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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 19:56

 

 

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Joan Tilouine et Simon Piel

 

Il faut dévisager un instant cette femme échevelée de 58 ans pour deviner les bonnes manières d’une personne éduquée et sa ressemblance avec son père, le richissime Omar Bongo, feu le président du Gabon. La « fille chérie », comme elle se qualifie elle-même, fut sa directrice de cabinet, la gérante de sa fortune et, surtout, la gardienne des secrets jusqu’à sa mort, le 8 juin 2009.

 

A Paris, Pascaline Bongo reçoit dans un lieu discret du 16arrondissement, à l’abri des regards et des opposants gabonais. En ce mois de mars, l’aînée de la fratrie Bongo porte des vêtements simples, presque négligés. Aucun accessoire ne laisse transpirer son train de vie de princesse d’Afrique centrale, ses demeures fastueuses à Beverly Hills, Genève et Abidjan, ses luxueux appartements parisiens gelés par la procédure pénale française des « biens mal acquis », ou ses millions de dollars que l’on dit à l’abri sur des comptes bancaires à Beyrouth, Hongkong ou Singapour.

 

« Boîte noire » de l’économie

 

A Libreville, « Madame sœur » est peu à peu tombée en disgrâce depuis que son frère, Ali Bongo, est devenu le chef de l’Etat en 2009. Au palais présidentiel du bord de mer, son vaste bureau a été vidé mais elle a toujours la haute main sur la fortune colossale d’une famille qui se déchire aujourd’hui autour de l’héritage du père, dirigeant du Gabon pendant quarante-deux ans. « Il y a trop de fantasmes sur la richesse présumée d’Omar Bongo », assure-t-elle au Monde. De quoi faire sourire. Alors, elle nuance : « Il était très riche mais il a distribué beaucoup d’argent avant sa mort. »

 

Tout indique pourtant que la succession porte sur des montants considérables. Patrimoine immobilier, comptes bancaires… Jusque-là, rien que de très classique. Mais il y a chez les Bongo un autre magot : la holding Delta Synergie dont le site Mediapart a révélé l’étendue. C’est à travers elle qu’Omar Bongo avait investi dans plus de quarante entreprises gabonaises parmi les plus importantes. Banques, industries, mines, pétrole, transport, services, agroalimentaire, aucun secteur n’a échappé à l’appétit de Delta Synergie qui se retrouve aujourd’hui au cœur des tensions entourant la succession de l’ancien président. L’entreprise possède ainsi des participations dans la holding BGFI, première banque d’Afrique centrale, dans la Sogafam, principale société de fabrication de médicaments au Gabon, ou encore dans la Somipar, une importante société minière. Soit une valorisation estimée à 43 millions d’euros.

 

Jusqu’ici, malgré les alertes de certains opposants du régime, la holding Delta Synergie restait un mystère pour tous ceux qui ne faisaient pas partie du clan. Mais un audit très détaillé dont le commanditaire est tenu secret, réalisé en 2012 dans le cadre de la succession par le cabinet d’avocats d’affaires parisien Fénéon-Delabrière, lève le voile sur cette « boîte noire » de l’économie gabonaise.

 

Ali Bongo soupçonne sa sœur d’avoir dissimulé des avoirs et profité des circuits opaques mis en place par leur père

 

Selon les documents que Le Monde a pu consulter, Omar Bongo détenait 37 % des parts de la société à la date de son décès. Ali, son successeur, et sa fille Pascaline possédaient alors chacun 10 % à titre personnel. Le reste était partagé entre six autres membres de la famille. La mort du souverain gabonais est venue augmenter les parts de Pascaline et Ali, conformément à son testament rédigé en 1987. Nommés tous deux légataire universel, ils doivent se partager 50 % de l’héritage total. Les 51 autres enfants que « Papa Omar » a reconnus se répartiront le reste. D’après un document de la Direction générale des impôts du Gabon, daté d’octobre 2014 et fondé sur les données transmises par des proches de Pascaline Bongo, l’actif net de la succession s’élève à 549 millions d’euros. Mais ce montant reste contesté, certains le jugeant sous-estimé.

 

Six ans après la mort d’Omar Bongo, à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, prévue en août 2016, l’heure du grand règlement de comptes semble avoir sonné. Si les héritiers veulent éviter que les conflits liés à la distribution de la fortune paternelle n’affectent leurs intérêts, le temps presse. Entre Libreville et Paris, les manœuvres s’intensifient en coulisses.

 

En mars 2013, Pascaline Bongo a été mandatée par le conseil des familles, créé par l’ensemble des héritiers, pour orchestrer l’inventaire de la succession. Mais son président de frère la soupçonne d’avoir dissimulé des avoirs et profité des circuits financiers opaques de leur père dont elle seule connaît les arcanes. Après avoir fait mine de se désintéresser de cette succession, Ali Bongo a fait connaître ses intentions à l’occasion d’une réunion entre les héritiers qui s’est tenue le 17 février 2014 à l’hôtel l’Etoile d’or de Libreville. Représenté par un notaire, il a ordonné que lui « soient communiquées copies exhaustives de l’intégralité des documents relatifs à la succession, permettant d’apprécier la situation active et passive de cette succession, tant au Gabon, en France que dans l’ensemble des autres pays ».

 

Ali Bongo a également écarté sans ménagement MLydie Relongoue, une notaire de Libreville réputée proche de Pascaline, chargée de la succession, qu’il soupçonne de partialité. Selon une note de synthèse rédigée par l’avocate parisienne d’Ali Bongo, MClaude Dumont Beghi, « les documents remis par Me Relongoue ont fait apparaître de très graves omissions et erreurs qui affectent gravement la succession ».

 

Liens embarrassants

 

La rupture est aujourd’hui consommée entre le frère et la sœur. Ali Bongo a fini par déposer plainte en octobre 2014, interrompant brusquement la mission de Pascaline. Il a fait nommer une autre notaire, MEstelle Brahime, désignée en novembre par le tribunal de grande instance de Libreville.

 

« J’étais la fille chérie d’Omar Bongo, mais je ne gérais pas tous ses biens », assure celle que son père avait pourtant désignée comme représentante de l’Etat au conseil d’administration de Total Gabon. Elle déplore « un climat familial tendu et l’impatience de certains héritiers désireux de toucher leur part ou de réclamer plus que leur dû ». Quant à sa relation avec son frère, elle tente de minimiser la gravité de leur conflit : « Ali est mon frère. Comme dans toute famille il peut y avoir des différends. » Un proche de la famille décrypte : « Ali a le pouvoir, elle a l’argent. Elle veut conserver la manne sans partager ni avec Ali ni avec les autres héritiers. »

 

Les enjeux économiques de cette guerre aux airs de « Dallas » tropical sont mirobolants, et l’opposition a bien compris, malgré ses divisions et ses balbutiements, l’intérêt qu’elle aurait à jouer de cette division pour tenter d’affaiblir le pouvoir. Pascaline Bongo le sait bien. En coulisses, elle a sollicité début avril le chef d’Etat sénégalais, Macky Sall, pour une médiation avec son frère. Celle qui s’était amourachée de Bob Marley dans les années 1980 a aussi profité d’un festival de reggae à Abidjan, le 9 avril, dont elle est la marraine, pour faire de même avec des proches d’Alassane Ouattara. En vain. Les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest ne souhaitent pas s’impliquer dans les affaires de la richissime famille régnante du Gabon, un pays où plus d’un tiers des 1,6 million de Gabonais vit sous le seuil de pauvreté.

 

Epicentre de la « Françafrique » et de ses dérives, le Gabon entretient toujours des liens très étroits avec Paris

 

Ali Bongo, lui, s’appuie sur son puissant directeur de cabinet, Maixent Accrombessi, pour orchestrer la contre-attaque avant que la guerre de succession n’envenime les bonnes relations avec la France. Epicentre de la Françafrique et de ses dérives, le Gabon entretient toujours des liens très étroits avec Paris. « Les relations avec Ali Bongo sont bonnes », confirme une source diplomatique au Quai d’Orsay. Le petit pays d’Afrique centrale, qui abrite l’une des quatre bases militaires française sur le continent, reste le pré carré par excellence, où les entreprises françaises détiennent plus de 30 % des parts de marché. Les liens de plusieurs d’entre elles avec la holding Delta Synergie se révèlent aujourd’hui embarrassants.

 

Autant de raisons pour lesquelles Maixent Accrombessi multiplie les voyages entre Libreville et Paris. Agé de 50 ans, cet élégant colosse béninois, qui se revendique franc-maçon et adepte du vaudou, est haï par les anti-Bongo. L’homme inspire la crainte en raison des secrets qu’il détient sur les barons de l’ère Omar Bongo, sur les opposants, mais aussi sur les grands groupes français présents au Gabon. Et il n’hésite pas à en jouer. « Le temps d’Omar Bongo est révolu. La présidence ne distribue plus d’argent ni aux opposants ni à quiconque et cela, ils ne le supportent pas ! », lâche-t-il avec l’assurance des puissants. Le directeur de cabinet assume aussi son goût pour les affaires. Il apparaît dans l’audit de Delta Synergie, comme détenteur de 10 % du capital de la société africaine de remorquage portuaire du Gabon (Sarep).

 

L’homme de confiance d’Ali Bongo en veut particulièrement à Pascaline Bongo et ne cache pas son mépris à l’égard de l’ancien compagnon de cette dernière, Jean Ping. Autrefois chef de la diplomatie d’Omar Bongo, ce riche Gabonais tente aujourd’hui de se présenter comme la figure de proue de l’opposition. Mais à en croire Maixent Accrombessi, les vrais coupables sont ailleurs. « Le Gabon a été l’abreuvoir des grands groupes français qui, sous Omar Bongo, ont été les auteurs de délits d’initiés, d’entente illicite, d’abus de biens publics, d’abus de position dominante. Que la justice française s’y intéresse », suggère-t-il. Et d’ajouter cette menace à peine voilée, aux accents de révolutionnaire panafricain : « Le budget du Gabon est obéré par des contrats léonins passés du temps d’Omar Bongo avec des sociétés françaises. » L’homme fort du régime gabonais ne cite pas de nom, mais se contente de sourire si l’on évoque le groupe minier Eramet, Veolia ou la BNP.

 

Selon le rapport d’audit réalisé par le cabinet Fénéon-Delabrière, le groupe BNP Paribas, qui n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde, a des liens capitalistiques avec Delta Synergie à travers la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Gabon (BICIG), filiale de BNP Paribas à hauteur de 46,67 %. Delta Synergie détient également des parts de la BICIG, à hauteur de 3,23 %. Dans le domaine des mines, Maboumine, filiale du groupe minier français Eramet, est détenue à 10 %, en participations directes et indirectes par Delta Synergie. Maixent Accrombessi ne cache d’ailleurs pas que Maboumine est visée par un contrôle fiscal au Gabon. Veolia, numéro un mondial de l’eau et de la propreté, est coactionnaire de la Société des eaux et de l’énergie du Gabon (SEEG) aux côtés de la Compagnie du Komo, elle-même détenue en partie par Delta Synergie et actionnaire à hauteur de 25 % de la Banque gabonaise et française internationale (BGFI). Veolia précise qu’elle « n’a pas de position à avoir sur les investissements de la Compagnie du Komo dans la SEEG ni sur les actionnaires de la Compagnie du Komo ». Delta Synergie apparaît aussi pour 30 % au capital de Gabon Mining Logistics, une filiale du groupe Bolloré un temps dirigée par Pascaline Bongo. Le groupe Bolloré tient à souligner que Gabon Mining Logisitics est « une filiale immobilière du Groupe Bolloré dont le seul objet social était l’acquisition d’un terrain et la construction d’un immeuble de bureaux ».

 

Mais c’est Total, partenaire historique du Gabon, qui cristallise les tensions, aussi bien entre les membres de la famille Bongo qu’avec la France. Sitôt arrivé au pouvoir, Ali Bongo a écarté sa sœur du conseil d’administration, où elle siégeait depuis 1988. Selon Maixent Accrombessi, un audit de Total Gabon est en cours, ce que le siège du groupe à Paris n’a pas été en mesure de confirmer. En novembre 2014, Total annonçait la clôture du redressement fiscal dont sa filiale gabonaise était l’objet et le versement de centaines de millions d’euros à l’Etat gabonais, une somme initialement fixée à 805 millions de dollars mais revue à la baisse après négociations. Outre ses liens avec l’Etat gabonais dans Total Gabon, l’entreprise est indirectement liée à Delta Synergie à travers la société de raffinage Sogara, en partie détenue par Petro Gabon Holding, elle-même détenue à 17 % par Delta Synergie. Contacté par Le Monde, Total n’a pas souhaité s’exprimer sur ses relations avec le pouvoir gabonais.

 

Autant de liens d’affaires avec la famille Bongo et l’Etat gabonais, sur lesquels ne cessent de planer des soupçons de corruption. Preuve que la Françafrique ne se conjugue pas encore tout à fait au passé, l’audit révèle par ailleurs des liens financiers entre Delta Synergie et plusieurs sociétés financières françaises. L’entourage d’Ali Bongo a beau clamer avoir fait table rase des pratiques du passé faites de prébendes et de valises de billets, l’audit de la holding Delta Synergie dont le président détient des parts pourrait aussi se révéler embarrassant pour lui.

 

La querelle autour de l’héritage Bongo étend ses ramifications chez le voisin congolais. Mi-avril, Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo, a ainsi découvert avec stupeur ce que, pense-t-il, Ali Bongo lui aurait caché. Sa défunte fille, Edith-Lucie, qui fut l’une des épouses d’Omar Bongo, détenait 10 % du capital de Delta Synergie. Les enfants nés de cette union, Omar « Junior » et Yacine, détiennent, eux, 18 % du capital. Leur grand-père, Denis Sassou Nguesso, ne cache pas en privé sa fureur d’avoir été tenu à l’écart de cet héritage maudit.

 

La guerre autour de la succession s’est immiscée dans la procédure dite des « biens mal acquis » ouverte en France il y a près de cinq ans

 

Cet ami à la fois utile et encombrant de la France, visé par l’enquête de la justice française dite des « biens mal acquis » ouverte en 2010, a dépêché, début avril, ses émissaires à Londres et à Paris pour tenter d’obtenir davantage d’informations sur cet héritage si controversé. A Libreville, il s’est attaché les services d’un notaire. « Les relations sont très tendues entre les deux chefs d’Etat et risquent de s’aggraver », redoute un habitué des deux palais présidentiels. « Denis Sassou Nguesso tient absolument à récupérer les parts d’Edith mais aussi des propriétés parisiennes gelées dans le cadre de la procédure des biens mal acquis qui devraient donc revenir dans le giron de l’Etat gabonais à l’issue de la procédure », commente un haut fonctionnaire gabonais.

 

Levier judiciaire

 

La guerre de succession s’est récemment immiscée dans la procédure judiciaire des biens mal acquis. Sur la base de notes émises par la cellule anti-blanchiment de Bercy, Tracfin, l’une des héritières, Onaida Myboto, fille d’Omar Bongo et de Chantal Myboto, qui a depuis rejoint les rangs de l’opposition gabonaise, a décidé de déposer une plainte à Paris le 15 avril avec constitution de partie civile, actionnant là un autre levier judiciaire. « Cela va permettre de vérifier les conditions dans lesquelles certains actifs de la succession auraient pu être soustraits à l’ensemble des héritiers », indique son avocat parisien, Me Eric Moutet.

 

Depuis les Etats-Unis où elle étudie, cette jeune fille âgée de 25 ans est la seule des 51 héritiers à avoir porté plainte. « Les opposants et leurs enfants aussi veulent leur part du pillage du pays par Omar Bongo », se moque avec condescendance Maixent Accrombessi qui ajoute, sans craindre une communication caricaturale : « Ali Bongo n’est pas intéressé par la succession car il est trop occupé par le développement de son pays. »

 

Fin 2014, les autorités monégasques ont transmis au parquet financier à Paris des informations sur trois comptes offshore ouverts à Monaco, détenus par la famille Bongo, aujourd’hui créditeurs de plus de 30 millions d’euros. Fin 2013, Tracfin avait déjà communiqué à la justice des informations sur plusieurs comptes bancaires domiciliés en République de Saint-Marin. Ceux-ci, écrivaient les fonctionnaires de police, « permettraient notamment de faire transiter des fonds dont l’origine illicite est sous-jacente – pouvant provenir de divers délits de corruption en Afrique – afin de les recycler dans divers secteurs non financiers dont le luxe et l’immobilier en France ». Une société basée à Paris spécialisée dans le commerce de montres de luxe « présente l’enregistrement de nombreux flux en provenance de personnes physiques en lien avec l’entourage d’Ali Odimba Bongo ou d’entités dont l’objet social a peu de liens avec le commerce d’horlogerie ». Parmi elles, Malika Bongo, fille aînée du président gabonais, ou encore l’entreprise Falcon Eye International LTD spécialisée dans la « gestion de projet » sur les « marchés émergents ». Cette société, domiciliée à Tortola aux îles Vierges britanniques, a honoré, selon une note de Tracfin de novembre 2013, une facture de joaillier au nom de Frédéric Bongo, un demi-frère d’Ali Bongo et responsable des services secrets gabonais.

 

« Boîte de Pandore »

 

Le 12 avril, l’annonce du décès d’André Mba Obame, l’un des chefs de l’opposition, a provoqué un séisme parmi les adversaires d’Ali Bongo désormais en quête de leader et des heurts lors de manifestations à Libreville. Message brutal à l’attention de Maixent Accrombessi, l’ambassade du Bénin à Libreville a été prise pour cible. Ce qui laisse augurer de tensions croissantes plus d’un an avant la présidentielle. « La stratégie de l’opposition est bâtie sur la haine », déclarait Ali Bongo lors d’une interview accordée au Monde début mars. Mais c’est bien l’économie, la hausse des prix, le chômage, et les inégalités sociales qui rendent indécente la querelle familiale des Bongo aux yeux de la population. La chute du cours du baril de pétrole affaiblit une économie dépendante de l’or noir qui irrigue 56 % de la richesse nationale. Ali Bongo le martèle : à son arrivée au pouvoir en 2009, le taux de croissance du PIB gabonais déclinait. Depuis, le taux moyen de croissance s’élève à 5,5 %. Mais les Gabonais ne bénéficient pas de cette embellie.

 

Marc Ona Essangui, figure de la société civile gabonaise rencontré à Paris, observe avec gourmandise la pièce tragicomique qui se joue sous ses yeux. Ce militant de la bonne gouvernance, proche de l’opposition, invite à s’approcher du fauteuil roulant dans lequel il est cloué depuis l’enfance en raison d’une polio mal soignée. Il ajuste ses lunettes et ouvre son ordinateur portable. « Je peux dormir tranquille », lance-t-il, l’œil rivé sur quelques articles qui évoquent le rôle de Delta Synergie. En se disputant le pactole, le régime expose ses faiblesses et accélère la nécessité de transformer ses pratiques, ce que la société civile demande depuis longtemps. « La succession et la médiocrité de la gouvernance d’Ali Bongo nous aident finalement à ouvrir la boîte de Pandore. Il y a dix ans déjà, je parlais de Delta Synergie sans avoir les détails », assure le quinquagénaire. Il cite pêle-mêle les lois anti-corruption, votées mais pas toujours respectées et les textes qui interdisent à un fonctionnaire d’avoir des intérêts dans le privé. Mais en dépit de ces divergences de fond avec le pouvoir, il espère, tout comme les dirigeants du Gabon, voir un jour les sociétés françaises sur la sellette.

 

Joan Tilouine


Journaliste au Monde

 

Simon Piel


Journaliste au Monde


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Lu pour vous : Le magot des Bongo

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