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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 11:56

 

 

 

 

Les jours sont comptés. En juin 2015, les troupes de l'opération Sangaris devraient se retirer de la Centrafrique. Pourtant, le pays est, aujourd'hui encore, dans une situation catastrophique. Est-ce une bonne stratégie ? L'organisation rapide des élections est-elle souhaitable ? L'analyse de Gregor Mathias, spécialiste des questions de sécurité en Afrique.

 

Si l’intervention française Serval au Mali a été déclenchée au bon moment, l’opération Sangaris est arrivée trop tardivement. François Hollande répugnait à agir pour briser l’offensive des rebelles musulmans de la Séléka en Centrafrique, car il voulait  rompre avec l’interventionnisme de ses prédécesseurs. Il a tenté, en vain, de faire réagir la communauté internationale pour mettre fin aux exactions de la Séléka contre la population chrétienne.

 

Le 5 décembre 2013, lorsque l’armée française arrive à Bangui, elle tente de mettre fin aux massacres ethnico-religieux qui ravagent le pays.

 

Les musulmans, des boucs-émissaires

 

En annonçant la date de son arrivée dans la capitale, la France espérait que la présence de ses barracudas – nom donné à l’armée française par les Centrafricains – calmerait les parties en présence. Or, bien loin de faire tomber les tensions, les milices chrétiennes anti-balakas en profitèrent pour mener une offensive contre les unités de la Séléka relançant la guerre civile.

 

Les musulmans devinrent rapidement les boucs-émissaires des chrétiens après 8 mois d’exactions de la Séléka.

 

L’opération Sangaris, prévue initialement pour 6 mois, dépassera probablement les 18 mois. En annonçant la diminution des effectifs militaires et un retrait pour l’été 2015, la France donne un mauvais signe au pays. En effet, les groupes rebelles de la Séléka, éclatés en trois groupes à l’Est ne sont toujours pas désarmés et les anti-balakas et coupeurs de route sont toujours actifs à l’ouest du pays, ceux-ci peuvent profiter de ce retrait pour reprendre l’initiative.

 

En allégeant son dispositif trop tôt, même en y conservant une force de réaction rapide d’appui aux forces de l’ONU de la MINUSCA, la France risque de se condamner à intervenir à nouveau dans le pays dans quelques années.

 

L’organisation des élections par un État fantôme

 

Quelle urgence y a-t-il à organiser des élections en juin, au milieu de la saison des pluies, quand on compte 423.000 réfugiés dans les pays de la région, 420.000 déplacés et que 2,5 millions d’habitants ont besoin d’une assistance humanitaire, selon le HCR, sur un total de 4,6 millions d’habitants.

 

Comment mettre en place des listes électorales quand l’état-civil des mairies a été détruit ?

Comment organiser sereinement une campagne électorale, alors que l’ouest du pays connaît les coupeurs de route, tandis que l’est du pays est en sécession de fait ? Pourquoi la MINUSCA ne réussit-t-elle pas à désarmer les forces de la Séléka, alors que son mandat l’autorise et que, début décembre, deux préfets nommés dans le nord du pays ont été attaqués par des membres de la Séléka. En l’absence de sécurité, les élections ne seront qu’une mascarade qui contribuera à affaiblir les nouvelles autorités politiques du pays.

 

Enfin, pourquoi les gisements de diamant, moyen de financement des groupes armés, échappent-t-ils toujours au contrôle de l’État, alors que ce dernier manque cruellement de moyens financiers ?

 

Sans sécurisation des routes, sans contrôle de l’exploitation du diamant, sans désarmement des groupes armés, sans une aide humanitaire massive et un retour des réfugiés et des déplacés dans leur foyer, l’organisation des élections ne sera qu’un leurre dans cet État fantôme.

 

La priorité : réformer l’Etat centrafricain

 

La Centrafrique, comme le Mali, ont avant tout un problème d’organisation de l’État : le pouvoir présidentiel a toujours été clanique et trop centralisé.

 

L’argent et l’autorité de l’État ont toujours eu des difficultés à atteindre, voire à dépasser, le douzième kilomètre de la capitale. Il est nécessaire, avant toute élection, de procéder à une réelle décentralisation pour faire émerger de nouvelles élites provinciales et redonner confiance à la population en ses institutions.

 

Confronté à l’urgence de la situation, le père Aurelio Gazzera, missionnaire italien à Bozoum, déclarait au Haut-commissariat des droits de l’homme de l’ONU à Genève qu’en Centrafrique :

 

"Il faut faire vite, il faut faire mieux, il faut faire plus !".

 

Mais c’était en juin 2014, il y a plus de 6 mois…

 

 

Lu pour vous : La fin de l'opération Sangaris programmée pour juin 2015 : une erreur stratégique

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