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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 23:26

 

 

 

On dit souvent que «les plus faibles se vengent», «les plus forts pardonnent», «les  plus  heureux  oublient ».

 

La réconciliation ne se décrète pas ! Elle se construit…

 

La réconciliation  consiste à réparer quelque chose de casser, on dit aussi que l’on se réconcilie plus facilement avec les morts et beaucoup plus difficilement avec les vivants.

 

L’amorce d’une réconciliation en RCA  s’exercera par étapes, tel le schéma du deuil qui se décompose en 7 étapes obligatoires à savoir :

 

  1. le choc, déni
  2. la douleur et la culpabilité
  3. la colère
  4. le marchandage
  5. la dépression
  6. la reconstruction
  7. l’acceptation

 

Si l’on veut comprendre l’état psychique des victimes   suite au coup d’Etat 2012, pour établir un sas de décompression national adapté aux  victimes, on peut aussi l’interpréter de la manière suivante :

 

Mais rappelons qui sont ces victimes :


Le peuple  centrafricain, les familles des «  sans voix ceux que l’on n’écoute jamais », les « sans grades ceux qui ne peuvent pas se défendre », les « sans familles ceux qui ont tout perdu de la RCA «.

 

La 1ère  phase du deuil  pour les Victimes centrafricaines,  s’est exprimée par le « choc » lié aux exactions commises contre les familles centrafricaines par les partisans de la SELEKA, cette phase a été suivie concomitamment d’un « déni »  au vu de la situation tellement irréelle (les tueries, les assassinats, les viols,  les vols…). On pense vivre un cauchemar les yeux ouverts, ce qui provoque chez les victimes des  évanouissements, des vomissements,  ils avaient  du mal à réaliser l‘évidence vu le désastre, vu la déchéance humaine qui s’est caractérisée par le refus de la situation, la perte totale de repères, l’impossibilité  de prendre une décision de bon sens.


La violence psychologique est spontanée, la destruction morale est permanente, la surprise du chaos insupportable  etc… 

 

La 2ème  Phase de deuil pour les familles centrafricaines s’exprimait par la douleur.
Les  Victimes toujours les mêmes  le peuple les familles centrafricaines. La douleur se caractérisait par un  début de la prise de conscience éphémère, superficielle cependant réelle. Cette étape, plus chaotique et effrayante de profonde douleur, qui les amène à consommer des stupéfiants, à abuser d’alcool, à prendre  toutes sortes de drogues, médicaments et autres. Un sentiment de culpabilité intense, d’abandon accompagné de remords délirants les envahissaient. Durant cette phase de deuil, à cette étape du deuil le Président DJOTODIA est toujours au pouvoir.

 

La 3ème Phase  du deuil Centrafricain est  la colère et a coïncidé avec l’arrivée à la Présidence de la République de Mme Catherine SAMBA PANZA.


Les Victimes, toujours les Familles Centrafricaines, chez lesquelles la colère s’exprime par la  recherche des  causes de l’injustice, par la  désignation des boucs émissaires. La gestion de la colère se manifeste  par la création de groupes de défense, par la création  des groupes armés non conventionnels, par la création de groupes de répressions et de pressions, par la création d’associations diverses des victimes de toutes sortes, par la création de  groupes de prière formels ou informels, par la naissance des sectes, par l’adoubement  des gourous, par la naissance des profanateurs, des  fabulateurs de toutes natures, des comploteurs, des usurpateurs venus des quatre coins de la planète pour leurs intérêts personnels profitant du déséquilibre psychique des centrafricains pour les abuser.


D’une déviance généralisée de ce qui est normal vers  des croyances de toutes natures  relevant de la pure imagination, des interprétations  ancestrales improvisées, on voit naitre rites et sacrifices de tous genres, allant jusqu’à l’anthropophagie. Voilà ce qui s’exprime en RCA  des différents   groupes qui se forment, pour répondre à la gestion  de la phase  de colère du deuil, dont les plus célèbres sont les ANTI-BALAKA, et SELEKA.

 

La 4ème Phase de deuil c’est le  marchandage.


C’est la phase la plus difficile à gérer, c’est précisément la phase dans laquelle nous nous trouvons actuellement en RCA. La naissance de toutes formes de frustrations, de souffrances, souvent couvertes par le besoin de faire justice soit même. C’est le cas des groupes armés non conventionnels, des milices qui commettent des exactions au nom d’un préjudice non réparé, des vengeances injustifiées, une vendetta contre X, on est dans la recherche des moyens pour inverser les pertes. Les victimes  sont à la  recherche des récompenses injustifiées, d’un pretium-doloris inexistant, de dommages et intérêts injustifiés, c’est la phase de  négociation difficile, de chantages de tous genres (enlèvements contre rançon, ou comme moyen de pression).


Ces revendications destructrices par la force sont la démonstration que l’on pouvait se battre face à l’arrivée de l’ennemi, et sont souvent exprimées par les plus faibles. (Donc «  les plus faibles se vengent »)

 

La 5ème Phase de deuil s’exprime à travers la dépression et la douleur. A cette phase de deuil, la RCA n’est pas encore arrivée, car la phase dépression et douleur est inévitable mais elle peut être plus ou moins forte ! Elle dépend de comment nous allons négocier la phase de gestion de la colère ! Car même si les victimes ont accepté la perte,  elles ne sont  pas en mesure de faire face au quotidien, malgré que  certains  se soient fait justice eux-mêmes.


Ils ressentent que  le traumatisme est présent, et que le dommage n’est pas réparé. Et pour ceux qui ont pris d’autres options que la vengeance physique ou matérielle, c’est-à-dire les associations divers, les groupes de prières et autres, leurs désespoirs est si grand et la perte  morale bien ancrée.  


Ils affectent leurs  comportements, les victimes restent passives, dubitatives, stoïques, dans l’impossibilité de voir une fin positive, aucune vision pour l’avenir, elles n’arrivent plus à vivre normalement, c’est la phase du deuil la plus critique car on touche le fond. Ce qui les  amène pour la plus part, à toutes formes de rupture, de séparations, de divorces, à l’abandon, à la désertion, à la folie, et à terme au choix ultime,  de continuer à vivre ou de s’arrêter de vivre… autrement dit au suicide.

 

La 6ème Phase de deuil est la reconstruction. Cette phase est la phase test, car c’est le commencement à s’ouvrir aux autres, pour ceux qui ont survécu à toutes les phases précitées,  ils  sont à la cherche d’activités positives visibles, des activités gratifiantes, ils sont à recherche de tout ce qui est valorisant qui relève d’une reconnaissance officielle, ils veulent exister au yeux du monde, ils veulent être écoutés,  ils sont à la recherche de repères personnels pour s’en sortir, ils adoptent une attitude de  gentillesse excessive, ils ont  besoin de fréquenter la jeunesse porteuse d’espoir, ils se comportent comme des personnes rassurantes et réfléchies.

 

La 7ème Phase de deuil est l’acceptation. Celle-ci est la phase finale du deuil, selon les spécialistes elle intervient  après 5 à 10 ans après et en fonction de la réparation psychique liée au choix du projet ; Ce que l’on appelle  « sas  de décompression » :
accepter  la réalité, prendre la vie avec du recul, s’infliger une philosophie du vivre ensemble, s’assumer, comprendre les enjeux de la vie, se placer comme un acteur privilégié  de la planète, améliorer son quotidien, se mêler aux autres, voyager pour échanger pour comprendre pour connaitre, avoir un comportement positif dans la vie sociale.

 

Voici décrites les étapes obligatoires du deuil que vivent ou vont vivre les centrafricains, à plus ou moins  fort degré de violence psychique.


Tout dépendra de la manière dont seront gérées ces étapes à franchir.


Il est temps de prévenir plutôt que de guérir, on écrit pour faire prendre conscience, on écrit pour éduquer, on écrit pour éveiller, on écrit pour construire, mais avec qui ?

Les plus forts ? Bozize et Djotodia !


Ceux qui pardonnent trop vite !!!

 

Les plus faibles ? Anti-Balaka et Seleka !


Ceux qui se vengent à corps perdu !!!

 

Les plus heureux ? Les Politiques aux affaires !


Ceux qui oublient trop vite!!!

 

Gardons en tête que le traumatisme centrafricain est intacte.


Il va exploser en son temps et se situer dans une des 7 phases précitées selon les  choix de  projets  réparateurs qui seront faits.

 

Pour information une personne sur trois en Somalie post crise est atteinte de folie. Un sondage de l’armée Français  post retour de RCA  dit  que 12% des éléments qui forment les rangs des Forces Françaises « Sangaris » sont atteints d’un traumatisme psychique qualifié de blessure invisible post traumatique dit   « syndrome de stress»  qui se manifeste par des cauchemars et des violences, par l’incapacité à se réhabituer à la vie quotidienne.


On s’aperçoit que le corps du soldat est là mais son esprit est ailleurs, car il est très marqué par ce qu’il a vu et a vécu en RCA, pour comparaison avec l’éternel guerre de l’Afghanistan ou l’on enregistre « simplement » 8% de traumatisés. 


Il faut prendre conscience de cet état psychique dans lequel vont se trouver les centrafricains, au passage de la phase de dépression pour ceux qui  survivraient à cette crise.     «On ne tire pas sur les feuilles de l’arbre pour le faire pousser »…

LA RCA ENTRE  REPENTANCE ET REDEMPTION par Lionel Saraga Morais Bio-Zin

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