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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 12:15

 

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

 

L’horizon politico-judiciaire du député et maire UMP de Levallois-Perret Patrick Balkany s’assombrit un peu plus. Les juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon ont transmis le 11 février au parquet national financier une demande de levée d’immunité parlementaire visant ce très proche ami de Nicolas Sarkozy. Ils estiment disposer désormais de suffisamment d’éléments étayés pour imposer un strict contrôle judiciaire au député, déjà mis en examen pour « corruption » et « blanchiment de fraude fiscale ». Il reviendra au bureau de l’Assemblée nationale d’accéder – ou pas – à leur demande.

 

Les deux magistrats ont eu la surprise de recevoir le 8 janvier la visite inopinée de Jean-Pierre Aubry, le bras droit de M. Balkany. Il leur a remis les actions au porteur de la société offshore Haydridge, dont il était officiellement le détenteur jusqu’ici. C’est ce véhicule financier qui possède la somptueuse villa Dar Gyucy, à Marrakech.

 

Or, les juges pensent que la demeure marocaine appartient aux Balkany, ils ont toujours estimé que M. Aubry n’était qu’un prête-nom pour le compte du couple, désireux de ne pas déclarer ses biens à Bercy. Le 8 janvier, M. Aubry est donc venu trouver les juges, et a reconnu l’évidence, pour la première fois : « Je ne suis pas propriétaire de cette maison, je n’ai jamais perçu un euro de cette affaire. » Il s’en est tenu là. Mais ce simple aveu était suffisant pour les magistrats.

 

Car le dossier judiciaire, dont Le Monde a pu prendre connaissance, ne laisse guère planer le doute. Les Balkany ont bien dissimulé leurs avoirs au fisc et organisé l’opacité de leur situation financière. Un mois plus tôt, le 18 décembre 2014, les enquêteurs avaient déjà recueilli un témoignage très accusateur. Ce jour-là, Marc Angst, directeur de la société fiduciaire suisse Gestrust, vient leur confier sa rancœur. C’est en 2009 que sa société est contactée par M. Aubry, accompagné, selon ses dires, par « son avocat parisien Me Claude [Arnaud Claude, associé de Nicolas Sarkozy dans le même cabinet] ».

 

 M. Aubry se présente alors comme un homme d’affaires indépendant. Il ne dit pas exactement la vérité : il dirige en fait la Semarelp, une société d’économie mixte chargée de l’aménagement de Levallois-Perret. Il parle aux Suisses d’un projet faramineux, la construction de tours, à Levallois-Perret, un marché de plus de 950 millions d’euros. Il est censé percevoir, en tant qu’apporteur d’affaires, une commission de 5 millions de dollars (environ 4 millions d’euros), qu’il souhaite investir dans une villa au Maroc. « Il a été convenu ce jour-là que tous les contacts devaient passer par Me Claude », se rappelle M. Angst. Deux sociétés offshore sont créées par Gestrust : Haydridge, pour la villa de Marrakech, et Himola, pour recevoir la commission.

 

« Je lui dois beaucoup »

 

Jusqu’en 2013, tout se passe bien. Me Claude se déplace deux fois par an en Suisse, règle les frais, 12 000 euros annuels. L’argent a bien été viré sur le compte Himola, les 22 et 29 juin 2009, et la villa a été achetée le 6 janvier 2010. Seul petit contretemps, l’argent devait provenir du cheikh saoudien Mohamed Ben Issa Al-Jaber, mais celui-ci n’a pas réussi à faire affaire avec la mairie de Levallois-Perret. Du coup, les virements proviennent d’un autre homme d’affaires, George Forrest, mais cela n’émeut pas plus que cela le directeur de Gestrust.

 

Jusqu’au 13 janvier 2014, jour où il décide de signaler l’affaire aux autorités helvétiques, tant il est inquiet de voir les noms de MM. Aubry et Balkany évoqués ensemble dans la presse. Un mois plus tard, le 12 février 2014, le voici à Paris, dans les bureaux de Me Claude, à 18 heures. Il réclame des éclaircissements. M. Aubry est présent, lui aussi. Marc Angst narre la scène aux juges : « M. Aubry m’a dit : Vous savez, Marc, que je porte pour mon ami Monsieur Balkany. (…) J’ai fait une erreur d’avoir aidé mon ami Balkany mais je lui dois beaucoup et je vais le défendre jusqu’au bout en disant que c’est moi le propriétaire. J’étais furieux d’avoir été trompé… »

 

Voilà donc l’intuition des magistrats confortée : la villa a bien été achetée pour le compte des Balkany par leur homme de confiance, Jean-Pierre Aubry. Mais d’où provient l’argent, ces fameux 5 millions de dollars ?

 

Le fisc n’en a jamais entendu parler. Les magistrats disposent de trois rapports émanant de l’organisme anti-blanchiment Tracfin, soulignant que le député UMP n’est pas assujetti à l’impôt sur la fortune : il ne déclare « que » 87 175 euros de revenus en 2012, et ce alors qu’il rémunère des employés à domicile pour… 127 000 euros. Sa femme parvient même à se faire rembourser 6 000 euros du fisc en 2012, tout en bénéficiant d’une demi-part supplémentaire, au titre de sa qualité de… personne isolée.

 

« C’est une jolie fable »

 

Le 28 janvier, les magistrats décident donc de confronter dans leur cabinet l’industriel George Forrest, celui qui est censé avoir versé les 5 millions de dollars, au bénéficiaire supposé, Patrick Balkany. Une joute verbale haute en couleur. Une plongée, aussi, dans les années Sarkozy, quand M. Balkany disposait d’un passeport diplomatique fourni sur ordre de l’Elysée et se déplaçait un peu partout, à l’affût des bonnes affaires. C’est ainsi, selon M. Forrest, que le député a un jour proposé à l’industriel d’investir dans l’uranium, en Namibie. Il s’agit de racheter la société Forsys.

 

« M. Balkany m’a apporté cette affaire », assure M. Forrest. L’intéressé dément. Jure même ses grands dieux ne jamais avoir mis les pieds dans cette partie du continent africain : « Je ne connais pas la Namibie. (…) Je ne connais personne en Namibie », dit-il sur procès-verbal.

 

Pas de chance, M. Forrest s’est déplacé avec un lot de photos. On y voit très clairement un Patrick Balkany hilare, serrant dans ses bras le président fondateur de la Namibie, Sam Nujoma. Il y a là aussi, à Windhoek, capitale namibienne, Duane Parnham, le patron de Forsys.

 

De quoi décontenancer le député UMP ? Il lui en faut plus : « C’est une jolie fable », s’emporte-t-il devant les juges. « Je ne connais pas Forsys. M. Forrest est un menteur. Je demande qu’on le mette en majuscules et souligné. » Il se rappelle tout de même, finalement, avoir fait un crochet par la Namibie, un jour. Ce qui ne suffit évidemment pas aux juges. Ni à M. Forrest. « En juin 2009, au bureau de la mairie de Levallois, M. Balkany me remet le numéro de compte de sa société à la Commerzbank de Singapour, accuse l’industriel. Je fais ensuite assez rapidement les deux versements d’un montant total de 5 millions de dollars… » M. Balkany conteste fermement cette version des faits, parle de « fariboles ». Mais les juges semblent tenir, désormais, leur schéma d’une fraude fiscale à grande échelle.

 

Fabrice Lhomme

Journaliste au Monde

 

Gérard Davet

Journaliste au Monde


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/enquetes/article/2015/02/19/les-juges-demandent-la-levee-de-l-immunite-du-depute-balkany_4579450_1653553.html#AlUjiEbz3rlWbiOu.99

Lu pour vous : Les juges demandent la levée de l’immunité du député Balkany

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