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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 17:12

 

 

 

27/05/15 (AFP)

 

Pieds et torses nus, en slips ou en shorts, une cinquantaine d'hommes suant à grosses gouttes, creusent un puit de sable de la taille d'un demi-terrain de football au milieu de la forêt centrafricaine. Un travail de forçat pour tenter de trouver le diamant qui, espèrent-ils, changera leur vie misérable.

 

La mine de Banengbele, près de Boda (sud-ouest), est une des dizaines de "chantiers" de la région où les "nagbata" (travailleurs) cherchent "le produit", le diamant, selon le jargon local.

 

"C'est dur. On travaille dur. J'ai mal partout", affirme Jean Bruno Sembia. Chaque coup de pelle semble dérisoire par rapport au chantier mais, comme des fourmis, les nagbata creusent pour arriver à une profondeur de 3 mètres où ils pourront ensuite fouiller le gravier.

 

La paie est de 1700 F CFA par jour (3 euros). Le concessionnaire de la mine, qui assure aussi les petits soins médicaux, retranche 200 F CFA pour la nourriture. Les nagbatas commencent à 7h00 du matin et terminent la journée à 16h00 avec une pause d'une demi-heure.

 

La mine est difficilement accessible. Il faut parcourir une dizaine de kilomètres sur la piste depuis Boda, et emprunter un chemin de 5 km en pleine forêt. Obligés de rester sur place, les mineurs se sont donc installés dans un campement de fortune.

 

Des bouts de bois, une bâche et une moustiquaire forment une tente d'à peine 1,5 m de large dans laquelle dorment quatre hommes. Vin de palme et cannabis, visibles sur le campement, aident à tenir le coup. Les repas sont préparés par des femmes. Parfois, l'ordinaire s'améliore avec de la viande de brousse, comme le serpent.

 

"Je fais la restauration. Ça nous permet de vivre. Je gagne 2000 F (3 euros) par jour. Les conditions sont difficiles. Je reste de cinq jours à un mois sur place. Mon mari est mort pendant la guerre. Je dois me débrouiller", affirme Huguette Zonki, mère de quatre enfants, dont un bébé à la tête couverte de petites pustules.

 

- Contrebande -

 

"Chaque matin, je prie pour que Dieu m'aide à trouver des gros diamants", dit Laurent Guitili. "Un jour c'est sûr, je trouverai un gros diamant. Je pourrai ainsi avoir ma propre mine et subvenir à tous mes besoins".

 

Les ouvriers procèdent aussi à des sacrifices de poulet ou à des dons aux enfants pour bénéficier d'un sort favorable.

 

Quand ils trouvent le "produit", le concessionnaire le prend et le vend. Il reverse alors une part au travailleur selon une équation compliquée dans laquelle il retire notamment ce qu'il a engagé comme frais et le salaire du mineur. Le nagbata touche généralement entre 20.000 et 40.000 (30 et 60 euros) par carat trouvé.

 

En raison des violences inter-religieuses qui ont fait des centaines de victimes depuis décembre 2013 dans la région, la ville de Boda est aujourd'hui partagée en deux avec une enclave musulmane. Les musulmans, qui contrôlaient jadis la plupart des mines du secteur, ne peuvent plus en sortir.

 

Après être passées successivement entre les mains de l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, puis des milices chrétiennes anti-balaka, la plupart des mines sont désormais aux mains de concessionnaires chrétiens.

 

"C'est mieux de travailler pour des fils du pays", disent les Nagbatas en référence aux chrétiens, majoritaires.

 

"Il y avait un problème sous-jacent", explique un fonctionnaire sous couvert de l'anonymat. La jalousie née de la relative richesse de certains musulmans dans le secteur a été un des facteurs aggravants des affrontements dans la région.

 

A la brigade des mines, une dessin équivoque montre un mineur vendant un diamant à un commerçant musulman et barbu d'une "boutique Ali" avec l'inscription: "Nagbata ne vendez pas vos diamants aux acheteurs illégaux".

 

Moussa Traoré, un collecteur musulman, s’est installé il y a deux mois à Boda. Il a payé une patente au ministère des Mines et promet qu'il vend légalement ses diamants aux centrales d'achat de Bangui.

 

Toutefois, de l'avis des mineurs comme des autorités, la contrebande fait fureur, le diamant étant "invendable" à l'étranger par les circuits légaux. Les filières informelles vers le Cameroun, Tchad, Congo ou Soudan, sont nombreuses.

 

"Avec l'embargo (sur le diamant centrafricain), le prix du diamant a baissé. C'est difficile", souligne M. Traoré. "Il faudrait une levée de l'embargo pour que l'activité reprenne".

Centrafrique : travail et sueur pour les diamants de Banengbele

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