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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 00:51

 

 

 

 

LE MONDE | 06.12.2014 à 10h47 • Mis à jour le 06.12.2014 à 12h04 | Par Nathalie Guibert


 

Paris a commencé à réduire les effectifs de son opération militaire en Centrafrique, « Sangaris », forte de 1 900 hommes aujourd’hui. Derrière le jeu des relèves, elle a retiré depuis le 28 novembre une compagnie de combat de 200 hommes et le mouvement va se poursuivre dans les semaines qui viennent. « Progressivement, la France va se retirer. Au printemps nous serons à 1 500 », a indiqué le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, vendredi 5 décembre, jour anniversaire de la décision présidentielle d’intervenir en République centrafricaine (RCA). Dans les faits, l’état-major planifie ce retrait depuis des mois. L’objectif est de partir pour dégager des moyens sur d’autres opérations. Il est prévu un retour au format de l’ancienne force « Boali » (400 à 600 hommes), dès que possible en 2015.

 

La fermeture des théâtres d’opérations extérieures est toujours moins glorieuse que leur ouverture, en particulier dans le cas français, marqué par une spécificité unique parmi les démocraties occidentales : la capacité pour le chef de l’Etat de décider seul, sans délai, d’envoyer les armées combattre dans un pays étranger.

 

A Bangui, la présence militaire française avait été portée de 400 à 1 600 hommes en moins de cinq jours, un déploiement « spectaculaire » du point de vue de la logistique militaire, et mis en scène par le pouvoir politique. Le mouvement inverse ne peut l’être. Le désengagement du Kosovo en février, la fin de l’opération « Epervier » en août après vingt-huit années au Tchad et la réduction de Serval au Mali (toutes deux fusionnées dans l’opération sahélienne « Barkhane ») sont passés plus inaperçus.

 

« Ni euphorie ni dramatisation »

 

Car la situation sur le terrain n’autorise aucune victoire. « Il n’y a ni euphorie ni dramatisation », résume le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l’état-major.

 

Quand François Hollande a lancé Sangaris pour stopper les massacres entre les ex-rebelles de la Séléka (en majorité musulmans) et les milices d’autodéfense anti-balaka (en majorité chrétiennes), l’exécutif annonçait une opération de quatre à six mois. Payante sur le plan politique et économe en moyens, la doctrine du « frapper et transférer » dont rêve le pouvoir politique est hors de portée. « Notre problème, c’est qu’on ne met plus les moyens qu’il faut au départ et qu’on ne sait plus finir nos opérations », estime un haut gradé.

 

« Il reste le processus politique à mettre en œuvre », admet M. Le Drian. « Sangaris a accompli sa mission, assure-t-on à l’état-major, mais on est dans le temps long. Ces affaires ne peuvent être réglées par les seules forces armées. Désormais, vous pouvez augmenter les effectifs autant que vous voulez, ça ne changera pas la crise. »

 

Au terme de « diminution » de la force, l’état-major préfère celui de « densification », plus positif

 

Paris assure qu’un palier sécuritaire a été atteint à l’été en RCA, égrenant de bons indicateurs au risque d’être contredit par une réalité volatile : une « certaine normalisation » de l’ouest du pays ; l’ouverture de l’axe économique vital vers le Cameroun ; la division par trois des rangs des ex-Séléka (le nombre de 6 000 est avancé aujourd’hui) ; le départ des rebelles soudanais et tchadiens ; le retour des déplacés chez eux (ils ne seraient plus que 20 000 à Bangui contre 100 000). Les tensions, du point de vue des militaires, ne se jouent plus que dans un triangle central entre Sibut, Dekoa et Bambari.

 

Sous-calibrée au départ, la force Sangaris a connu de nombreuses adaptations. Son commandant, le général Francisco Soriano, parti sans hélicoptères, en a obtenu dix. Le commandement de Sangaris a aussi obtenu la subordination des forces spéciales à Sangaris. Ou encore le renforcement du blindage de la force (de 50 % à 65 %). Jusqu’à un « sas de fin de mission », établi dans un hôtel de Dakar pour les soldats. Une nécessité, car la mission a été qualifiée de « très dure » et les régiments, outre leurs nombreux blessés (120), surveillent de près les dégâts psychiques de l’opération.

 

« Force de réaction rapide »

 

Il a fallu s’adapter, aussi, aux lenteurs de la mise en place des forces européenne et onusienne censées prendre le relais. La mission Eufor-RCA, qui s’achèvera au printemps 2015, a failli ne jamais voir le jour – son deuxième contributeur est un pays non membre de l’Union européenne, la Géorgie. « La mission a exigé cinq conférences de génération de force sans jamais atteindre l’effectif espéré », explique, écœurée, une source française. Quant à la mission de l’ONU, la Minusca, 7 500 soldats, elle atteint 75 % de l’effectif prévu. De nouveaux contingents, pakistanais, marocains ou encore zambiens, sont attendus.

 

Sangaris va donc rester une « force de réaction rapide ». Au terme de « diminution » de la force, l’état-major préfère celui de « densification », plus positif. De fait, des moyens beaucoup plus performants (donc moins nombreux) viennent d’être déployés dans cette perspective : deux hélicoptères Tigre munis de missiles Hellfire, qui remplaceront tout ou partie des six Puma. Des nouveaux véhicules blindés (VBCI) sont aussi arrivés en septembre. Tout comme des mini-drones de reconnaissance. Sursollicitées sur tous les autres fronts du moment, les forces spéciales ont elles aussi vocation à réduire après avoir ouvert les villes (Bambari, Bria, Ndélé) qui seront transférées à l’ONU prochainement.

 

Sur le papier, la logique semble imparable. Il faut passer le relais aux forces locales et profiter de l’approche globale de l’ONU. Mais dans les faits, la France est contrainte d’assurer l’ossature sécuritaire de ces opérations africaines. Pour des durées qui se comptent plus sûrement en décennies qu’en mois.

 

Nathalie Guibert

 
Journaliste au Monde

Lu pour vous : En Centrafrique, retrait à risques pour la France

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