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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 16:05

 

 

 

BANGUI, 19/02/15 (IRIN) - Aider des milliers de combattants de République centrafricaine (RCA) à réintégrer la vie civile pose un dilemme aux travailleurs humanitaires : offrir trop d’avantages reviendrait à récompenser la violence, mais s’ils en offrent trop peu, ils risquent de ne pas parvenir à l’enrayer.

 

Quoi qu’il en soit, le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des groupes armés est, selon la mission des Nations Unies en RCA, « absolument indispensable ».

Voici un aperçu des enjeux.

 

Combien y a-t-il de combattants ?

 

Environ 2 000 au sein de la coalition de groupes d’insurgés à majorité musulmane connue sous le nom de Séléka, qui a dirigé le pays pendant dix mois à la suite d’un coup d’État en mars 2013, et 1 500 chez les anti-balaka, nom utilisé pour désigner les groupes disparates qui se sont alliés pour combattre la Séléka. Ces deux coalitions « sont une menace permanente contre la paix, la sécurité et la stabilité », a estimé un comité d’experts des Nations Unies sur la RCA dans un rapport publié en octobre 2014. Environ un millier de combattants de la Séléka sont cantonnés dans des casernes de Bangui, la capitale du pays. En novembre, plusieurs de ces combattants ont menacé de faire exploser un dépôt de munitions de la ville s’ils ne recevaient pas les salaires rétroactifs qu’ils revendiquaient.

 

Les dirigeants des anti-balaka présentent des chiffres bien plus élevés. Ainsi, Joachim Kokate (ancien conseiller du gouvernement sur les questions de DDR) comptait en décembre dernier 20 000 anti-balaka à Bangui et dans les environs et 50 000 ailleurs. Des sources au sein de la MINUSCA, la mission des Nations Unies en RCA, ont estimé ces chiffres « complètement invraisemblables » et évaluaient plutôt à entre 3 000 et 4 000 le nombre total d’anti-balaka.

 

La plupart des programmes de DDR offrent à certains anciens combattants la chance d’intégrer l’armée nationale – après avoir vérifié leurs antécédents, en théorie. L’armée compte officiellement 7 000 soldats, mais actuellement, ils seraient plutôt 3 000, et la majorité d’entre eux ne seraient pas armés.

 

Tout le monde est-il prêt pour le DDR ?

 

La MINUSCA a mis au point une stratégie de DDR, mais prévient que le programme ne commencera pas tant qu’aucun accord de paix crédible ne sera signé par les groupes armés et le gouvernement. La Séléka et les anti-balaka ne se sont presque pas affrontés depuis début 2014, mais ils n’ont pas cessé de tuer des civils. L’accord signé en janvier par des éléments marginaux des deux groupes est considéré par la majorité comme insignifiant.

 

M. Kokate a dit à IRIN que la plupart des anti-balaka étaient déjà « rentrés dans leurs villages » pour attendre le processus de DDR.

 

Des diplomates et des travailleurs humanitaires haut placés ont dit à IRIN que les anti-balaka ne pourront pas prétendre bénéficier du programme de DDR, car ils sont trop désorganisés et divisés. Le porte-parole des organisations non gouvernementales (ONG) internationales en RCA, Jacques Terrenoire, a cependant dit qu’il faudrait « leur offrir d’autres solutions économiques ».

 

Quelles sont les propositions actuelles ?

 

Mamert Sinarinzi, porte-parole de la section DDR de la MINUSCA, a dit le mois dernier que si par le passé les programmes de DDR étaient « destinés à des individus armés, une démarche en contact plus étroit avec la population devrait maintenant être envisagée. » Les programmes classiques de DDR destinés aux anciens combattants qui ne s’enrôlent pas dans l’armée cherchent généralement à leur procurer de l’argent, des outils et des formations pour faciliter leur réinsertion dans la vie civile. Dans une démarche axée sur les collectivités locales, les mesures d’incitation à la réintégration sont proposées non seulement aux anciens combattants, mais également aux populations les accueillant.

 

La réintégration des anciens combattants peut poser autant de difficultés aux communautés qu’aux anciens combattants eux-mêmes. « On ne peut pas obliger les communautés à accepter des personnes susceptibles d’avoir commis de graves exactions », dit Jean Alexandre Scaglia, représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en RCA.

 

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le programme de travail contre rémunération qu’elle a mis en place à Bangui et qui cible à la fois les membres des groupes armés et la population civile pourrait être « une variante deuxième génération de DDR ». Le programme emploie des « personnes vulnérables » pendant dix jours, principalement pour creuser des fossés, et les paye 40 euros au total.

 

En 2014, près de 50 pour cent des 7 800 participants au programme étaient des femmes et environ 10 pour cent provenaient de groupes armés. D’après le colonel Kalle Seppala, de la force de l’Union européenne déployée en RCA pour protéger les civils et les opérations humanitaires, ce programme a aidé à réduire la violence à Bangui.

 

L’OIM espère que d’ici septembre 2015, 20 000 personnes auront pu bénéficier de ce programme à Bangui et ailleurs. Selon l’organisation, 43 pour cent des participants ont utilisé les 40 euros pour monter une activité de vendeur de rue. L’OIM n’offre cependant pas de formation en gestion d’entreprise ni dans d’autres domaines relatifs aux moyens de subsistance. Dans certains quartiers de Bangui il semble y avoir maintenant bien trop de vendeurs de rue par rapport à la demande.

 

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est en train de mettre au point un projet de 5 millions de dollars visant à former 10 000 personnes aux métiers d’ouvrier en bâtiment, de mécanicien, de charpentier, d’électricien, de métallurgiste et de plombier. Éric Levron, conseiller du PNUD sur les moyens de subsistance, estime que ces formations pourraient favoriser le développement d’une classe moyenne d’artisans capables de faire tourner des entreprises productives.

 

Ces derniers mois, la mission de la FAO en RCA a formé près de 300 conseillers agricoles aux méthodes des « écoles pratiques d’agriculture ». Ces conseillers devraient à leur tour en former des centaines d’autres dans tout le pays.

« Les conseillers peuvent aider à créer des moyens de subsistance pour les anciens combattants », a dit M. Scaglia.

 

Le bureau de la FAO en RCA prévoit par ailleurs d’embaucher un spécialiste de la chasse pour apprendre comment cette activité importante dans les régions reculées pourrait devenir plus viable pour les communautés et les jeunes à risque.

 

L’organisation cherche aussi à aider les jeunes éleveurs à reformer un troupeau lorsque leurs bêtes ont été volées ou tuées, moment où ils deviennent sensibles au recrutement par les groupes armés.

 

RCA : la vie après les combats

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