Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 15:43

 

 



par Peter Bouckaert , directeur du département urgences de Human Rights Watch 

 

1er décembre 2014


A Brazzaville, la République du Congo, la semaine dernière, la leçon pour les personnes accusées d'atrocités semble être : plutôt que de faire l’objet d’une enquête criminelle, vous pouvez être traité comme un VIP. C’est du moins ce qui est arrivé à Abdoulaye Miskine, connu aussi comme Martin Koumtamadji, un chef de file de mercenaires accusés d'avoir commis de nombreux crimes au cours de la dernière décennie.

 

Les allégations concernant Miskine font état des pires crimes parmi les plus  horribles qu’ait connus la République centrafricaine au cours de la dernière décennie. En 2003, selon une enquête approfondie menée par le respecté groupe de défense des droits de la FIDH, il commandait les mercenaires, principalement tchadiens, massivement engagés qui ont commis des assassinats, des viols et des pillages dans la capitale Bangui, avec les troupes du chef de guerre congolais Jean-Pierre Bemba, sous prétexte de soutenir le régime du président Ange-Félix Patassé, qui a ensuite été renversé par son chef d'état-major de l'armée, François Bozizé. Mais les atrocités commises pendant les batailles de 2003 à Bangui étaient si graves que le procureur de la Cour pénale internationale a lancé une enquête qui a abouti à l'arrestation de Bemba, qui a été inculpé de trois chefs de crimes de guerre (assassinats, viols et pillages) et de deux chefs de crimes contre l'humanité (assassinats et viols).


Les accusations d'atrocités contre les forces commandées par Miskine ont continué au cours des dernières années. Depuis 2006, il a commandé un groupe rebelle, le Front démocratique pour le peuple d'Afrique centrale (Le Front démocratique du peuple centrafricain, le FDPC). Ses forces ont combattu aux côtés des rebelles Séléka qui ont renversé président Bozizé en 2013, conduisant à d'horribles bains de sang et la terreur dans la capitale du pays et dans d'autres parties du pays. Le FDPC a quitté la coalition Séléka en Avril 2013 sur "les divergences d'opinion," mais le groupe a continué de sévir dans les villages à la frontière RCA-Cameroun, avec des attaques armées. Miskine était l'un des cinq individus placés sur une liste de sanctions des États-Unis l'an dernier, accusés de menacer la paix, la sécurité, et la stabilité de la République centrafricaine.


En Septembre 2013, les autorités camerounaises ont arrêté Miskine, le soupçonnant lui et ses rebelles du Front démocratique pour la Libération du peuple centrafricain, qui écument sur les deux côtés de la frontière de la RCA et du Cameroun, de vouloir opérer des raids transfrontaliers. Bien qu'ils aient eu des "différences de point de vue" avec Miskine, les rebelles de Séléka ont protesté de son arrestation, le considérant toujours comme un frère d'armes. Les autorités camerounaises n’ont pas effectué d’enquête criminelle le concernant.


Au premier anniversaire de sa détention, les rebelles de Miskine ont répondu au maintien en détention de leur chef en intensifiant leur brutalité, les raids sur des villages en RCA et au Cameroun, et par la prise de dizaines d'otages. La semaine dernière, ils détenaient au moins 26 otages, dont un prêtre polonais, Mateusz Dziedzic, enlevé dans sa mission catholique de la République centrafricaine, le 12 Octobre.


Le 26 Novembre, les rebelles ont accepté de libérer le prêtre polonais et 15 des otages qui étaient ressortissants camerounais (les dix otages restants de la République centrafricaine ont été remis au Comité international de la Croix-Rouge le 29 Novembre). Un jour plus tard, le 27, les autorités camerounaises ont libéré Miskine. Ils ont affirmé que les otages avaient été libérés dans une "opération de l'armée" plutôt que par un échange de prisonniers, bien que peu de gens croient que cela ait été le cas.


Quelle que soit la complexité de l’affaire de la libération des otages, ce qui a suivi est inacceptable, étant donné que Miskine reste un homme avec plusieurs graves allégations portées contre lui.


A sa libération, Miskine a été escorté dans l'avion privé du président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, le médiateur en chef de la crise en République centrafricaine, et transporté à Brazzaville accompagné d'un proche collaborateur du président, et ironiquement par le prêtre polonais qui avait été pris en otage. À l'arrivée, Miskine a été accueilli par le ministre congolais de l'Intérieur, Zéphirin Mboulou, et le soir se trouvait confortablement assis au palais présidentiel en face du président Sassou-Nguesso.


Dans un pays qui a connu une telle violence horrible et l'impunité absolue pour les crimes commis, traiter comme un VIP un chef rebelle accusé de crimes graves envoie le mauvais message, en particulier lorsque ces crimes remontent à une décennie et après que ses combattants aient terrorisé et pris en otages des civils. C’est une annonce à tout le monde que l'impunité continue et que les seigneurs de guerre brutaux vont continuer à dominer le pays.


Les personnes intéressées par la justice en République centrafricaine doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour dénoncer le statut de VIP apparemment protégée de Miskine et le traduire en justice. Comme médiateur en chef dans la crise, la République du Congo devrait faire pression pour que la responsabilité et chercher à minimiser le rôle de chefs de guerre dans les violations du processus de paix, pas les traiter comme des VIP. La place de Miskine est dans le box des accusés pour répondre de ses crimes, et non d’être glorifié dans le palais présidentiel à Brazzaville.

 

 

(traduit de l'anglais par la rédaction de CAP)

Lu pour vous : Le traitement de VIP pour un seigneur de guerre envoie un mauvais message en RCA

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com