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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 16:56

 

 

 

 

Texte de l'intervention de l'auteur à une conférence à Troyes en France

 

 

La participation à la vie politique est un thème très très classique en Science politique : « parler » chez les grecs et «  respecter » la Loi chez les romains  étaient deux formes distinctes de participation à la vie politique.  A cours de l’histoire politique, les théories et les pratiques ont toujours opposé la participation directe au système représentatif.  Dans l’intervalle, certains régimes politiques ont opté pour une participation mixte en empruntant procédé direct qu’ils complètent avec quelques éléments du la représentation.

 

A la question de savoir comment participer à la vie politique en République centrafricaine ? La réponse  est automatique en raison des expériences de la vie politique depuis 57 ans si l’on part du 1er décembre 1958. Bien évidemment  on ne peut s’intéresser à l’avenir sans parler du présent et évoquer le passé.

 

En rappel, après avoir mené une lutte politique Barthelemy Boganda a fini par remplacer l’Oubangui  Chari par République centrafricaine.  Mais, tout de même, il n’a pas pu vivre personnellement l’indépendance le 13 août 1960 pour des raisons qu’aucun centrafricain ne peut ignorer et oublier.

 

La mort sacrificielle de Barthélemy Boganda n’a pas engendré une vie politique apaisée en République centrafricaine. Du coup la participation citoyenne est autrement définie.

 

Un citoyen centrafricain actif ne peut participer à la vie politique que lorsqu’il est capable de ramasser les armes, enrôler les jeunes, déclarer la guerre contre le pouvoir en place,  déclencher une offensive, détruire tout lors de son passage, terroriser la population, arriver à Bangui, Capitale de la République centrafricaine, évincer le tenant du pouvoir, abroger la Constitution, suspendre les institutions de la République et s’engager solennellement à donner une vie meilleure au peuple centrafricain. Là, c’est un célèbre citoyen centrafricain qui a participé de façon active à la vie politique de son pays.

 

L’autre définition de la participation à la vie politique centrafricaine se résume à la conception selon laquelle ne peut participer de façon  active et directe que l’on est hissé au rang de Ministre. Même un député, rêve toujours être nommé Ministre pour pouvoir bien agir politiquement.  Autrement dit, ne peut parler politique en République centrafricaine que celui qui est nommé Ministre de la République.

 

Ces deux constats amers démontrent que la République centrafricaine est loin, très très loin de définir la participation citoyenne à la vie politique.

 

La participation à  la vie politique est un droit universellement consacré. L’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme  proclame solennellement que :

 

« 1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.

 

2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.

 

3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote. ».

 

Emboitant le pas à cette consécration internationale, l’article 13 de la Charte africaine des droits de l’homme  et des peuples se veut plus clair en  affirmant que « Tous les citoyens ont le droit de participer librement à la direction des affaires publiques de leur pays, soit directement, soit part l'intermédiaire de représentants librement choisis, ce, conformément aux règles édictées par la loi ».

 

Il m’est un peu difficile de qualifier le régime juridique de participation à la vie politique en République centrafricaine surtout depuis  le 8 décembre 2012 ; date  à laquelle la coalition Seleka déclencha avec véhémence  et virulence inouïes une offensive allant jusqu’à évincer le pouvoir que détient François Bozizé le 24 mars 2013. Actuellement le régime politique de la République centrafricaine est régi par des Accords de Libreville, de Brazzaville et de Ndjamena, les Résolutions 2127 du 5 décembre 2013 et 2149 du 10 avril 2014. Tous ces documents renforcent  la Charte  constitutionnelle  du 18 juillet 2013. Accords, Résolutions et Charte Constitutionnelle ont instauré un régime politique d’exception en République centrafricaine à l’issue duquel la participation à la vie politique est restreinte. (cf. Mon livre L’INSECURITE EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE QUEL RÔLE POUR LE DROIT INTERNATIONAL p.72 à 78).

 

Toutefois, je peux dégager trois dimensions de vie politique que chaque citoyen est appelé à participer.

 

La participation à la conquête du pouvoir

La participation à la gestion du pouvoir

La participation à la perte du pouvoir

 

Partie 1 : La participation à la conquête du pouvoir

 

Il y a plusieurs manières d’accéder au pouvoir : au nom de Dieu,  le sang, la naissance,  l’hérédité, la cooptation et la violence. En République centrafricaine, en plus de la force les réseaux et les sectes contribuent au processus de  la conquête du pouvoir. Alors quelle est la responsabilité de chaque citoyen vis-à-vis de ces modes d’accession au pouvoir ?

 

En principe,  l’élection,  qui est un procédé démocratique, a relégué au second rang toutes ces formes d’accession   au pouvoir.

 

Le premier droit d’un citoyen actif c’est de prendre part à une élection organisée par son pays en  vue désigné des personnes capables de le représenter car la participation directe au modèle grec d’antan est non seulement impossible mais irréalisable dans les faits.  Le vote devient donc un droit pour tout citoyen.

 

Mais on ne se lève pas d’un jour au lendemain pour aller voter. L’élection nécessite une préparation et un respect des règles qui peuvent se résumer à cinq notamment :

 

- la liberté de candidature : tous les citoyens  ayant l’âge requis pour se présenter comme candidat ne doivent pas se faire empêcher. Les limitations à la liberté de candidatures doivent être apportées par la Loi censée exprimée la volonté générale.

 

- l’universalité du vote : tous les citoyens ayant l’âge révolu de voter doivent accomplir le devoir de vote.

 

-  le secret du vote : chacun citoyen votant vote dans le secret. Il est responsable  du bulletin qu’il pose dans l’urne.

 

- l’égalité du vote : le vote de chaque citoyen compte une vois. C’est ce qu’on dit Un vote vaut Une voix.

 

- et l’honnêteté du vote : se mesure au degré de la préparation, du déroulement et de la proclamation des résultats.

 

C’est quand ces conditions sont respectées qu’on pourrait qualifier une élection de transparente et démocratique.

 

En République centrafricaine, la première élection qui eût lieu le 17 juin 1952 fut un échec, la dernière a été également un fiasco. Ce qui a conduit au chaos que nous vivons    depuis trois ans (cf. mon livre REPENSER LA SECURITE EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE p.15 à 17).

 

Pour paraphraser Samuel Philpps Huntington dans  l’un de ses ouvrages célèbres TROISIEME VAGUE : LES DEMORATISATION DE LA FIN DU XXe SIECLE, le peuple centrafricain n’est pas encore prêt pour accueillir une élection véritablement démocratique.

 

Tout le monde réclame les élections en République centrafricaine afin non seulement de mettre un terme à un  éternel processus de transition mais surtout d’espérer un nouveau départ axé sur la paix et la stabilité. Mais,  est-ce que tout le monde est prêt  accepter le résultat ? Avant d’aller aux élections il faut une éducation à jouer les « fair play ». Sinon, les élections souhaitées vont replonger la République centrafricaine dans un chaos sans nom. 

 

C’est quand une élection est bien menée que le citoyen peut participer à la gestion du pouvoir.

 

Partie 2 : La participation à la gestion du pouvoir

 

La pratique universellement répandue admet que deux forces participent à la gestion du pouvoir politique d’un Etat : la majorité gouverne,  l’opposition critique. Même si la majorité n’est pas atteinte, le gouvernement de coalition intervient pour combler le vide.   La relation entre ces forces politiques est gouvernée par la tolérance.

 

Un groupe de chrétiens de Bangui réunis le 30 juin 1997 a rédigé un rapport intitulé LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE, UN PAYS BLESSE A LA RECHERCHE DE LA PAIX ET DE LA RECONCILIATION. MENE OKO. Après avoir analysé la situation  générale de la République centrafricaine, ce  groupe a conclu avec amertume que « Le trait caractéristique de tous les régimes politiques centrafricains qu’il convient de relever d’emblée est le « bouc émissaire ». Chaque régime s’en fabrique un ou deux » (p.11). Rancœur, haine, brimades, tracasseries et vengeances minaient  les relations entre les leaders politiques. Ainsi, David Dacko et Jean Bedel Bokassa étaient des ennemis jurés. « La grande erreur politique que j’ai commise dans ma carrière était de laisser  David Dacko en vie » dixit Jean Bedel Bokassa.  Et tout le monde sait la revanche de David Dacko orchestrée contre  Jean Bedel Bokassa. David Dacko et Abel Goumba vivaient politiquement comme chat et chien.  André Kolingba traitaient Abel Goumba et Ange Félix Patassé de « Aigris et assoiffés du pouvoir ». Ange Félix Patassé au pouvoir qualifiait André Kolingba de « raté du pouvoir et de malade mental ».  François Bozizé voyait en l’opposition représentée par Nicolas Tiangaye et Martin Ziguélé  des « sorciers et vampires » de son pouvoir (Azo ti likoundou).  

 

Des comportements totalement ubuesques ont primé lors du passage de chaque leader ci-dessus cité au pouvoir.  Seule la confiance importe et non la compétence. On assiste à une conception toute particulière de la gestion du pouvoir à la centrafricaine « Hier, c’était votre tour de bouffer, aujourd’hui c’est le nôtre ». « Celui qui gagne, gagne tout. Celui qui perd, perd tout ».  « Qui n’est pas avec nous est contre nous ».  Ce qui alimente le phénomène de transhumance politique.

 

Quant à la jeunesse, génération montante destinée à prendre la relève politique, les mots me manquent pour déplorer les rivalités stériles et les déchirements qui fondent son existence. Ses querelles intestines et ses divisions  renforcent  la  tentation des caciques  de la vieille école du pouvoir à s’y maintenir.

 

Ces comportements ont conduit la République centrafricaine à la perdition.

 

On ne devrait pas attendre à être hissé au sommet du pouvoir pour afficher sa participation citoyenne à la vie politique.

 

Le citoyen peut militer dans un parti  politique, aller à l’école du parti, concourir  à l’animation de la vie politique  et gérer le pouvoir s’il advient que son parti remporte les élections dans les conditions requises et selon les idéologies du parti.

 

Que l’intellectuel, le journaliste,  le maçon, le plombier, le couturier, le conducteur, l’avocat, l’économiste, l’homme d’affaire, le diplomate, l’agriculteur, l’informaticien, le menuisier offrent ses services pour le bien de la République centrafricaine en fonction de ses capacités, de ses compétences et de ses limites, bien évidemment. Bien avant de prêter ses services à la Nation à laquelle le citoyen appartient, il devrait se reconnaître heureux dans son métier, le considérer comme une vocation et l’accomplir en conscience professionnelle.

 

En dehors d’un engagement politique, le citoyen peut participer à la vie politique en s’engageant dans une structure associative. Plusieurs associations contribuent à la gestion du pouvoir par leurs actions et leurs influences. De la panoplie des associations existantes, je peux les regrouper en quatre catégories :

 

- association de défense des droits de l’homme ;

- association de défense des valeurs républicaines et démocratiques

- association de défense de l’environnement ;

- association caritative.

 

Ces différentes catégories sont autonomes des structures  politiquent et s’engagent surtout à mener leurs actions dans le cadre défini par la loi. Même dans les associations, le respect de la tolérance est la règle.

 

Ainsi, parti politique et association sont des outils que le citoyen emprunte pour participer de façon active à la vie politique.

 

Partie 3 : La participation à la perte du pouvoir

 

Il m’a été donné de constaté que certains adhérents quittent leur parti lorsque celui-ci n’est plus au pouvoir. L’engagement dans un parti politique est comme l’union de mariage entre  deux êtres qui s’aiment pour le meilleur et pour le pire.

 

Aujourd’hui, plus que jamais toutes les langues en République centrafricaine tant à l’extérieur qu’à l’intérieur  ne réclament qu’un seul mot : la paix, la paix, la paix.

 

Je préfère employer le mot stabilité : stabilité politique, stabilité institutionnelle, stabilité sociale, etc.

 

 

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