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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:20

 

 

 

Par Claire Arsenault RFI 09-02-2015 Modifié le 09-02-2015 à 17:49  

 

Les militaires français engagés en République centrafricaine (RCA) dans l’opération Sangaris sont nombreux à porter les séquelles des combats. Blessures physiques bien sûr, mais aussi «blessures invisibles», autrement dit le syndrome de stress post-traumatique, une atteinte qui touche 12 % des militaires selon un rapport d’information que viennent de publier deux députés.

 

Le traumatisme psychique comme blessure de guerre est connu depuis la Première Guerre mondiale. Mais il aura fallu attendre 1992 pour qu’il soit reconnu en France par un décret comme blessure de guerre. Et une autre décennie encore pour qu’en 2011 suite à « l’engagement en Afghanistan et son impact sur l’opinion publique, une véritable politique d’accompagnement des blessés psychiques voit le jour ». Un premier plan d’action érige alors « la prise en charge des troubles psychiques », relèvent les deux auteurs du rapport Olivier Audibert-Troin (UMP) et Emilienne Poumirol (PS). 

 

Bilan très négatif pour Sangaris

 
Les deux parlementaires ont relevé que depuis 2007 plus de 1 000 pathologies psychotraumatiques ont été enregistrées dont 80 % liées au conflit en Afghanistan. Le rapport insiste également sur l’importance des « sas de décompression », ces haltes qui en proposant un accompagnement psychologique permettent aux combattants de reprendre pied à la fin de leur mission, avant le retour à la « vie normale » quelques jours plus tard.

 
Celui installé à Chypre pour les combattants rentrant d’Afghanistan a été d’ailleurs visité par les auteurs du rapport. « L’apport du sas est indéniable, écrivent-ils, pleinement convaincus de son utilité en matière de détection des conduites à risque et des troubles psychiques ». Or, pour l’opération Sangaris 1 débutée en décembre 2013 en Centrafrique, aucune structure équivalente à celle de Chypre n’était en place, alors que les opérations dans ce pays étaient particulièrement éprouvantes. .
 
Seuls quelques psychologues sont dépêchés pour soutenir les soldats « sur une journée seulement et dans un cadre "sous l’aile de l’avion" ne se prêtant ni à la normalisation ni à l’apaisement. Beaucoup de personnels, au moins un tiers, n’ont donc pas pu être suivis pour leurs problèmes psychiques » remarque le rapport. « En conséquence, le bilan est très négatif pour l’opération Sangaris 1 : 12 % des militaires de retour de République centrafricaine présentaient des déséquilibres psychologiques se traduisant par un contact altéré avec la réalité contre 8 % pour l’opération Pamir (Afghanistan)», jugent sans complaisance les parlementaires.

 
Maison interarmées du blessé

 
Les auteurs poursuivent : « Ce résultat n’est malheureusement pas étonnant dans la mesure où le contexte opérationnel réunissait tous les ingrédients pour que l’impact psychologique soit douloureux : horreur de la guerre civile, impuissance relative de la force, volatilité et dangerosité du milieu, conditions matérielles très rudimentaires, ennemi mal identifié et perte de contrôle de la violence ». Face à ce résultat désastreux, l’état-major a finalement décidé d’installer un sas à Dakar en juin 2014 qui permet enfin aux soldats de « décompresser » pendant quelques jours avant de regagner la France.

 
Conçu sur le même modèle que celui de Chypre, le sas de Dakar peut accueillir une vingtaine de personnes dans un complexe hôtelier où les soldats participent pendant trois jours à des réunions d’information sur le retour, à des groupes de parole, des séances de TOP (dispositif de soutien psychologique) et des sorties culturelles. Cela dit, tous les militaires ne passent pas par cette étape et le risque est de voir survenir, même longtemps après (jusqu’à 10 ans), des troubles qui auraient pu être prévenus ou dépistés.

 
Dans leur conclusion, les auteurs ont tenu à saluer « le travail remarquable que le service de santé des armées accomplit ». Cela dit, ils insistent pour qu’« un groupe de réflexion sur le syndrome post-traumatique soit mis en place ». Ils appellent aussi à la création d’une « véritable maison interarmées du blessé » où seraient regroupés tous « les acteurs intervenant dans la prise en charge ». Un centre, décrit le rapport, qui « pourrait accueillir pour de courts séjours les blessés, psychiques notamment, et leur famille pour rompre leur isolement et faire un point de situation ». 

 

Ces équipements sont d’autant plus nécessaires, que le nombre d’opérations extérieures va croissant pour les forces françaises. Et cette augmentation va de pair avec le nombre de troubles psychiques relevés dans le rapport : 136 cas en 2010, 298 en 2011, 282 en 2012 et 359 en 2013. 

Les profondes blessures invisibles des soldats français de Sangaris

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