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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 12:16

 

 

 

Par Anthony Fouchard (Bambari, Centrafrique, Contributeur au Monde Afrique)

 

LE MONDE

 

Jean Nestor, un des chefs anti­-Balaka de la ville Bambari, au centre de la Centrafrique, progresse au milieu de la brousse. Après une courte marche, des dizaines d’enfants soldats grimés de peinture noire et kaki, en tenue de camouflage, apparaissent. Ils brandissent des armes artisanales.

 

Sur ordre du « com­zone » (commandant local), les enfants lâchent comme un seul homme arcs, pistolets et machettes avant d’enlever les morceaux de verdure qui camouflent leurs visages. « La guerre est finie, annonce Jean ­Nestor. Tous les enfants de Centrafrique sont des anti-Balaka, des révolutionnaires pour notre pays. Mais maintenant, avec la déclaration signée pendant le forum de Bangui, nous voulons tous être désarmés et nous avons décidé de relâcher les enfants. »

 

En marge du forum sur la réconciliation nationale de Bangui, qui s’est achevé le 11 mai, l’Unicef a réussi à faire signer aux dix plus importants chefs de guerre du pays un document dans lequel ils s’engagent à démobiliser les enfants de leurs rangs. Souvent traumatisés, séparés de leurs parents pendant de long mois, quelquefois orphelins, leur redonner un cadre et des repères stables est une des tâches des professionnels de la protection de l’enfance.

 

De 8 à 18 ans

 

Dans ce groupe d’anti­-Balaka, certains ont à peine 8 ans, les plus vieux sont juste majeurs. Quand les plus petits servaient de main-d’œuvre gratuite, d’espions ou de messagers, les plus âgés ont combattu, tenu les check-points, parfois tué. « Certains ont utilisé les grenades, la machette ou la kalachnikov. Ils ont fait ça comme dans un état d’ivresse, mais une fois que nous les récupérons, il est très difficile de les faire revenir à un état normal », détaille Désiré Mohindo, en charge de la démobilisation-­réinsertion pour l’Unicef. Les anti-Balaka sont les opposants de la Séléka, ces rebelles majoritairement musulmans qui avaient renversé le président François Bozizé en 2013.

 

Maoussa est une jeune fille de 16 ans, elle s’est engagée « volontairement » dans la coalition des ex­-rebelles Séléka. Aujourd’hui, elle fait partie des 67 jeunes ex-Séléka démobilisés. « Quand tu as un ennemi qui vient devant, tu dois l’abattre. Tu n’as pas d’autre choix que de l’abattre. C’est pour ça qu’on l’a fait. Pour défendre notre pays. »

 

Au total, 357 enfants ont recouvré la liberté. Pour eux, la prochaine étape, c’est la réinsertion. L’Unicef a mis en place un processus de réunification familiale, à partir de familles d’accueil et de centres de transit, pour faciliter le retour à une vie normale. Car l’objectif, c’est que ces enfants ne « retournent jamais dans les groupes armés », insiste Benoit Daoundo en charge de la protection de l’enfance.

 

Aucun psychologue

 

Les écueils après la démobilisation sont nombreux, notamment sur le plan psychologique. En Centrafrique, il n’y a aucun psychologue professionnel. Impossible de mettre en place un suivi dans la durée. Sitôt sortis des étapes transitoires, les enfants sont livrés à eux-mêmes. L’Unicef compose avec les bonnes volontés. Notamment des familles d’accueil qui, l’espace de quelques mois, servent de sas de transition pour ces gamins en perdition.

 

Maurice Wapoutou est l’un de ces hommes. Déjà à la tête d’une famille de sept enfants, il n’a pas hésité à accueillir Ramsès, 17 ans. « Je lui ai redonné un cadre, des repères. Je lui donne les bons conseils. Je l’ai vraiment considéré comme un fils », explique-t-­il. Ramsès, habillé d’un t-­shirt rouge déchiré, fait plus vieux que l’âge qu’il se donne. « J’ai servi pendant quelques mois quand j’ai été séparé de mes parents durant une attaque des Séléka. Les anti­-Balaka m’ont récupéré », détaille-t-­il.

 

Dans l’école de la ville de Boali, qui accueille des enfants démobilisés, le directeur Julien Bini explique que plusieurs enfants n’ont pas « tenu longtemps » sur les bancs en bois. Un personnel de l’établissement témoigne anonymement : « Un des garçons a menacé une fille de venir faire exploser une grenade chez elle », car celle-ci ne répondait pas favorablement à ses avances. Ces cas, rares, ne peuvent pas être pris en charge correctement par manque de moyens humains et financiers. La prise en charge complète d’un enfant coûte entre 2 000 et 2 500 dollars.

 

A Bambari, les enfants ont tiré un trait sur leur vie de soldat, sur ordre du « com­zone » dans une mise en scène parfaitement calculée. Mais le grand chantier des autorités centrafricaines reste le désarmement des adultes qui, eux, ne sont pas vraiment décidés à abandonner les armes.

 

Anthony Fouchard Bambari, Centrafrique, Contributeur au Monde Afrique

Lu pour vous : Plus de 350 enfants soldats libérés en Centrafrique

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