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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 12:54

 

 

 

Dans le cadre du processus de reconstruction de la société centrafricaine, notamment en préparation du Forum de Bangui, il serait intéressant de s’attarder sur le rôle que pourrait jouer les « Chefs coutumiers » dans le processus de réconciliation.

 

En République Centrafricaine, la transition négociée qui visait à la reconstruction d’un ordre politique et social post-Séléka est sous-tendue par une philosophie de réconciliation nationale souvent mise à mal par les groupes armés qui sévissent sur l’étendue du territoire. La présidence de transition doit faire face à de multiples défis d’ordre social et plus principalement au sujet de la réconciliation des diverses communautés en particulier musulmanes et chrétiennes mais également les populations animistes ou tout simplement athées.

 

Aussi, une réforme essentielle de l’administration du territoire centrafricain afin de faciliter la réalisation de ce processus de paix serait de réhabiliter les Chefs coutumiers qui à notre époque sont représentés par les Chefs de village et les chefs de quartiers.

 

Aujourd’hui, en dehors du pouvoir financier qui semble opaque en République Centrafricaine, nous constatons que le fonctionnement de la Centrafrique est régi par trois (03) types de pouvoir :

 

Le pouvoir politico-militaire;

Le pouvoir religieux;

Le pouvoir social.

 

La réunification de toutes les communautés en RCA ne sera que le fruit d’une action concertée de ces trois pouvoirs, qui permettra d’établir un système hybride à même de prendre en compte les diverses revendications exprimées par le peuple centrafricain, à savoir : la Paix, la Justice et la Réconciliation.

 

1. Le pouvoir politico-militaire : Il faut noter que le pouvoir politique est de nos jours dominé par l’influence des groupes armés. Le pouvoir central de Bangui à très peu voire quasi plus de marge de manoeuvre car il n’existe plus en RCA une armée forte et disciplinée capable de rétablir l’ordre dans le pays, qui puisse lui permettre d’établir son autorité sur l’étendue du territoire et donc son administration. Aujourd’hui nous constatons un processus de réhabilitation des Forces Armées Centrafricaines avec l’appui des forces internationales mais ceci reste somme toute fragile et surtout insuffisant vu l’immensité de la tâche de réhabilitation à accomplir. Le pouvoir politique Séléka se fait encore entendre car il dispose encore d’une capacité de nuisance militaire sur une partie du pays. Il en est de même pour les groupes armés Anti-Balaka éparpillés un peu partout dans Bangui et certaines régions de la RCA. De plus l’impact du pouvoir politico-militaire s’est récemment traduit dans les faits avec les rencontres occultes en marge du Forum de Bangui, auxquelles le pouvoir central n’a pas eu son mot à dire et durant lesquelles les principaux responsables de ces groupes armés ont négocié des compromis entre eux sans l’aval des autorités de Bangui.

 

2. Le pouvoir religieux : Depuis le début de cette crise, la religion a été malheureusement et malicieusement utilisée par le pouvoir politico-militaire pour créer des amalgames et instaurer un véritable sentiment de haine au sein des diverses communautés religieuses en RCA. Cependant, le vrai pouvoir religieux a été représenté par trois personnes : l’Archevêque de Bangui Mgr Dieudonné NZAPALAINGA, l’Imam de Bangui Omar KABINE LAYAM et le Pasteur Nicolas GUEREKOYAME GBANGOU ainsi que certains de leurs collègues tels que l’évêque de Bossangoa, ainsi que les prêtres dans les églises en province. Ces personnes ont parcouru des kilomètres que ce soit à Bangui, dans les villes et villages de la Centrafrique pour apporter de l’affection aux populations éprouvées et prôner un message de pardon, de tolérance, de paix et de réconciliation. Hélas, ils ne peuvent porter tout le poids de cette crise centrafricaine et il s’avère nécessaire que d’autres forces se joignent à leurs actions pour faire aboutir le processus de paix en RCA.

 

3. Le pouvoir social : Ce pouvoir a longtemps été représenté durant cette crise et continue de l’être par la société civile via les différentes associations centrafricaines et ONG internationales qui tentent tant bien que mal de faire entendre la voix de la population marginalisée. Ce pouvoir jadis représenté par les Chefs coutumiers peinent à faire entendre ses revendications qui sont aussi légitimes que les revendications politico-militaires. Hier, les chefs de village et les chefs de quartiers représentaient le pouvoir de proximité qui prévalait dans les villages et les quartiers, dans certains endroits où le pouvoir central ne pouvait accéder. Ils étaient les gages d’une certaine autorité et d’un certain ordre de proximité. Quand quelque chose ne fonctionnait pas dans le village ou dans le quartier, les administrés étaient convoqués par le Chef coutumier qui exerçait son pouvoir afin de ramener le calme et la raison. Sa parole était respectée. Les administrés se pliaient à la décision que le Chef coutumier prenait. Aujourd’hui, à l’heure des consultations populaires en prélude au Forum de Bangui, les Chefs de village et les Chefs de quartiers auraient été un véritable recours, plus que la présence de ministres résidents qui parfois peuvent mettre à mal le processus de consultation (Cf. l’incident de Yaloké).

 

Ainsi, cet appel à la réhabilitation des Chefs coutumiers s’annonce nécessaire à l’approche du Forum de Bangui tout comme certaines personnes ont demandé la réhabilitation des Forces Armées Centrafricaines. Cette réhabilitation doit faire partie des principales recommandations qui sortiront de ce Forum. Les Chefs coutumiers sont le relais dans les quartiers et dans les villages de l’autorité de l’Etat et il est important de le préciser à nouveau et autant de fois qu’il le faudra. D’ailleurs un ministre qui avait été retenu plusieurs jours par des Anti-Balaka a affirmé que ces derniers étaient coupés du monde extérieur et ignoraient les décisions qui étaient prises dans le pays et notamment par le pouvoir central.

 

Lors de sa nomination à la tête de l’Etat du Burkina-Faso, le président KAFANDO a pris le soin de recevoir les Chefs coutumiers afin de s’assurer de leur soutien et de leur collaboration (cf. le journal en ligne lefaso.net du 12/02/2015). Il a compris qu’en attendant que les structures de l’Etat se remettent en place après cette période difficile de son pays, il était nécessaire de s’appuyer sur un réseau fort représenté par les chefs coutumiers afin de maintenir l’autorité de l’Etat.

 

Aujourd’hui, en Centrafrique, les populations déplorent l’absence de l’Etat car elles ne ressentent pas ce message de proximité, ce qui est normal puisque l’Etat central ne montre aucune attention envers leur autorité locale, donc il n’existe pas de relais.

 

Par conséquent, plutôt que de redéfinir de nouveaux systèmes de gouvernance qui ne vont pas forcément donner des résultats tangibles, il serait intéressant de remettre en selle ce système de chefferie qui a fonctionné par le passé. Nous avons ainsi l’exemple du chef Mandaba Julien au quartier Boy-Rabé ou du chef Malézévo à Dédengué, deux quartiers du 4ème arrondissement qui est décrit comme très sensible, dont ses chefs étaient très écoutés de leurs administrés et qui peut encore rendre de bon service aujourd’hui (cf. l’exemple avec Camille Mandaba).

 

Les deux aspects que revêtent les différentes fonctions du chef coutumier (nous nous limiterons aux fonctions d’ordre juridique et politique) sont : ses fonctions en tant que juge traditionnel ; les fonctions que le gouvernement lui délègue ou attend de lui qu’il remplisse.

En ce qui concerne la première catégorie de fonctions, il est utile de se rappeler les commentaires de C. van Vollenhoven, (juriste néerlandais (1874-1933) : « En premier lieu, ils (les chefs coutumiers) apportent leur soutien au respect du droit Coutumier, en outre, ils constituent de véritables archives vivantes du droit coutumier à travers les événements dont ils sont témoins, et il leur appartient de régler les litiges suivant les principes du droit coutumier ».

 

Et sur ce dernier point, nous voyons toute la plénitude de l’apport des chefs coutumiers dans la recherche de la paix et de la réconciliation de par la sagesse et l’expérience qu’ils ont pu acquérir en étant des archives vivantes. Alors que faire pour réhabiliter les chefferies?

 

1. Réhabiliter l’autorité coutumière en renforçant officiellement le rôle des chefs de villages et des chefs de quartiers. Ceux-ci doivent être en capacité de prendre des décisions administratives locales qui seront bien sûr référées au pouvoir central.

 

2. Leur donner les moyens de l’exercice de leurs missions notamment dans l’aménagement de bâtiments leurs permettant de recevoir leurs administrés lors des débats sous l’arbre à palabres (toujours en référence l’arbre à palabre du chef Mandaba Julien à Boy-Rabé à l’époque qui peut être pris en exemple).

 

3. De les aider à prévenir de la marginalisation de leur village ou de leur quartier en rénovant les accès à leur localité via la rénovation de pont ou route, poste de santé ou dispensaire, ce qui représente un message fort qui est envoyé à leur population dans ces moments difficiles.

 

4. De les aider à combattre le mal-être de leurs administrés, chemin d’une vraie résilience, en créant des espaces de parole privilégiés entre les différentes communautés avec pour ambition de les réconcilier. Pour cela une commission « Education et Formation » pourrait être mise en place afin de former les chefs coutumiers à cet exercice noble mais combien difficile.

 

5. Enfin soutenir le patrimoine culturel de ces villages car la culture peut aussi être une source de réunification entre les communautés.

 

En conclusion, à l’approche du Forum de Bangui, il serait intéressant pour les autorités en charge de ce processus de prendre en compte la nécessaire réhabilitation des chefs coutumiers. Ce sont des systèmes qui marchent dans d’autres pays (crise en Côte d’Ivoire, au Burkina-Faso, en Afrique du Sud…), alors ne nous privons pas de cette solution.

 

Cyrus NABANA

 

02 mars 2015

APPEL A LA REHABILITATION DES CHEFS COUTUMIERS DANS LE PROCESSUS DE PAIX EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE par Cyrus Nabana

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