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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 16:40

 

 

 

http://www.afrik.com    jeudi 29 janvier 2015 / par Adrien Seyes

 

À quoi, diable, joue Denis Sassou Nguesso ? C’est la question que nombre d’acteurs et d’observateurs attentifs de la vie politique centrafricaine se posent ! Celui qui a été désigné médiateur de la crise centrafricaine par ses pairs, les chefs d’État membres de la CEEAC, en janvier 2013, s’est lancé ces dernières semaines dans un hasardeux processus de négociation parallèle afin de rétablir la « paix » en Centrafrique.

 

Au final, c’est une bien mauvaise pièce qui s’est jouée avec pour théâtre Nairobi, la capitale kenyane, et pour acteurs principaux Michel Djotodia, et la frange des ex-Sélékas qui ne lui a pas tourné le dos, et François Bozizé, qui ne s’est jamais résolu à faire son deuil d’un pouvoir dont il a pourtant fait bien mauvais usage depuis 2003, date de son arrivée à la tête du pays à la faveur d’un coup d’État.

 

Comment ces deux personnalités, frappées toutes deux de menaces de sanction et auxquelles la CPI pourraient s’intéresser de près dans les mois à venir, se retrouvent-elles aujourd’hui en position de négocier à une table d’où les acteurs régionaux et internationaux les avaient tenus soigneusement éloignés en raison de leur « influence négative » sur le cours des événements ?

 

Pour le savoir, il faut revenir, quelques mois plus tôt, à Brazzaville. Face à la poursuite des violences en Centrafrique, et en accord avec les autorités locales et les partenaires internationaux, le Président congolais Denis Sassou Nguesso, nommé médiateur de la crise centrafricaine par l’accord de Libreville, convoque un forum de dialogue à Brazzaville, les 21 et 23 juillet. Réunissant représentants des groupes armés, des partis politiques et de la société civile, celui-ci aboutit à la signature d’un accord de cessation des hostilités, qui fait la fierté du Président congolais.

 

Mais les choses ne se passent pas comme prévu. La situation, loin de s’améliorer, s’envenime par endroit. Le Président congolais perd patience et décide alors de changer son fusil d’épaule. Son idée : réunir les anciens ennemis dans les salons de l’Hôtel Weston à Nairobi, au Kenya, pour les faire dialoguer et tenter ainsi, coûte que coûte, d’obtenir un accord de « fin des hostilités », qui est finalement conclu ce mardi 27 janvier...

 

Mais à peine est-il signé et ébruité que cet accord est dénoncé de toutes parts. « Cet accord de Nairobi ne peut être validé », déclare le propre adjoint de Denis Sassou Nguesso, le vice-médiateur malien, Soumeylou Boubeye Maïga, très gêné aux entournures. Les responsables onusiens et les chancelleries occidentales sont, eux, consternés. Mais sans doute pas autant que la classe politique centrafricaine, unanime pour dénoncer le contenu de cet accord qui est, en outre, très loin d’être partagé par les ex-Sélékas et les anti-balakas. Une majorité d’entre eux le considère comme « nul et non avenu ». De son côté, Catherine Samba Panza, la Présidente de la Transition, que ses proches disent « outrée », devrait faire aujourd’hui une déclaration pour dénier toute légitimité à cet accord.

 

Une méthode discutable, un contenu inopportun

 

C’est tant sur la méthode que sur le fond que cette initiative, très controversée, du Président congolais suscite la polémique.

 

Sur la méthode tout d’abord. Ces négociations ont été menées en dehors de tout cadre officiel et sont venues, au final, perturber les efforts des acteurs centrafricains et de la communauté internationale pour tenter de normaliser la situation. Elles ont, en outre, été conduites sans que les autorités de la Transition aient été associées, ni même informées ; et qui plus est, de façon complément « off-shore ».

 

Visiblement, les leçons de l’épisode de janvier 2013, qui avait vu le Conseil national de Transition (le « Parlement » centrafricain) être littéralement transporté de Bangui à Ndjamena pour entériner la nomination de la nouvelle Présidente de la Transition, n’ont pas été tirées. «  On ne peut pas critiquer la classe politique centrafricaine pour son impuissance et, dans le même temps, s’évertuer à l’infantiliser  », remarque un diplomate ouest-africain présent à Bangui.

 

Chantage ou putsch, c’est selon

 

Si sur la forme, ce processus de négociation a pu surprendre, l’accord sur lequel il a débouché a été jugé « choquant », tant à Bangui, que dans la sous-région et au sein de la communauté internationale. Celui-ci octroie, en effet, à ses signataires une amnistie générale qui leur garantirait une immunité totale par rapport aux crimes commis ces dernières années. Il leur permet, en outre, de reprendre la main sur le processus de transition, qu’ils souhaitent voir remis à plat, afin sans doute, dans un deuxième temps, de se retrouver en position avantageuse dans la perspective des élections à venir.

 

Le jeu trouble du médiateur congolais

 

Mais pourquoi, diable, le médiateur congolais s’est-il aventuré sur un chemin aussi hasardeux ? Quel intérêt avait-il à conduire de telles négociations, qualifiées à Bangui et dans la sous-région de « manigances » ? Ici, les opinions divergent...

 

Pour les uns, après l’affaire des biens mal acquis et les mises en garde contre toute tentative de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir dont il a été l’objet, le dernier Sommet de la francophonie a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Outré à cette occasion par l’attitude du Président français à son égard, Denis Sassou Nguesso aurait décidé de mettre des bâtons dans les roues de la diplomatie française et de ses alliés onusiens, qui tentent bon an mal an, depuis plus d’un an de remettre le pays sur la voie de la normalisation politique.

 

Pour les autres, au contraire, Denis Sassou Nguesso, qui s’est beaucoup dépensé pour prendre le leadership sous régional sur ce dossier, au départ dévolu au Président gabonais Ali Bongo, aurait besoin d’afficher le plus rapidement possible une victoire, afin que la communauté internationale lui en sache gré et fasse preuve de davantage de compréhension par rapport à son éventuel projet de modification constitutionnelle, en attendant peut être qu’à Paris, un chef d’État plus conciliant ne remplace l’actuel titulaire du poste.

 

D’autres, enfin, y voient la volonté du Président congolais d’imposer dans le cadre de la transition, Karim Meckassoua, son « protégé » pour la suite, qu’il a tenté à plusieurs reprises d’imposer... Sans y être parvenu jusqu’à présent.

Quoi qu’il en soit et même si les spéculations vont bon train quant aux motivations du Président Congolais, tous, à l’exception des intéressés, que ce soit en Centrafrique, dans la sous région ou au sein de la Communauté internationale, s’accordent à dire que c’est décidément à un jeu bien dangereux auquel s’adonne Denis Sassou Nguesso. En tentant de rechercher la paix par tous les moyens, quitte à pactiser avec les démons, le Président congolais prend le risque de déstabiliser durablement un pays dont l’équilibre a toujours été précaire.

 

Comme le dit un proverbe africain, « on ne peut aider un bœuf à se relever que s’il s’efforce lui-même de le faire. » Peut être la RCA se relèvera-t-elle avec ses forces vives, partis politiques et société civile confondus. Mais elle ne se relèvera certainement pas avec ceux qui ont contribué à mettre le bœuf à terre, qui plus est en lui coupant les pattes.

 

Adrien Seyes (@adrienseyes)

Lu pour vous : Centrafrique : Denis Sassou Nguesso joue avec le feu

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