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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 14:08

 

 

Invité Afrique

 

Pour Catherine Samba-Panza, la transition ne peut plus durer

 

Par Sonia Rolley  RFI lundi 15 juin 2015

 

L’offensive diplomatique de la République centrafricaine en Afrique du Sud est une réalité : ouverture d’une ambassade à Pretoria, une journée porte ouverte pour faire le point sur la situation dans le pays et de multiples rencontres bilatérales en marge du sommet de l’Union africaine... avec la présence de ministres, de conseillers à la présidence et même de la présidente de la transition en personne. Tout ça alors que le pays est toujours suspendu des instances de l’Union africaine. Catherine Samba-Panza répond aux questions de Sonia Rolley.

 

RFI : Vous êtes venue en Afrique du Sud avec une forte délégation. Qu’attendez-vous de ce voyage ?

 

Catherine Samba-Panza : En fait, la forte délégation se justifie parce qu’il y a deux missions. Il y a une mission de journée d’information sur la République centrafricaine qui est très peu connue en Afrique du Sud ; et puis il y a une autre délégation officielle qui est venue dans le cadre du sommet de l’Union africaine. Dès mon arrivée à la tête de la transition, j’ai tenu à normaliser les relations de la République centrafricaine avec tous les pays africains. S’agissant de l’Afrique du Sud, nous avons plusieurs années de coopération suspendues à cause des événements que vous savez. J’ai tenu à ce qu’il y ait quand même une reprise de ces relations-là pour enlever toute l’ombre qu’il y avait dans ces relations. L’ambassade où nous nous trouvons aujourd’hui a été mise à la disposition de la République centrafricaine par le gouvernement sud-africain. Connaissant nos difficultés, connaissant la situation particulièrement difficile sur le plan financier de la République centrafricaine, le gouvernement sud-africain a bien voulu aménager ses locaux pour permettre à la République centrafricaine d’être dignement représentée dans son pays.

 

En Centrafrique, tout le monde attend de savoir quand auront lieu les élections. Est-ce que vous savez aujourd’hui si la transition va être prolongée ? Si oui, jusqu’à quand ? Quelle est votre limite ?

 

Je ne souhaite plus que la transition soit prolongée. Nous avons eu une première prolongation après le 15 février, une deuxième prolongation après le mois d’août. Cette fois-ci, les autorités de la transition souhaitent, mais vraiment, vivement que les élections puissent se tenir d’ici fin 2015. Il y a un chronogramme qui est en train d’être finalisé et qui sera bientôt publié. Notre volonté à nous, c’est de mettre fin à la transition à la fin de l’année.

 

Il vous manque encore de l’argent pour les élections ? De combien avez-vous besoin à l’heure actuelle ?

 

Il nous manque encore beaucoup d’argent. Dans le Basket Found [du Pacem-Programme d'Appui international au cycle électoral] où les partenaires mettent de l’argent – l’Union européenne, les Nations unies, la France, les Etats-Unis -, sur les 43 millions de dollars dont on a besoin, nous n’avons même pas eu la moitié. Nous sommes à 48% seulement et nous avons besoin de 18 millions de dollars encore. J’ai été à Bruxelles faire du plaidoyer. La moisson a été bonne sur le plan de l’humanitaire, sur le plan du développement. La moisson a été moins bonne sur le plan des élections. C’est pour cela que je continue le plaidoyer.

 

Comment vous expliquez que l’Union européenne soit encore réticente, puisqu’elle a déjà donné de l’argent, à en donner plus pour ce processus électoral ?

 

L’Union européenne a déjà beaucoup fait. L’Union européenne ne doit pas être seule à participer. Et c’est le plaidoyer que nous faisons auprès des autres partenaires techniques et financiers. Vraiment ma position, c’est de dire « vous voulez qu’on aille vite à la fin de la transition et vous ne nous donnez pas les moyens pour aller vite à la fin de la transition », quelque part il y a un problème que je ne comprends pas non plus.

 

Convaincre ainsi la communauté internationale de vous donner plus ?

 

Nous avons deux scrutins. Le premier concerne le référendum constitutionnel. La Constitution est en train d’être finalisée. Une fois que nous aurons finalisé la Constitution, nous allons organiser le référendum constitutionnel. La deuxième phase concerne les élections groupées : législatives et présidentielle. Nous avons commencé les opérations pré-électorales : la cartographie, les démembrements. Nous avons commandé le matériel de recensement. Les agents recenseurs sont en train d’être formés. Il y a des choses qui avancent, mais nous sommes quand même loin du compte financièrement.

 

Mais comment vous expliquez cette défiance ?

 

S’agit-il d’une défiance ? Vous savez que la situation financière mondiale actuelle est très difficile. La plupart des pays, même européens, ont de grandes difficultés et ont des priorités.

 

Est-ce que vous comptez vous présenter à l’issue de la transition à une fonction élective quelconque ?

 

Quand j’étais à Bruxelles dernièrement, au cours de la réunion sur la République centrafricaine, la même question m’a été posée. Et cette question m’est posée depuis 17 mois que je suis à la tête de la transition. Et je répète la même chose : quand je suis arrivée à la tête de la transition, j’ai trouvé une charte constitutionnelle qui ne permet pas aux autorités de la transition d’être candidat aux élections. Je veux respecter la Charte constitutionnelle. Et je le dis, haut et fort au micro de RFI que je ne serai pas candidate aux prochaines élections.

 

Il y a deux gros chantiers. Il y a celui des élections dont nous avons parlé. Il y a aussi celui du désarmement des groupes armés. Là aussi, il manque de l’argent. Est-ce que cet argent vous venez par exemple le chercher à l’Union africaine ?

 

C’est vrai que c’est le deuxième défi. Si nous voulons aller aux élections, il faut assurer la sécurisation du pays. Et cette sécurisation commence par le désarmement des groupes armés. Nous avons signé avec ces groupes armés un certain nombre d’accords et il y a eu des engagements. Il faut que cela soit concrétisé par des actes. Nous avons déjà quelques appuis qui ont été annoncés. Nous allons commencer par ce pré-DDR [Désarmement, démobilisation et réintégration] qui demande à peu près 8 millions de dollars. Le DDR en lui-même est lourd. Il nécessite à lui seul à peu près 67 millions de dollars. Et puis nous pensons que cette opération qui est longue à mener sera certainement entamée par les autorités qui seront légitimement mises en place. Mais en ce qui nous concerne, effectivement, nous nous battons pour ces deux défis : le pré-DDR et les élections. Nous avons espoir que nous y arriverons.

 

Il y a eu déjà des plans de désarmement en Centrafrique qui n’ont pas fonctionné. Qu’est-ce qui dans ce nouveau plan change pour assurer en fait un véritable DDR ?

 

Déjà, l’élaboration de la stratégie DDR a été un processus largement participatif qui a inclus les groupes armés, les autorités de la transition, avec une vision qui a tenu compte des erreurs du passé. Je pense que c’est déjà important d’impliquer les acteurs eux-mêmes dans l’élaboration de la vision de la stratégie du DDR. Nous avons essayé d’être un peu plus réalistes. Il est inutile de faire une stratégie DDR si on ne donne pas l’opportunité aux ex-combattants d’avoir des activités communautaires qui leur permettent de s’intégrer vraiment dans leur communauté à la base et d’avoir des revenus. On a mis un accent particulier justement sur les activités communautaires permettant d’occuper réellement les ex-combattants et puis envisager également leur intégration dans les corps en uniforme.

 

Vous y croyez à une armée nationale avec les ex-anti-balaka et les ex-Seleka ?

 

Bien sûr. Il n’y a pas de raison de désespérer. Puis il faut donner à ces jeunes qui se sont mis dans les violences des opportunités. Déjà, c’est important d’avoir cette vision. Puis le format de l’armée que nous voulons : il ne faut pas intégrer les groupes armés, les ex-combattants pour les intégrer, que ça réponde à la stratégie, renforcement du secteur de sécurité que nous avons élaboré ensemble avec l’appui de la communauté internationale.

 

Vous demandez beaucoup l’assistance de la communauté internationale. Comment développer aujourd’hui les ressources propres du pays ?

 

Les ressources proches du pays qui sont, et fiscales, douanières, et qui proviennent également de nos ressources naturelles, ont souffert de la situation de la crise. Ce sont les zones les plus riches en ressources naturelles qui sont occupées par les groupes armés qui en font un commerce illicite. Et donc l’Etat n’arrive pas, compte tenu de l’insécurité à maîtriser ces zones-là. Mais avec notre volonté de restaurer l’autorité de l’Etat, de redéployer l’administration un peu partout, nous commençons à reprendre tout doucement ces zones qui contiennent d’énormes ressources naturelles pour que nous puissions avoir également des ressources propres. Et d’ailleurs, quand on regarde les indicateurs, on se rend compte que nous arrivons à réaliser quand même pas mal d’entrées en termes de ressources propres, mais il reste encore beaucoup à faire.

 

Justement, il y a une réunion d’ici la fin du mois du processus de Kimberley (PK, initiative commune regroupant des gouvernements, l'industrie du diamant et des entités de la société civile). Votre pays espère une reprise au moins partielle de ce processus. Ça représentera combien en termes de ressources ? Et est-ce que la Centrafrique peut éternellement ne compter que sur le bois et le diamant ?

 

Non. S’agissant des ressources minières, nous nous sommes battus pour qu’il y ait une levée partielle de la sanction relative au processus de Kimberley. Et nous commençons à obtenir des assurances positives pour que dans les zones vertes, il y ait cette levée partielle des sanctions. Ça nous permettra d’exporter nos ressources et avoir ainsi donc des revenus propres. Maintenant, la République centrafricaine est un vaste pays avec beaucoup de terres arables. Nous ne pouvons pas que compter sur l’exploitation des ressources minières, pétrolières. D’ailleurs, vous avez vu la chute du cours du pétrole a apporté beaucoup de difficultés à un certain nombre de pays. Nous devons mettre l’accent sur notre or vert.

 

Au-delà de l’agriculture de subsistance ou de celles qui peuvent être faites en Centrafrique, est-ce que vous comptez sur des investisseurs sud-africains, chinois – on sait que les Chinois sont très intéressés par les terres ?

 

Tout à fait. Nous demandons aux investisseurs de revenir. Il faut sécuriser leurs investissements. On ne va pas attendre après la transition pour commencer à mobiliser. Maintenant, nous commençons déjà à faire un plaidoyer pour dire que la République centrafricaine est de nouveau fréquentable et que les investisseurs peuvent déjà envisager de revenir. Voilà le sens du déplacement que nous faisons un peu partout, de l’appel que nous lançons au secteur privé, aux investisseurs étrangers.

 

Vous avez reçu une réponse positive ici en Afrique du Sud ? Est-ce qu’il y a déjà des sociétés qui seraient intéressées pour revenir ?

 

Nous avons fait la journée portes ouvertes. J’ai tous les ministres sectoriels concernés qui sont là. Ils ont eu des contacts sectoriels. Je n’ai pas encore fait le point pour vous dire quels sont les engagements fermes que nous avons reçus.

 

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