n’étaient aucunement menacés mais avaient ouvert le feu de façon aveugle dans la rue où des coups de feu avaient été tirés le 2 août.

 

Le corps de Souleimane Hadji, tué le 3 août 2015 à Bangui, en République centrafricaine, est transporté hors de l'hôpital par des membres de sa famille.

 

Balla Hadji (61 ans) et son fils Souleimane Hadji (16 ans) ont été atteints par des tirs devant leur maison. Balla a été, semble-t-il, touché au dos et Souleiman, à la poitrine. Un voisin ayant assisté à la scène à indiqué à Amnesty International qu’« ils [les casques bleus] allaient tirer sur tout ce qui bougeait ».

 

Sans répondre sur le fond aux questions d’Amnesty International concernant l’opération menée au PK5, un porte-parole de la MINUSCA a déclaré qu’une enquête préliminaire avait été ouverte en interne.

 

Les récentes allégations visant des casques bleus sont étayées par des preuves matérielles et de multiples témoignages. Une enquête rapide et approfondie doit être menée par une autorité civile compétente, et la fillette doit bénéficier d’un soutien médical et psychologique adéquat.

 

Joanne Mariner, conseillère d'Amnesty International pour les situations de crise

Ces derniers mois, les Nations unies ont été critiquées pour n’avoir pas correctement réagi aux allégations de violences sexuelles à l’encontre de mineurs visant des membres des forces militaires internationales en République centrafricaine. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a chargé récemment un panel d’experts indépendant d’examiner la façon dont les Nations unies avaient réagi aux allégations d’exploitation et de violences sexuelles et de faire des recommandations sur la manière dont l’ONU devrait traiter de telles allégations dans le futur. Les Nations unies ainsi que tous les pays qui envoient des contingents doivent pleinement mettre en œuvre leur politique de « tolérance zéro » face à l’exploitation et aux violences sexuelles.

 

« Les récentes allégations visant des casques bleus sont étayées par des preuves matérielles et de multiples témoignages. Une enquête rapide et approfondie doit être menée par une autorité civile compétente, et la fillette doit bénéficier d’un soutien médical et psychologique adéquat », a déclaré Joanne Mariner.

 

« Les forces de maintien de la paix sous mandat des Nations unies à Bangui doivent revoir leurs règles d’engagement afin de veiller à ce que toutes les précautions possibles soient prises pour éviter de faire accidentellement des victimes civiles. »

 

COMPLÉMENT D’INFORMATION

 

Viol d’une fillette de 12 ans le 2 août

 

Une opération de police des Nations unies qui visait à appréhender un suspect vivant dans l’enclave du PK5, à Bangui, a commencé le 2 août après 1 heure du matin. Plus de 10 000 musulmans, mais aussi de nombreux chrétiens, vivent dans le quartier.

 

Pendant une perquisition effectuée dans le cadre de l’opération, les hommes de la famille ont été emmenés et les femmes et les enfants, rassemblés dans une pièce. Les casques bleus criaient, les enfants pleuraient : il régnait un véritable chaos. Les femmes n’ont pas remarqué tout de suite que la fillette de 12 ans n’était pas là.

 

Celle-ci a expliqué aux délégués d’Amnesty International qu’elle avait eu peur et s’était cachée dans la salle de bain au début de la perquisition, et qu’un casque bleu l’y avait trouvée. Il l’avait tirée hors de la pièce et l’avait giflée parce qu’elle s’était mise à pleurer.

 

Il l’avait ensuite entraînée dans un coin au fond de la cour, derrière un camion. Là, il lui avait touché la poitrine et arraché ses vêtements. La fillette a montré ses sous-vêtements déchirés aux délégués d’Amnesty International.

 

Elle a déclaré : « Il m’a jetée par terre et s’est couché sur moi. »

 

Alors qu’il était en train de la violer, des coups de feu ont retenti à l’extérieur et il a rejoint son groupe.

 

Des proches qui se trouvaient dans la maison pendant la perquisition ont expliqué à Amnesty International que la fillette avait été séparée du reste de la famille pendant une vingtaine ou une trentaine de minutes. L’une de ses sœurs s’est rappelé : « Lorsqu’elle est revenue du fond de la cour, elle a crié “maman” avant de s’évanouir. On l’a portée à l’intérieur et aspergée d’eau pour lui faire reprendre connaissance. »

 

La mère de la fillette a indiqué à Amnesty International qu’après les faits sa fille pleurait et était totalement bouleversée. « Je l’ai fait asseoir dans une cuvette d’eau chaude », a-t-elle expliqué. Il s’agit d’une méthode traditionnelle utilisée en cas d’agression sexuelle.

 

Elle a ensuite été examinée par une infirmière, sous la supervision d’un médecin. Celle-ci a relevé des éléments qui pourraient être imputables à une agression sexuelle.

 

Homicide de deux civils non armés le 3 août

 

À la suite d’affrontements armés avec des habitants le 2 août, des casques bleus sont retournés au PK5 le lendemain matin. Des jeunes avaient construit des barricades sur l’avenue principale pour tenter d’empêcher les forces de maintien de la paix de se déplacer dans le quartier. Ils auraient échangé des tirs avec les soldats à quelques pâtés de maisons du rond-point principal.

 

Cependant, d’après des témoins, il n’y a pas eu de coups de feu en direction des soldats et ceux-ci n’ont pas été menacés d’une quelconque autre manière dans la rue où les homicides ont eu lieu, dans le quartier de Yambassa. Les soldats marchaient en deux colonnes, de part et d’autre de la rue, et tiraient fréquemment à mesure qu’ils avançaient.

 

Un mécanicien qui travaillait à un pâté de maisons de là a déclaré que les forces de la MINUSCA avaient tiré deux fois sur lui et sur l’un de ses collègues. « L’une des balles a même brisé une vitre de la voiture sur laquelle je travaillais », a-t-il déclaré. Son collègue et lui ont levé les mains en l’air, a-t-il expliqué à Amnesty International, et les soldats ont cessé de tirer, ce qui leur a permis de se mettre à l’abri.

 

Balla Hadji, un routier de 61 ans, prenait son petit-déjeuner avec son épouse lorsque les soldats sont arrivés. Leur fille se trouvait chez un voisin. Quand il a entendu les coups de feu et s’est rendu compte que sa fille n’était pas à la maison, Balla Hadji est sorti de chez lui pour lui dire de revenir. « À ce moment précis, a déclaré le voisin, les soldats sont arrivés au coin de la rue. Ils ont tiré dans le dos de Hadji alors qu’il se tournait pour essayer de rentrer chez lui. »

 

Souleimane (16 ans), le fils de Balla Hadji, se trouvait alors à l’intérieur de la propriété. Il a couru vers son père, qui était en train de s’écrouler. Il a aussi été pris pour cible.

 

Des délégués d’Amnesty International se sont rendus sur place et ont constaté deux impacts de balle dans la porte en fer et le mur de clôture.

 

Des membres de la famille ont expliqué à Amnesty International que les casques bleus ne les avaient pas aidés à transporter les deux blessés à l’hôpital. Au lieu de leur prêter assistance, ont raconté des témoins, ils avaient tiré une nouvelle salve lorsque la fille de Balla Hadji avait tenté de traverser la rue pour rejoindre son père et son frère.

 

Balla Hadji a perdu beaucoup de sang en peu de temps ; il est décédé sur place. Des voisins ont réussi à emmener Souleimane à l’hôpital afin qu’il soit pris en charge en urgence mais l’adolescent a succombé à ses blessures vers 15 h 30.

 

 

Centrafrique : Ban Ki-moon consterné par de nouvelles allégations d'abus par des soldats de maintien de la paix

 

http://www.un.org/  11 août 2015 – Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, est consterné par de nouvelles allégations faites par l'organisation Amnesty International concernant des abus commis par des Casques bleus en République centrafricaine, a déclaré mardi son porte-parole.

 

« Nous sommes au courant des dernières allégations troublantes concernant des abus commis par des Casques bleus en République centrafricaine, qui ont été faites aujourd'hui par Amnesty International », a dit ce porte-parole, Stéphane Dujarric, lors d'un point de presse à New York.

 

Selon la presse, Amnesty International affirme que des Casques bleus de l'ONU ont tué un adolescent de 16 ans et son père et ont violé une fillette âgée de 12 ans en République centrafricaine.

 

« Le Secrétaire général est personnellement consterné et déçu, pas seulement par ces dernières informations, mais par la série d'allégations en République centrafricaine ces derniers mois, concernant à la fois la période avant le déploiement des Casques bleus de l'ONU et depuis », a dit M. Dujarric.

 

« Nous tenons à souligner une fois de plus qu'aucune faute de cette nature ne peut être tolérée et que toute allégation sera prise très au sérieux et fera l'objet d'enquêtes approfondies et complètes », a-t-il ajouté.

 

Centrafrique : enquête sur des accusations de viol et d’homicides visant des Casques bleus
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