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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 22:53

 

 

 

Conflict Armament Research

 

Groupes Armés non Étatiques en République Centrafricaine

 

Janvier 2015

 

INTRODUCTION

 

La guerre civile qui faisait rage de longue date dans le nord-est de la République centrafricaine (RCA) s’est transformée, depuis début 2012, en une crise à l’échelle nationale. La crise opposait initialement les forces rebelles de la Séléka à un groupe hétérogène de forces nationales et de troupes internationales qui étaient intervenues dans ce conflit, notamment : l’armée nationale centrafricaine (les Forces armées centrafricaines - FACA), les troupes tchadiennes alliées (qui se sont maintenant retirées), et la Force multinationale de l’Afrique centrale (FOMAC) - composée de troupes mises à disposition par la Communauté  économique des États de l’Afrique centrale - et qui a maintenant quitté le pays. Depuis fin 2013, le conflit a entraîné des violences intercommunautaires extrêmes entre Musulmans et civils chrétiens armés et entre les forces de la Séléka et des groupes chrétiens et des milices animistes « anti-Balaka » nouvellement créés. Deux forces extérieures se sont interposées entre ces factions belligérantes : une force d’intervention française (Opération Sangaris) et la Mission internationale de soutien de l’Union africaine à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA), qui s’est transformée, depuis septembre 2014, en Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).

 

La Séléka est née d’une coalition composée principalement - mais pas exclusivement – de groupes armés musulmans opérant dans le nord du pays, renforcée par la présence de combattants et d’armes provenant du Tchad et du Soudan.

 

Au cours de son avancée sur la capitale, Bangui, au début de 2013, la Séléka a saisi d’importantes quantités d’armes au sein des stocks nationaux, autrefois sous le contrôle de l’ancien Président centrafricain, François Bozizé. Après que le chef de file de la Séléka, Michel Djotodia, eut démissionné de la présidence centrafricaine, en janvier 2014, et que les combattants de la Séléka se soient retirés de Bangui ou aient été cantonnés, une partie des stocks de la Séléka est restée dans la capitale.

 

Les forces de la Séléka maintiennent toujours d’importants arsenaux dans leurs bastions au nord de Bangui et conservent le contrôle de grandes portions du nord et du centre du pays, y compris de zones contiguës avec le Tchad et le Soudan.

 

Conflict Armament Research a mené des recherches en RCA entre avril et septembre 2014 afin d’enquêter sur les stocks d’armes utilisées par les acteurs non étatiques et sur l’origine de ces armements. Le présent rapport énumère les types

 

d’armes et de munitions fabriquées après 2000 qui ont été saisies ou collectées par la MISCA et la force Sangaris auprès d’acteurs armés à travers le pays, au cours de l’année 2014. Il décrit également le type d’armes qui se trouvent actuellement dans les stocks des FACA et qui étaient auparavant aux mains de la Séléka et des gouvernements centrafricains précédents. En outre, Conflict Armament Research a identifié la nature de certaines armes et véhicules en possession des forces de la Séléka cantonnées à Bangui. A la fin du mois d’août 2014, des investigations ont aussi été menées sur deux factions de la Séléka placées sous le commandement du général Ali Darassa et du général Joseph Zondeko à Bambari, permettant l’examen des armes à feu et des documents saisis par les forces du général Zondeko auprès des forces anti-Balaka à Bambari.

 

Le travail d’enquête sur ces armes a été effectué dans un contexte d’évolution rapide des allégeances et des divisions entre les anciennes forces rebelles de la Séléka et les milices anti-Balaka1. En raison de la volatilité des dynamiques qui caractérisent les milices centrafricaines ainsi que les différentes forces étrangères et internationales qui ont acheminé du matériel militaire en RCA depuis le début de la crise en 2012, il est difficile d’établir avec précision les voies d’approvisionnement internes des armes et des munitions à destinations d’acteurs armés spécifiques.

 

Néanmoins, les éléments de preuve recueillis indiquent l’existence de deux dynamiques des flux d’armes dominantes. Tout d’abord, certaines informations suggèrent clairement que, depuis leur prise de pouvoir au début de 2013, les forces de la Séléka ont reçu des armes et des munitions provenant d’autres pays de la région, en particulier du Soudan. Deuxièmement, les éléments de la Séléka semblent s’être emparés d’une grande partie des stocks d’armes constitués sous la présidence de Bozizé ; ces armes sont également parvenues aux mains de civils armés appartenant aux autres parties. Du fait de la nature de ces mécanismes d’approvisionnement, certaines armes originellement transférées de Chine, d’Iran et d’Europe vers certains pays africains, notamment les gouvernements centrafricains et soudanais, ont été re-transférées vers les forces de la Séléka et des anti-Balaka.

 

PRINCIPALES CONCLUSIONS

 

• Le Soudan et la Chine ont produit la majorité des armes et des munitions de fabrication récente (post-2000) dont la présence a été établie au sein de toutes les parties en RCA.

 

Des munitions pour armes légères et armes plus lourdes de fabrication chinoise - et peut-être iranienne – ont été retransférées du Soudan vers la RCA.

 

• Les stocks détenus précédemment par les forces de la Séléka comprennent des munitions pour armes légères soudanaises fabriquées en 2013, ce qui corrobore des informations bien étayées faisant état de livraisons d’armes provenant du Soudan après la prise du pouvoir par la Séléka, en mars 2013. Les forces de la Séléka cantonnées à Bangui possèdent également des munitions pour RPG fabriquées en Chine en 2011 et des véhicules tactiques légers soudanais qui ont été aperçus pour la première fois en 2013, et dont la présence en RCA n’avait pas été établie auparavant.

 

• Des grenades de fabrication chinoise, détenues en grand nombre par la Séléka et par les forces anti-Balaka, également répandues parmi les civils armés à Bangui et dans d’autres régions du pays, semblent, de par leur emballage, avoir été originellement destinées au Népal.

 

• Les forces de la Séléka ont utilisé des armes légères, des munitions et des véhicules de fabrication européenne, dont certains ont été probablement détournés de leurs destinataires finaux. Ces armes comprennent des munitions belges, tchèques et britanniques, fabriquées entre 2007 et 2010. Les forces de la Séléka ont également utilisé des camions militaires allemands semblables à ceux acheminés auparavant par le même exportateur néerlandais au Soudan, en 2012.

 

• Les milices anti-Balaka et des civils armés utilisent des cartouches de fusil de calibre 12 fabriquées en Espagne, en Italie et au Cameroun. Conflict Armament Research continue à enquêter sur le transfert ou la re-exportation de ces munitions en RCA.

 

ARMES ET MUNITIONS UTILISÉES PAR LES FACTIONS ARMÉES

 

Lorsque la coalition de la Séléka s’est emparée du pouvoir en mars 2013, ses forces ont capturé des armes appartenant aux FACA ; elles ont pillé d’importants stocks d’armes constitués par l’ancien président Bozizé. Certains de ces stocks étaient situés dans la capitale, y compris dans la résidence privée de l’ancien président, mais également dans d’autres régions du pays, en particulier à Bossambélé2. Les combattants de la Séléka interviewés ont également affirmé à plusieurs reprises s’être procurés des armes dans les marchés frontaliers du Soudan et du Tchad, en particulier non loin d’Am Dafok ; cependant, Conflict Armament Research n’a, pour l’heure, pas été en mesure de vérifier ces informations3.

 

En se fondant sur des observations et des recherches directes, il est possible d’affirmer que les stocks d’armes légères et de petit calibre actuellement détenus par les forces de la Séléka reflètent diverses sources d’approvisionnement.

 

Ces armes incluent :

 

• Des fusils d’assaut 7.62 x 39 mm (de type AK), des fusils 7.62 x 51 mm (de type G3 et FAL), et des fusils d’assaut 5.56 x 45 mm (de type AR15) fabriqués dans divers pays ;

 

• Des mitrailleuses d’appui général (MAG) « Mokhtar » de calibre 7.62 x 54R de fabrication soudanaise ;

 

• Une gamme étendue de lance-grenades, notamment des lance-grenades RPG-7 et des lance-grenades amovibles de type UBGL de 40 mm de fabrication bulgare ; des lance-grenades Milkor-1 de fabrication sud-africaine ; et des lance-grenades QLZ-87 de 35 mm de fabrication chinoise ;

 

• Des mortiers et des obus de mortier PP93 de 60 mm de fabrication chinoise ; et

• Des grenades à main de type 82-2 de fabrication chinoise4.

 

Les milices anti-Balaka opposées aux forces de la Séléka se sont principalement équipées d’armes artisanales, de fusils de calibre 12 et autres fusils de chasse. Certains éléments anti-Balaka sont également équipés de fusils d’assaut de type AK, de mitrailleuses d’appui général (MAG) et de lance-roquettes RPG qu’ils ont pu obtenir à partir des stocks des FACA ou de marchés locaux5 ; cependant, Conflict Armament Research n’a pas été en mesure de d’établir avec précision la nature de ces armes (Conseil de Sécurité de l’ONU (CSONU, 2014a, pp.48-49)).

 

Au cours de l’année 2013, le Soudan a fourni au gouvernement de la Séléka des équipements militaires. Les informations recueillies, toutefois, indiquent également que ce pays a également livré des armes aux gouvernements centrafricains précédents6. Les matériels militaires acheminés en 2013 comprenaient au moins deux cargaisons d’armes livrés à Bangui par voie aérienne en provenance du Soudan7. Selon une source proche des milieux de l’aviation au moment où la Séléka était au pouvoir, les autorités de la Séléka auraient émis une autorisation illimitée de vol civil permettant à un avion militaire soudanais d’atterrir à volonté en RCA ; il s’agissait de la seule autorisation de ce type accordée au cours cette période.

 

Les forces de la Séléka ont également incorporé dans leurs rangs des mercenaires soudanais qui ont rejoint la Séléka avec leur propre équipement ; c’est le cas notamment des combattants dirigés par Moussa Souleyman Asimeh, installés dans l’ancienne base des Sapeurs-pompiers à Bangui jusqu’en juin 2013. Selon les dirigeants de la Séléka avec lesquels Conflict Armament Research s’est entretenu au début de septembre 2014, il est possible que certains de ces combattants soient encore présents à Vakaga, au nord de la RCA.

 

Le travail de recherche sur le terrain mené par Conflict Armament Research a confirmé que les armes et les munitions les plus récentes observées en RCA sont de fabrication soudanaise10. Il s’agit notamment de munitions de calibre 7.62 x 39 mm, fabriquées en 2013, et saisies par les forces de la MISCA après que la Séléka ait fui la capitale (voir le tableau 1), et de véhicules tactiques légers « Karaba », présents dans un camp de cantonnement de la Séléka situé dans l’ancienne base du Régiment d’intervention opérationnelle du Territoire (RDOT), dans le district KM12 à Bangui. Des véhicules de ce même type avaient été abandonnés au QG des FACA. La Military Industrial Corporation (complexe industriel militaire soudanais), qui appartient à l’État soudanais, a pour la première fois présenté publiquement ce véhicule « Karaba » lors du salon international de l’armement IDEX qui s’est tenu en 2013, à Abou Dhabi. Ce véhicule n’avait été observé nulle part auparavant11. Les commandants de la Séléka et des sources diplomatiques affirment que le Soudan a convoyé par avion au moins quatre véhicules de ce type à Bangui, à l’époque où la Séléka gouvernait le pays en 2013-201412.

 

MUNITIONS CHINOISES - ET PRÉSUMÉES IRANIENNES - RE-TRANSFÉRÉES À PARTIR DU SOUDAN

 

Dans plusieurs cas, des munitions chinoises et (présumées) iraniennes, dont la présence a été avérée en RCA, semblent avoir été re-transférées à partir du Soudan (voir le tableau 3). Dans le cas de la Chine, cela peut constituer une violation des accords d’utilisation finale signés entre les gouvernements de la Chine et du Soudan14.

 

Munitions HEAT de calibre 82mm de fabrication chinoise

 

Dans le cadre des opérations menées à Bangui depuis décembre 2013, les éléments de la force Sangaris ont saisi six boîtes de lance-roquettes sans recul 82mm de type HEAT fabriquées en Chine en 2011. Toutes faisaient partie d’un lot de 1 500 boîtes envoyées au Soudan sous le numéro de contrat YIC/SUDAN/KHARTOUM CONTRACT NO. SUD101014/YIC15. Ceci indique que les armes avaient été initialement expédiées au Yarmouk Industrial Complex (YIC - Complexe industriel de Yarmouk), une usine et un entrepôt militaires étatiques situés à Khartoum.

 

Munitions de calibre 12.7 x 108 mm de fabrication iranienne présumée

 

Conflict Armament Research a établi la présence de deux boîtes de munitions de calibre 12.7 x 108 mm portant les marquages de culot ‘12 .7_03’ et ‘12 .7_04’. Ces armes de fabrication iranienne présumée figurent parmi les stocks actuels des FACA, hérités de l’arsenal de la Séléka et de celui des forces de l’ancien président Bozizé. Ce type d’armes a également été saisi par les forces de la MISCA auprès d’autres acteurs armés alors qu’elles avaient été stockées à Bangui. Les munitions de type ‘12 .7_03’ sont emballées dans différentes boîtes en bois portant distinctement une marque soudanaise et datant de 2004, et empaquetées dans de sacs de polyéthylène noirs contenant chacun cinq cartouches selon une méthode appliquée régulièrement au Soudan16.

 

ARMES ET MUNITIONS DE FABRICATION CHINOISE

 

Conflict Armament Research a constaté la présence de toute une gamme d’armes et de munitions de fabrication chinoise dans le stock détenu – actuellement ou préalablement – par la Séléka (voir tableau 4). Cet armement inclut des mortiers et des obus de mortier PP93 de 60 mm, des grenades à main de type 82-2, des fusils d’assaut de type 56-2, et des munitions de calibre 7.62 x 39 mm, 7.62 mm x 54R, et 12.7 x 108 mm.

 

Grenades de type 82-2

 

Les grenades à main de type 82-2 sont parmi les armes militaires les plus répandues en RCA. Les forces de la Séléka basées dans la capitale et dans leur quartier général en possèdent de manière avérée et il en est de même pour les civils armés vivant à Bangui et dans les environs. Leur présence est si répandue que, selon certaines informations, leur prix d’achat sur le marché local varie entre 0,50 à 1,00 dollar USD/pièce, soit moins qu’une bouteille de Coca Cola17. De petite taille et faciles à dissimuler, elles ont un impact important sur l’environnement sécuritaire et ont provoqué de nombreux cas de mort et de blessure auprès des populations civiles, à Bangui comme dans d’autres régions du pays, tout au long de 201418.

 

Toutes les grenades de type 82-2 dont la présence a été documentée à Bangui semblent avoir été fabriquées en 2006. Leur emballage indique qu’elles ont été initialement expédiées vers le « Master General of Ordnance (Provision), Royal Nepalese Army Headquarters » (Maître général de l’artillerie, Quartier général de la l’Armée royale népalaise), en vertu d’un contrat établi avec Poly Technologies, à Pékin, en Chine. Les grenades sur lesquelles Conflict Armament Research a enquêté portent les numéros de lots suivants: ‘10-06 650’, ‘11-06 650’, ‘14-06-650’, ‘15-06 650’, ‘17-06 650’, et ‘18-06 650’.

 

Les boîtes correspondant à ces grenades portaient les numéros de contrat suivants : 08PLEX0262-0506-219/834, 08PLEX0262-0506-512/834, 08PLEX0262-0506-716/834, 08PLEX0262-0506-795/834, et 08PLEX0262-822/834. Ces numéros de contrat indiquent qu’un lot total de 834 boîtes (chacune contenant 30 grenades), soit un total de 25.020 grenades, étaient initialement destinées, en 2008, à l’Armée royale népalaise. La chaîne d’approvisionnement de ces grenades reste, à ce jour, inconnue et des représentants de l’armée népalaise interviewés par Conflict Armament Research ont insisté sur le fait que leur unités n’ont jamais utilisé ce type de grenades19.

 

Obus de mortier PP93 de 60 mm

 

Les forces de la MISCA ont saisi auprès des forces de la Séléka, à Bangui, des obus de mortier de 60 mm fabriqués en Chine en 2008 et en 2011.

 

Des munitions de même type figurent également parmi les stocks que les FACA ont hérité à partir de l’arsenal des forces de Bozizé et de celui constitué par la Séléka. Leurs boîtes portent toutes des numéros de lot de même format (YO49-1-573-XXX), ce qui laisse à penser qu’ils appartiennent à un seul lot d’expédition20.

 

Mortiers PP93 de 60 mm

 

Des tubes de mortiers PP93 de 60 mm, fabriqués en 2011 et placés dans des caisses portant les numéros de contrat Y049-ID-10/47 et Y049-ID-11/47, figurent parmi les stocks que les FACA ont hérité à partir de l’arsenal des forces de Bozizé et des saisies effectuées par la MISCA à Bangui. Ce même type d’armement figure également dans les stocks sous contrôle des troupes de la Séléka dirigées par Ali Darrasa à Bambari.

 

Fusils d’assaut de type 56-2

 

Les forces de maintien de la paix ont capturé des quantités importantes de fusils d’assaut de type 56-2 auprès des forces de la Séléka déployées à Bangui. Conflict Armament Research a également constaté que des éléments de la Séléka, des anti-Balaka, et des forces des FACA à Bangui et à Bambari possédaient des fusils similaires21. Deux caisses de fusils de type 56-2, observées parmi le matériel saisi par les forces de la MISCA et les armes que les FACA ont hérité à partir de l’arsenal des forces de Bozizé, portaient respectivement les numéros de contrats, datés de 2008, 08PLEX0262-0313-075/138 et 08PLEX0262-0313-095/138.

 

ARMES ET MUNITIONS FABRIQUÉES EN IRAN

 

La majorité des armes et des munitions de fabrication iranienne dont la présence a été constatée en RCA compte des munitions de calibre 7.62 x 39 mm, 7.62 mm x 54R, et 12.7 x 108 mm, produites entre 2001 et 2007 (voir tableau 5)22.

 

Comme indiqué plus haut, Conflict Armament Research a trouvé des munitions de calibre 12.7 x 108 mm dans des emballages soudanais, ce qui laisse à penser que des acteurs dont l’identité demeure inconnue aient re-emballé ce matériel au Soudan avant de le transférer en RCA.

 

ÉQUIPEMENT MILITAIRE DE FABRICATION EUROPÉENNE

 

Une proportion importante des munitions pour armes de petit calibre saisies par la force Sangaris auprès d’acteurs armés en RCA depuis janvier 2014, sont d’origine belge, tchèque et britannique. Les rapports sur les exportations d’armes de la Belgique, de la République tchèque et du Royaume-Uni publiés à l’échelle nationale et européenne postérieurement aux dates de fabrication de ces munitions ne contiennent néanmoins pas d’informations relatives à des éventuelles d’autorisation de transfert de ces équipements vers la RCA (voir tableau 6). Cela suggère que des acteurs dont l’identité demeure inconnue auraient détourné ces munitions de leur destinataire final par le biais de vols, de captures, ou de re-exportations illicites.

 

Les forces de la Séléka possèdent également des lance-grenades amovibles de type UBGL de fabrication bulgare et sa faction cantonnée à Bangui possédait un camion militaire de type MAN Kat-1 de fabrication allemande.

 

Début 2012, des chercheurs du Small Arms Survey avaient documenté la présence de camions MAN de ce même type et confirmé leur exportation au bénéfice des Forces armées soudanaises (ce matériel a, par la suite, été capturé par des membres du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord dans le Sud-Kordofan, au Soudan).

 

Ces véhicules avaient été expédiés, en octobre 2011, par un exportateur néerlandais, Van Vliet Handelsonderneming BV, depuis Amsterdam vers Port Soudan. Le destinataire de ce matériel était une entreprise située à la même adresse qu’une usine active à la fois sur les marchés civil et militaire et appartenant au gouvernement soudanais (Gramizzi and Tubiana, 2013, p. 38).

 

Conflict Armament Research continue d’enquêter sur les routes d’approvisionnement de ce matériel d’origine européenne avec l’aide des gouvernements européens.

 

CARTOUCHES DE FUSILS UTILISÉES PAR LES MILICES ANTI-BALAKA ET DES CIVILS ARMÉS

 

Depuis le début de 2014, les éléments de la force Sangaris ont récupéré auprès de combattants anti-Balaka et de civils armés plusieurs centaines de cartouches de fusils de calibre 12 qui étaient éparpillées ou qui se trouvaient dans leur emballage d’origine. La majorité de ces munitions semble avoir été produite en Italie et en Espagne ; leur date de fabrication et les modalités de livraison en RCA demeurent toutefois inconnues.

 

Le Groupe d’experts des Nations Unies sur la République centrafricaine a également constaté la saisie par des agents des douanes centrafricaines, en avril 2014, de cartouches de fusils de fabrication espagnole. Ces armes avaient été expédiées au Cameroun en janvier 2014, puis étaient entrées en contrebande en RCA par voie terrestre (CSONU, 2014A, pp. 111-115). Le Tableau 7 résume les informations relatives à la présence, en RCA, de cartouches de fusil de calibre 12.

 

CONCLUSION

 

Les éléments de preuves matérielles et les informations recueillis auprès des groupes armés et du personnel des forces de maintien de la paix présentés dans ce rapport montrent clairement que des groupes armés ont reçu du matériel provenant à la fois de sources nationales et internationales. À l’échelle nationale, la saisie par la Séléka, en 2013, des importants stocks d’armes amassés par le régime Bozizé ainsi que le pillage de ces stocks par des civils ont conduit à la dissémination de ces armes, tombées aux mains de civils armés appartenant à toutes les parties. Sur le plan transnational, au moins un pays voisin a approvisionné la Séléka en armes, munitions et véhicules depuis le lancement par ce groupe d’une rébellion en début 2013 ; ce soutien s’est matérialisé par l’acheminement d’armes par des combattants étrangers et par des approvisionnements délibérés et à grande échelle réalisés par voie aérienne.

 

Les armes et autres matériels militaires circulant en RCA depuis le début de la présente crise proviennent à la fois de saisies au niveau national et l’approvisionnements transfrontaliers. Ils comprennent également du matériel provenant de fournisseurs européens, vraisemblablement livrés, en premier lieu, aux forces gouvernementales sous la présidence de Bozizé ainsi qu’aux autres pays.

 

Ces constats jettent un nouvel éclairage sur les mécanismes régionaux de détournement et de re-transfert d’armes. Des munitions de fabrication iranienne et chinoise fournies au Soudan semblent avoir été re-emballées au Soudan et réexportées, ce qui pourrait constituer une violation par le Soudan des accords signés avec le gouvernement chinois pour ce qui est des conditions d’utilisation finale de ces armes. Un trafic, vers la RCA, de cartouches de fusils, fabriquées en Europe, semble également avoir été mis en place à partir de pays voisins.

 

Sur le plan national, la RCA a connu, depuis le début de la crise actuelle, un effondrement quasi-total des mécanismes de sécurité physique et de gestion des stocks, ce qui a conduit à des fuites importantes d’armes et de munitions provenant des stocks de l’État. Cela se reflète dans la présence - actuellement prévalente parmi l’ensemble des groupes armés et des civils armés - d’armes appartenant aux stocks des FACA, telles que les grenades de type 82-2.

 

Alors que les violences intercommunautaires se poursuivent, que les milices anti-Balaka restent actives, et que la coalition de la Séléka continue de se fragmenter, la circulation des armes entre les différents acteurs armés de la RCA ne va probablement pas se tarir. Des factions de la Séléka contrôlent de larges portions du territoire de la RCA, y compris les régions situées le long de la frontière nord-est du pays. Dans ces circonstances, des groupes et des individus opérant en RCA peuvent obtenir, facilement et à moindre coût, des instruments de violence armée, et le pays risque de devenir une source d’approvisionnement en armes illicite pour ses voisins dans la région.

 

ENDNOTES

 

1 Bien que toutes les forces aient signé un accord de cessez-le-feu à Brazzaville le 23 juillet 2014, les affrontements se poursuivent à Bangui et dans les régions du centre du pays entre les combattants de la Séléka et les anti-Balaka, tout comme entre factions de la Séléka. Les forces de la Séléka se sont divisées au niveau du quartier général et au sein de leurs camps de cantonnement : les conflits internes et les appels à la sécession du nord-est du pays (à majorité musulmane) ont conduit à une séparation croissante entre dirigeants auto-proclamés « modérés » de la Séléka et le vice-président de la coalition, Nourredine Adam, militairement puissant et basé dans la ville isolée de Birao, au nord-est du pays. Les 25 et 26 août 2014, plus de 150 membres d’une faction dominée par des éléments Peuhls et dirigée par le commandant de zone de la Séléka, Ali Darassa, ont affronté environ 60 soldats d’une autre faction, dominé quant à elle par des éléments d’ethnie Gulas et dirigée par le chef d’état-major de la Séléka, le général Joseph Zondeko. Le conflit tournait autour du leadership et du contrôle des recettes au siège de la Séléka, à Bambari. Alors que le général Zondeko est tributaire localement des hommes obéissant à l’ancien commandant de zone de Bambari, Tom Adam ‘Ben Laden’, le Général Darassa a mobilisé d’autres généraux peuhls de la Séléka, y compris Mahamat Al Khatim, Yaya Scout et Omar Said, afin de défier les dirigeants d’ethnie gula de la coalition lors d’une réunion militaire qui s’est tenue à Bambari au début septembre. Le 26 octobre 2014, les généraux Al Khatim et Darassa et leurs alliés, qui se présentaient auparavant sous la bannière d’une faction semi autonome, les Forces Républicaines pour le Changement (FRC), ont annoncé la création officielle d’un nouveau groupe, l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC). Peu après, le 29 novembre, une réunion anti-Balaka à Bangui a décidé que leurs milices allaient déposer les armes et se transformer en un parti politique,. A l’heure actuelle, il reste difficile de déterminer si ce groupe est doté d’un mécanisme de contrôle centralisé suffisamment efficace pour permettre la mise en oeuvre d’une telle décision.

 

2 Entretiens avec des combattants de la Séléka, juillet et août 2014 ; entretiens séparés avec deux anciens ministres de la Séléka, septembre 2014.

 

3 Entretiens avec des combattants et des officiers de la Séléka, Bangui et Bambari, juillet et août 2014 4 Observation de la nature des armes détenues par les forces de la Séléka, Bambari.

 

5 Examen des armes et des munitions saisies par la force Sangaris et par les forces de maintien de la paix de la MISCA, Bangui, avril - septembre 2014 ; examen des armes saisies par les forces de la Séléka auprès de forces anti-Balaka à Bambari, 30 août 2014 ; entretiens avec les forces de maintien de la paix de la MISCA, août-septembre 2014.

 

6 Entretiens avec d’ex-leaders de la Séléka, Bangui, 30 août - 5 septembre 2014 ; entretien avec un membre du personnel diplomatique soudanais, Bangui, juillet 2014 ; entretiens avec des témoins directs des livraisons d’armes soudanaises, Bangui, juillet 2014.

 

7 Entretiens avec des commandants de la Séléka, des responsables gouvernementaux de la RCA, un responsable soudanais et des observateurs internationaux, Bangui, 15 -29 juillet 2014.

 

8 Entretien avec une source familière des opérations de l’aviation civile, Bangui, septembre 2014.

 

9 Entretiens avec des commandants de la Séléka, un responsable soudanais et des observateurs internationaux, Bangui, 15 -29 juillet 2014.

 

10 Pour une étude de base sur les munitions saisies et dont la présence a été établie en République centrafricaine depuis janvier 2014, vous pouvez aussi consulter les documents du Conseil de Sécurité de l’ONU (CS-ONU 2014A, pp. 94-105) et (CS-ONU 2014b, pp. 126-29).

 

11 Informations observées lors du salon international de l’armement IDEX qui s’est tenu à Abou Dhabi, février 2013.

 

12 Conflict Armament Research, entretiens avec des combattants de la Séléka et des sources diplomatiques, Bangui, juillet 2014.

 

13 La majorité des équipements saisis par les forces de la MISCA correspondent à l’équipement observé aux mains de la Séléka à Bangui et à Bambari. Cependant, dans certains cas (marqués comme «inconnu »), des équipements capturés par la MISCA auprès de la Séléka et des forces anti-Balaka ont été stockés ensemble, ce qui rend impossible l’identification du groupe possédant à l’origine l’équipement en question.

 

14 Pour plus de détails sur les conditions relatives aux destinataires finaux et aux clauses de non retransfert imposées par la Chine sur les armes et les munitions fournies au Soudan depuis au moins 2007, voir les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies sur le Soudan :

 <http://www.un.org/sc/committees/1591/reports.shtml>.

 

15 Les boîtes examinées provenaient de la première moitié de l’envoi contenant les 1 500 boîtes : elles portaient les numéros 0020, 0053, 0206, 0278, 0424 et 0582.

 

16 Le personnel de Conflict Armament Research et les chercheurs de Small Arms Survey au Soudan et au Soudan du Sud ont régulièrement trouvé des munitions de fabrication soudanaise ou des cartouches soudanaises re-emballées (identifiable par les marquages de munitions, les marquages des caisses les contenant et, dans certains cas, les bordereaux d’emballage d’usine). Ces munitions étaient emballées dans des boîtes en bois de même structure, avec des étiquettes en papier dont le format correspond à celui observés ici, et contenant des munitions emballées de la même manière, dans des sacs en polyéthylène noir. Cela inclut des munitions de 12,7 x 108 mm emballées dans des sacs contenant cinq cartouches chacun (Leff et LeBrun, 2014, pp. 89-92).2).

 

17 Observations de terrain, août-septembre 2014 ; entretiens avec des habitants civils, et des équipes de destruction des explosifs de l’ONU, de la MISCA, et de la Séléka, Bangui, avril-septembre 2014.

 

18 Entretiens avec des habitants civils, et personnel humanitaire de l’ONU, de la MISCA, et de la Séléka, Bangui, avril-septembre 2014.

 

19 Entretien avec la Direction des relations publiques de l’armée népalaise, Katmandou, 15 octobre 2014.

 

20 Les obus de mortier PP93 60 mm étaient dans des boîtes portant les numéros Y049-1-573-18, Y049-1-573-93, Y049-1-573-143, Y049-1-573-156, Y049-1-573-189, Y049-1-573-195, Y049-1-573-241, Y049-1-573-244,

Y049-1-573-254, Y049-1-573-259, Y049-1-573-324, Y049-1-573-343, Y049-1-573-355, Y049-1-573-435, Y049-1- 573-452, Y049-1-573-514, et Y049-1-573-526.

21 Observations de terrain, juillet-septembre 2014.

 

22 Conflict Armament Research soupçonne fortement que les munitions de calibre 12,7 x 108 mm figurant au tableau 5 soient de fabrication iranienne, car des analyses comparatives de ces munitions avec des cartouches de fabrication iranienne ont été réalisées systématiquement. Cependant, sans autre élément de preuve physique (notamment en provenance de l’emballage), cette information ne peut pas être confirmée, contrairement aux autres munitions figurant dans ce tableau. Pour des informations sur les caractéristiques d’identification des munitions iraniennes, voir Conflict Armament Research (2012).

 

23 Voir (SC-ONU, 2014a, pp. 107-110 ; SC-ONU, 2014b, Annexe 51).

24 Voir (SC-ONU, 2014a, p. 110).

Rapport de l'ONG Conflict Armament Research sur les Groupes Armés non Étatiques en République Centrafricaine

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