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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 03:24

 

 


Niamey AFP / 10 février 2015 00h45 - Le Parlement nigérien a approuvé lundi soir à l'unanimité l'envoi de troupes au Nigeria dans le cadre de la force régionale pour lutter contre le groupe islamiste armé nigérian Boko Haram, ont indiqué à l'AFP des députés.

L'Assemblée nationale a voté à l'unanimité la résolution autorisant le Niger à envoyer des troupes dans le cadre de la force multinationale dans le bassin du Lac Tchad contre Boko Haram, a affirmé à l'AFP Abdourahamane Chégou, un député de l'opposition.

La résolution a été votée de façon unanime: tous les 102 députés présents l'ont voté favorablement, a confirmé Mohamed Ben Omar, le quatrième vice-président de l'Assemblée et élu de la majorité présidentielle.


Ce feu vert autorise le Niger à envoyer quelque 750 hommes au Nigeria pour combattre Boko Haram, a expliqué un autre membre du Parlement, qui a requis l'anonymat.

Le vote s'est tenu vers 23H00 locales (22H00 GMT), après plus de deux heures de débats à huis clos en raison du caractère sécuritaire très sensible du sujet, a précisé cet élu.


Le Niger, jusqu'alors épargné par les violences des islamistes nigérians, fait, depuis jeudi et l'annonce de ce vote à l'Assemblée nationale, l'objet d'attaques répétées sur son territoire.


Le président du Parlement, Amadou Salifou, a souligné dans l'après-midi, lors de l'ouverture du débat parlementaire, que le vote se déroulait alors que les bombes tombent sur Diffa, dans le sud-est du pays, à la frontière avec le Nigeria.


Boko Haram a mené quatre attaques en autant de jours dans cette zone, dont la dernière en date, une explosion dans un marché de Diffa lundi, a fait au moins un mort et une quinzaine de blessés.


Ca fait plusieurs années que Boko Haram est présent. Aujourd'hui Boko Haram est devenu un monstre. Il faut bien que quelque part on s'organise pour arrêter effectivement cette menace, a affirmé dans l'après-midi le président nigérien Mahamadou Issoufou, à la base de cette résolution parlementaire.


Le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Bénin se sont mis d'accord samedi pour engager 8.700 hommes - soit 1.200 de plus qu'initialement annoncé - dans une force multinationale contre Boko Haram, alors que le Tchad a déjà lancé ses troupes dans la bataille dans le nord-est du Nigeria.



(©)

 

 

«Le Niger est en guerre, mais comment combattre des fous ?»

 

Jean-Louis LE TOUZET Envoyé spécial Libération à Niamey 8 février 2015 à 18:56

 

REPORTAGE

 

Les soldats nigériens, aidés par les Tchadiens, ont repoussé deux raids de Boko Haram ce week-end. Le pays redoute désormais des attaques-suicides.

 

«Le Niger a longtemps préféré le déni, ne voulant pas voir le danger Boko Haram à ses frontières. Peut-être, d’ailleurs, pour ne pas froisser le Nigeria», confie, sous couvert d’anonymat, un jeune cadre du parti présidentiel, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme. Il y a encore huit mois, la haute administration de Niamey se refusait même à prononcer officiellement le nom de la secte radicale. Seul un cercle restreint d’officiers supérieurs pointait déjà «le très grand risque sécuritaire» et la crainte, aujourd’hui fondée, de «réseaux dormants et d’attaques-suicides», comme le rappelle Moulaye Hassane, chercheur en études arabes et islamiques à l’Institut de recherches en sciences humaines de Niamey.

 

Convulsions. Ainsi dimanche, vers 11 h 30, dans le centre de Diffa, près de la frontière nigériane, un garçonnet aurait déclenché une bombe dans le marché aux poivrons qui jouxte la brigade des douanes. Selon un bilan provisoire, l’attentat a fait un mort et vingt blessés. La bombe, selon les informations recueillies par Libération, aurait été confiée (ou attachée) au garçon, poussé vers un étal de légumes par une femme qui a été arrêtée peu après. Les autorités locales avançaient pourtant en fin de journée que les victimes auraient été causées «par un obus». «Le temps de la guerre est arrivé. C’est la chose la plus facile, au fond, la guerre. Le plus dur sera de pacifier la région et d’extraire les résidus islamistes», note le colonel Mahamadou Abou Tarka, président de la Haute Autorité de consolidation de paix.

 

Depuis trois semaines, le Niger est pris de convulsions. Après les lieux de culte chrétiens et débits de boissons incendiés les 16 et 17 janvier à Niamey et Zinder - en réponse à la présence du président Issoufou à la marche républicaine de Paris après les attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher -, le pays a dû faire face ce week-end, pour la première fois, aux attaques de Boko Haram dans l’Est. Le premier raid a eu lieu vendredi, aux abords de la préfecture de Bosso, posée sur la rivière Komadougou Yobé. Les militaires tchadiens, déjà positionnés sur place, ont répliqué. Selon un bilan officiel, le Niger a perdu cinq hommes en contrant l’assaut.

 

Second coup de force à Diffa, siège du gouvernorat. L’armée nigérienne qui, dimanche, essuyait à l’aube des tirs de mortier venant du territoire nigérian, a repoussé durant tout le week-end les assaillants de Boko Haram. Les combats ont eu lieu à trois kilomètres à la sortie de la ville, au lieu-dit Pont Kogui, qui matérialise la frontière. «Nous les avons repoussés juste derrière le pont, mais impossible pour le moment de faire valoir notre droit de poursuite, car l’Assemblée n’a pas encore voté ce droit… et aussi par méconnaissance du terrain ennemi», se désolait un officier joint par téléphone. Même constat fait à Bosso par un autre officier nigérien : «On ne sait pas sur quelle profondeur ils sont positionnés de l’autre côte de la rivière. Mais le plus inquiétant, ce sont les cellules qui se sont activées samedi à l’intérieur même de la commune.»

 

Joint dimanche par téléphone, un «retourné» - Nigérien qui vivait au Nigeria - établi dans le quartier Sabon Carré, en périphérie de Diffa, raconte la première attaque, vendredi matin : «Des enfants de 15-16 ans ont surgi de nulle part, courant et tirant à la kalachnikov dans tous les sens comme dans un film, alors qu’il y avait des militaires. Ils ont riposté et les ont tous tués.» «La ville se vide car le Niger est en guerre contre des fous, racontait un commerçant de Diffa juste avant l’attaque-suicide, alors que les habitants fuyaient. Et comment combattre des fous ? Dans deux semaines, il n’y aura plus d’eau dans la rivière [qui sépare les deux pays] et ces gens vont rentrer avec encore plus de facilité.»

 

Lacunes. «C’est une guerre asymétrique car, d’un point de vue militaire, il ne fait pas de doute que nous pouvons repousser leurs attaques. C’est ce que nous avons fait et cela, si je peux dire, nous a rassurés sur notre capacité opérationnelle», analyse le colonel Tarka, pour qui «la grande interrogation, aujourd’hui, est celle de nos capacités à recueillir du renseignement et à anticiper les attentats».

 

Le chercheur Moulaye Hassane, lui, n’est pas du tout surpris par l’attaque kamikaze, qu’il fait reposer en partie sur des lacunes du renseignement : «Ce problème des cellules avait été pointé dans nos publications et c’est à se demander si l’Etat n’a pas les oreilles bouchées. Le discours dans les mosquées s’est profondément radicalisé ces dix dernières années contre tout ce qui représente l’Occident.» Et de poursuivre : «Le Niger en fait l’amère expérience et découvre que ce ne sont pas les femmes voilées qui commettent les attentats, comme les autorités l’imaginaient, mais bien des enfants, totalement vulnérables, qui ont été manipulés par des cerveaux fous.» Toujours selon le chercheur, «le tout-militaire, tel qu’on va le voir à l’œuvre dans les mois qui viennent, ne pourra venir à bout de ce nid de frelons qui s’est éparpillé dans la région. Désormais, la possibilité d’attaques kamikazes, une éventualité à laquelle nos responsables ne portaient jusqu’alors qu’un faible crédit, est une hypothèse sérieuse qu’il faut intégrer, y compris dans la capitale».

 

Jean-Louis LE TOUZET Envoyé spécial à Niamey

 

Boko Haram: le parlement du Niger vote à l'unanimité l'envoi de troupes au Nigeria

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