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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 14:45

 

 

 

 

http://www.franceinfo.fr   04/02/15 (France Info)

 

Les soldats français de retour de Centrafrique sont particulièrement traumatisés. Deux députés - Olivier Audibert-Troin pour l'UMP et Emilienne Poumirol pour le PS - viennent de publier un rapport alarmant sur l'impact psychologique de cette guerre sur les militaires français qui s'y sont engagés depuis décembre 2013. Au moins 12 % seraient atteints de stress post-traumatiques.

 

Il veut rester anonyme. Nous l'appellerons Sylvain. Il a une vingtaine d'années. Sylvain est un fantassin, un soldat d'infanterie, au plus près du terrain. Le garçon a souvent le regard dans la vague quand il évoque sa mission en Centrafrique. Il est rentré il y a seulement quelques mois, "changé" dit-il. Changé par ce qu'il a vu là-bas et qu'il n'a pas pu empêcher. Des souvenirs qui ne le quittent plus : "On a été surpris. On ne s'attendait pas à ça. C'était quotidiennement des corps sans tête repêchés dans le fleuve, ou retrouvés calcinés au bord de la route, même des enfants. Des personnes mutilées à coup de machettes par la foule en rage qui venaient vers nous pour trouver du secours. Tout cela, c'était monnaie courante. Est-ce qu'à 19 ou 20 ans, même si on est militaire, on est prêt à voir ça et à l'encaisser. C'est une question que je me pose. Pour moi, ça fera à jamais partie de mon quotidien. J'y pense très souvent, et je me pose la question de l'utilité de ce qu'on a fait. Est-ce que tout cela avait un sens, un but.... je ne suis pas sûr", s'interroge le jeune homme visiblement marqué.

 

Face aux enfants soldats
 

Les images terrifiantes et le sentiment d'impuissance ont fait de la Centrafrique une mission particulièrement traumatisante. Il y a aussi la nature des combats : pas d'ennemis clairs comme en Afghanistan ou au Mali. Les menaces sont difficiles à identifier, la mission est complexe. Sylvain nous montre sur son ordinateur une scène filmée sur place.

 
Les assaillants - des miliciens - sont si proches qu'on distingue leurs visages. Parfois difficile de ne pas les confondre avec des civils au milieu des arbres et maisons. On voit des combats de rue dans un village et des soldats français qui se tordent de douleur touchés par des éclats de grenades.

 
"Ce sont des combats très rapprochés, à moins de 50 mètres, en très haute intensité. Face aux lances, aux grenades, on a dû tuer plusieurs fois. C'était eux ou non. Et eux n'ont pas peur de mourir en face. On s'est retrouvé parfois face à des enfants de 13 ou 14 ans armés de kalachnikovs. Ces combats, ce sont des images que j'essaye de chasser de mon esprit, mais qui reviennent souvent au moment de la journée où je ne m'y attends pas ou la nuit", confie le soldat très marqué. Quand on demande à Sylvain s'il compte repartir en opération, sa réponse fuse : "Non, non, j'en suis incapable. Je ne repartirai plus en opération. Pas question".

 

Je ne repartirai plus

 

Sylvain parle aussi des cauchemars, des accès de violences de ses camarades les plus traumatisés. Dans son groupe, trois sont en arrêt maladie. Déjà usé, Sylvain quittera l'armée à la fin de son contrat dans quelques mois, comme l'ont déjà fait d'autres de ses camarades rentrés de Bangui.

 
Y avait-il un moyen d'éviter les traumatismes de ces soldats ? Après tout, la guerre est forcément quelque chose de difficile, d'insupportable. La guerre fait des morts, c'est une évidence. Mais il semble qu'on aurait pu réduire l'impact psychologique sur le contingent si l'intervention française avait été plus adaptée. Au sein de l'armée, des voix s'élèvent pour dire qu'on n'a en fait pas appréhendé cette opération en Centrafrique comme il le fallait. C'est ce que dit par exemple Michel Goya, colonel en retraite depuis un mois qui a participé à beaucoup opérations extérieures au cours de sa carrière. Selon lui, Paris a envoyé en Centrafrique 2000 hommes là où il en fallait 10 000.

 
 "La Centrafrique, ça n'est pas une guerre au sens classique du terme. C'est une mission de stabilisation sans ennemi déclaré. Il faut se méfier de tout le monde, tout le temps. La menace est complexe. Et pour faire cesser le chaos, il n'y a qu'une seule solution, c'est une présence massive. Il faut beaucoup de monde. Or, on n’a pas mis les effectifs suffisants. Loin de là. Ce qui fait qu'on a placé nos hommes dans une situation délicate. Ils doivent courir d'une explosion de violences à une autre. Ils doivent désarmer les uns, mais n'ont pas le temps de désarmer les autres et s'exposent à des représailles. Cela est très frustrant pour eux, cela procure une grande vulnérabilité, un sentiment d'impuissance. Et c'est très difficile à vivre moralement", argumente Michel Goya.

 
Pour autant, la Centrafrique n'est pas la première mission qui occasionne des séquelles psychologiques graves chez les soldats français. Le phénomène a même été identifié dès la première guerre mondiale. La question est donc peut-être plutôt celle de la gestion de ces troubles chez ces soldats brisés.

 

L'armée m'abandonne

 

Il y a des psychiatres du service de santé des armées mais aucune consultation systématique. Il y a aussi un numéro vert. Et depuis 2008 un sas : avant c'était trois jours à Chypre, désormais ce sont deux jours à Dakar. Les militaires se retrouvent sans pression dans un hôtel "4 étoiles" avec piscine, massages et surtout groupes de paroles avant de retrouver leur famille en France.

 

Mais tous les militaires ne passent pas par ce sas. Et puis, on sait que les stress post traumatiques se déclarent souvent après, quelques fois plus d'un an après.

 

Ça a été le cas pour Frédéric Wieser, la quarantaine, soldat des forces spéciales, 13ème régiment de dragons parachutiste de Martignas en Gironde. Pour lui, pas de sas au retour d'Afghanistan, et une très grande solitude après, au point qu'il a quitté l'armée.

 
"Il n'y a aucun de soutien de personne pour des garçons comme moi. Ma hiérarchie n'a pas voulu entendre parler de mon syndrome de stress post-traumatique. C'était comme un tabou. Je me suis même senti montré du doigt au point que j'en ai eu honte", explique le militaire. Quand il a enfin vu un psychiatre de l'armée que son épouse l'avait poussé à solliciter, Frédéric Wieser a été mis en arrêt maladie pendant un an. "J'avais interdiction de me rendre à la caserne. C'était très dur. Je me sentais seul, isolé. Il n'y a que les camarades les plus proches qui m'appelaient parfois pour prendre de mes nouvelles. Les autres n'ont téléphoné que pour savoir quand je comptais reprendre. J'ai essayé mais finalement je n'ai jamais réussi à reprendre", se souvient-il.

 
"J'ai donné ma vie pour l'armée. En retour, j'ai eu cette attitude brutale. J'ai une grande amertume à l'égard de l'institution. Je rêvais de faire toute ma carrière dans le monde militaire. Mon rêve s'est envolé parce que je n'ai jamais réussi à y retrouver ma place", raconte le parachutiste ému. 

 

Des soldats comme Frédéric Wieser qui quittent l'armée, c'est difficile bien sûr pour eux. C'est du gâchis aussi pour l'armée elle-même : ce sont des hommes expérimentés qu'elle perd. Une déperdition de capital humain.

 
Les deux députés auteurs du rapport qui vient de paraitre préconisent un comité de suivi, de meilleurs statistiques, une réintégration dans les régiments des hommes qui sont en arrêt maladie. Des préconisations de parlementaires? Bien peu de choses pour le moment aux yeux des militaires abîmés par leurs missions.

 

par Mathilde Lemaire mardi 3 février 2015 23:57, mis à jour le mercredi 4 février 2015 à 08h54

 

 

Opération Sangaris en Centrafrique: quand le retour des soldats vire au cauchemar

 

http://rmc.bfmtv.com    04/02/15 (BFM TV) par M.Ricard avec Stéphanie Collié

 

TEMOIGNAGES - Les militaires français engagés en Centrafrique ne s'attendaient pas à une mission aussi difficile. Certains rentrent blessés physiquement, d'autres atteints de blessures dites "invisibles" : des traumatismes psychiques que l'on appelle "syndrome de stress post-traumatique".

 

Sangaris, le dur retour à la réalité. Il y a un peu plus d'un an, les soldats français arrivaient en urgence dans les rues de Bangui, la capitale centrafricaine. Mais plus de 12 mois après, l'insécurité demeure. A tel point que, les militaires engagés ne s'attendaient pas à une mission aussi difficile. Certains rentrent blessés physiquement, d'autres atteints de blessures dites "invisibles" : des traumatismes psychiques que l'on appelle "syndrome de stress post-traumatique".

 

Celui-ci se caractérise par des cauchemars, des violences parfois et une incapacité à se réhabituer à la vie quotidienne. En clair, le corps du soldat est là, mais son esprit est resté au front. C'est le cas de Sylvain (le prénom a été modifié, ndlr), 25 ans, rentré de Bangui il y a quelques mois. Alors qu'il a connu d'autres terrains d'opérations, notamment les Comores, ce soldat est rentré très marqué, très atteint par ce qu'il a vu en Centrafrique.

 

"Est-ce que ce que l'on a fait a réellement servi ?"

 

Sur RMC, il se dit hanté par ses souvenirs de mission: "Ce qui m'a le plus marqué ce sont les exactions. On a été surpris, on ne s'attendait vraiment pas à cela… C'était courant de voir des hommes décapités le long des fleuves, des gens se faire mutiler par une foule…" Il ajoute, encore sous le choc: "On s'est retrouvé face à des enfants-soldats avec des Kalachnikovs, prêt à nous tirer dessus".

 

Dès lors, il s'interroge: "Est-ce que ce que l'on a fait a réellement servi ?" Un sentiment d'impuissance face au massacre accru par le fait qu'"en face, ils n'ont vraiment pas peur de mourir". Selon un rapport parlementaire présenté ce mercredi matin à la presse, le nombre de militaires atteints par le "syndrome post-traumatique" est en augmentation (par exemple 12% pour l'intervention Sangaris contre 8% pour l'opération Pamir en Afghanistan).

 

" C'était 'à l'arrache' "

 

Alexandre (le prénom a été modifié, ndlr), 20 ans, revient de Centrafrique. Il avait auparavant effectué une courte mission en Afghanistan et n'est pas étonné de voir que bon nombre de militaires ont des problèmes psychologiques graves à leur retour de Centrafrique.

 

"La grosse différence se situe au niveau de la logistique. En Centrafrique, la France était toute seule à intervenir alors qu'en Afghanistan, on avait le soutien des Américains. C'était beaucoup plus organisé, il y avait plus d'appui. Alors qu'en Centrafrique, c'était 'à l'arrache', lors de la plupart des missions on était livrés à nous-mêmes et si jamais il se passait quelque chose on ne pouvait en tenir qu'à nous pour s'en sortir", témoigne-t-il à RMC.

 

"Ils sont comme laissés à l'abandon"

 

Une fois leur mission terminée, les soldats passent trois jours dans un hôtel au Sénégal afin de se réhabituer à la vie civile. Un "sas de décompression" où ils rencontrent des psychologues qui les informent des risques de stress post-traumatique. Mais pour Sylvain, cette aide est insuffisante : trois camarades de son groupe sont aujourd'hui en arrêt maladie longue durée.

"L'un d'entre eux a eu des phases agressives, il a limite une haine raciste…", explique-t-il dans Bourdin Direct. Et de constater, désabusé : "Ils n'ont pas de suivi… Ce n'est pas l'armée qui vient les voir, ce sont eux qui font les démarches, individuellement… Ils sont comme laissés à l'abandon." A noter que le syndrome de "stress post-traumatique" peut se déclarer un mois, trois mois, voire un an après le retour des soldats. Sylvain, lui, ne repartira pas en mission. Son contrat s'achève l'année prochaine et il a décidé de quitter l'armée.

 

Soldats traumatisés de Centrafrique : vivre avec "ces images"

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