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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 01:25

 

 

 

http://www.lanouvellerepublique.fr   08/03/2015 05:46

 

Hier, Ciran a rendu hommage aux femmes et au travail de la photographe Camille Lepage, tuée en République centrafricaine en 2014. Elle avait 26 ans. Sa mère prolonge son engagement. Rencontre.

 

Elle se tient la tête. Un peu ailleurs. Le grain de sa peau paraît si palpable qu'on la croirait là, avec nous. La photo est extraordinaire. Ce portrait si beau d'une femme prise dans un conflit armé si terrible au Soudan est l'œuvre de Camille Lepage. C'était quelque mois avant la mort de la jeune photojournaliste dans un autre pays cher à son cœur, la République centrafricaine. Elle n'avait que 26 ans. Sa mère, Maryvonne Lepage, voue une tendresse particulière à cette photo. Elle la regarde dans la pénombre de l'une des salles du Pourquoi pas, à Ciran. Hier, elle participait à la journée « Voix de femmes dans un pays en guerre » (*), dont l'un des points d'orgue était évidemment l'exposition consacrée au travail de Camille Lepage.

 

Quelques mois après la mort de votre fille, vous avez fondé l'association Camille Lepage-On est ensemble…

 

 « Ma vie a changé le 13 mai 2014, quand j'ai appris sa mort. Avec son père Guy et son frère Adrien, nous avons créé Camille Lepage-On est ensemble pour prolonger l'engagement et les valeurs de Camille. L'association a un triple but. Aider les populations du Sud-Soudan et de République centrafricaine. Soutenir les photojournalistes engagés dans des projets professionnels partageant l'esprit de ceux de Camille. Et enfin protéger et exposer les photos de ma fille. De cette façon, Camille continue de vivre avec moi d'une autre manière. En un sens, elle est même plus présente que de son vivant. »

 

Qu'est-ce qui inspirait son travail et sa vie ?

 

 « Elle n'est pas partie dans ces pays de manière anodine. Elle s'y est installée véritablement. Elle voulait aller dans des régions dont les médias ne parlaient pas suffisamment à l'époque. Et là où les populations étaient en grande souffrance. Son regard, son engagement étaient tournés vers ses populations. Elle ne faisait pas du " news ", de l'actualité. Elle vivait dans les mêmes conditions qu'elles. Elle avait beaucoup d'humanité, ce qui lui a permis de capter, d'attraper ces regards. »

 

" Son humanité lui a permis de capter, d'attraper ces regards… "Avoir sa fille engagée dans des pays ravagés par des conflits devait être parfois très difficile…

 

 « Nous étions très proches l'une de l'autre. On ne restait jamais sans nouvelles plus de huit jours. Certains jours, oui, j'étais dans l'angoisse. Pour son intégrité physique, même si elle me disait : " Je ne vais pas me prendre une balle ". Mais je m'inquiétais aussi pour son intégrité psychologique : elle était si jeune et voyait de telles choses. Quand elle était au Caire, je détestais ces moments-là : j'avais peur pour son intégrité physique. Il y avait tellement de viols. Mais je n'avais pas cette inquiétude-là au Soudan ou en République centrafricaine. Elle n'y a jamais été visée personnellement, en tant que photojournaliste. Je ne craignais pas les enlèvements, non plus : à ce moment-là, il n'y en avait pas. Maintenant, si, à Bangui. »

 

Quel impact peut avoir une journée comme celle à laquelle vous prenez part à Ciran ?

 « Quand je fais une exposition comme celle-là, j'espère que cela permet aux personnes qui regardent les photos de repartir avec un autre regard sur le monde. De se détacher un peu de sa propre vie et se dire qu'il y a des pays du monde dont les populations sont en grande souffrance. En France, nous avons nos problèmes, mais on vit dans un pays libre et en paix. »

 

A ce titre, les attentats de début janvier ont dû avoir une résonance très spécifique pour vous ?

 

 « Oui, cette semaine-là fut difficile. J'ai entendu des choses qui me rappellent Camille. D'autant que c'était le mois de son anniversaire, de ses 27 ans. Il y a un peu plus d'un mois, nous étions tous Charlie. Camille était Charlie, bien sûr. Soyons-le encore plus aujourd'hui. »

 

 (*) Organisée par cinq associations dont le Champ des livres et Camille Lepage-On est ensemble.

 

 L'exposition de photos de Camille Lepage est prolongée jusqu'au 22 mars. Elle est visible à Ciran, au Pourquoi pas, les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, aux heures d'ouverture.

 

à savoir

 

> Camille Lepage, née à Angers, a été tuée par balle le 12 mai 2014, lors d'une embuscade en Centrafrique, alors qu'elle faisait son travail. Elle réalisait un reportage sur les conditions de travail des enfants exploités dans les mines de diamant.

 

la question

 

Photojournaliste est un métier très difficile. Dans quelles conditions Camille Lepage travaillait-elle ?

 

 « Quand vous êtes, comme elle, freelance [journaliste non rattaché à une rédaction, NDLR], personne n'organise vos déplacements pour vous, le 4 X 4 ne vous attend pas au pied de l'hôtel, explique sa mère Maryvonne Lepage. Elle devait tout faire, tout organiser toute seule. Et, bien sûr, il faut vendre ses reportages aux médias, à des prix qui sont d'ailleurs très bas… Camille n'avait pas peur d'aller au contact, ce qui lui a permis de publier beaucoup de photos. C'est aussi un investissement très lourd en matériel. L'hébergement peut être très cher. Comme à Djouba, au Soudan du Sud, où elle était sous une tente, sans eau et sans électricité et devait payer 600 dollars par mois ! »

 

Propos recueillis par Pierre Calmeilles

Lu pour vous : " Ma fille Camille était Charlie, bien sûr " : Maryvonne Lepage

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