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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 14:58

 

 

 

21/05/15 (AFP)

 

"Violeurs d'enfants", "voleurs de diamants", "rentrez chez vous!" : stoïques, les soldats français de Sangaris essuient les insultes de la foule lors d'une patrouille de plus de trois heures à travers Bangui.

 

"On évite d'écouter. Ca ne me touche pas. On a l'habitude. On fait notre boulot", commente le soldat de 1ère classe Ronan, perché sur son véhicule blindé. Il reçoit aussi de nombreuses salutations amicales.

 

Les accusations de viols sur mineurs par des soldats français durant la crise qui a ravagé la Centrafrique ces deux dernières années ont fait leur chemin.

 

Le lieutenant-colonel Olivier Deplace reconnaît que ses hommes "essuient quelques insultes" depuis que le scandale a éclaté, "mais cela se passe en général dans des quartiers qui ne nous étaient pas forcément favorables".

 

"En contrepartie, nous avons beaucoup de témoignages d'encouragements de la part d'une population qui est reconnaissante pour ce que Sangaris a pu faire à son profit".

 

Dans les quartiers musulmans, le début de l'intervention française en décembre 2013 est ressenti comme le coup d'envoi des violences inter-religieuses qui ont fait des milliers de morts. Côté chrétien, on accuse l'ancienne puissance coloniale d'avoir armé l'ex-rébellion Séléka, au pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014, qui a commis de nombreuses exactions.

 

La France, qui a déployé 2.000 hommes et contribué à la pacification partielle du pays, se désengage progressivement au profit des forces onusiennes mais pour le 1er régiment de Tirailleurs basé à Epinal (Est de la France), les patrouilles continuent.

 

Les deux blindés quittent le camp français de Mpoko vers 13h30 sous un soleil de plomb. "Ca va piquer", rigole Ronan. Les soldats restent attentifs mais la tension est retombée par rapport aux mois passés, lorsque la capitale centrafricaine était en proie aux groupes armés et aux bandits.

 

"Quelques jours après notre arrivée, on s'est fait +ticker+ (tirer dessus) dans le quartier de Boy-Rabe, fief des milices chrétiennes anti-balaka", se souvient le sergent-chef Jérémy. "Mais aujourd'hui, Ca n'a rien à avoir. On sent que les gens reviennent, que ça vit".

 

- 'Les Français sont ici pour faire quoi?' -

 

La patrouille se dirige vers le 6e arrondissement. "La zone est classée sensible", deux quartiers, respectivement à majorité musulmane (Kilomètre 5, le grand marché de Bangui) et chrétiennes (Fatima et autres), qui se touchent, souligne le lieutenant Alan.

 

On est encore loin de l'affluence d'avant la crise. Une large zone d'étals est encore déserte et dans les quartiers à majorité chrétienne, de nombreuses maisons, jadis occupées par des musulmans, ont été abandonnées et vandalisées.

 

Les hommes descendent pour une patrouille à pied de 45 minutes dans les ruelles de terre rouge. Les enfants courent autour d'eux, tentent de leur serrer la main.

 

Vêtu d'un T-Shirt "Plus jamais ça", Sydney Mandat, élève de terminale, se félicite de leur présence. Durant les violences, "on était obligés de contourner le quartier pour aller à l'école mais maintenant avec eux (les Français) on se sent en sécurité. On était parfois obligés de marcher beaucoup. Tu quittais (la maison) à 5h pour arriver à 7h pour les cours".

 

Joël Sanga, technicien dans l'agriculture, est né dans le quartier. "Ca se passe bien avec les Français", dit-il affirmant ne pas refuser le retour des musulmans: "On n'a pas de fusils, on veut la paix".

 

Mais la haine et la peur persistent, tout comme les rancœurs envers les Sangaris. "Ce que les Français ont fait, c'est bon et pas bon. Il y a un musulman qui est devant moi qui est en train de tuer un Centrafricain. Au lieu d'intervenir, il (le Français) ne peut pas intervenir", accuse Gauthier Vobodet, un sculpteur qui habitait un quartier musulman quand les troubles ont éclaté.

 

"Quand je vois un musulman, j'ai peur, je commence à pleurer, à trembler parce qu'il veut me tuer", affirme Yakari Junior. "Les Français sont ici pour faire quoi? Juste marcher? Il faut désarmer", crie-t-il.

 

Quelques centaines de mètres plus loin, la patrouille pénètre en zone musulmane. Un commerçant crache par terre en signe de dédain mais l'accueil sera finalement favorable. "La sécurité c'est bon. Sangaris, Minusca, FACA (armée centrafricaine), gendarmerie, police c'est bon", assure-t-il.

 

Il est 16h40, l'heure du retour. Le caporal Benoit essuie à nouveau quelques insultes mais recueille aussi des baisers d'une femme qui dit "merci".

 

Un soldat lance: "J moins 17". Dans deux semaines, le régiment rentre en France.

 

Insultes et baisers pour les patrouilles de Sangaris à Bangui

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