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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 13:55

 

 

 

 

LE MONDE | 12.12.2014 à 11h27 • Mis à jour le 12.12.2014 à 11h35 | Par Cyril Bensimon (Yaloké, RCA, envoyé spécial)


Fuir. Coûte que coûte. A Yaloké, 140 familles d’éleveurs peuls, soit environ 500 personnes, n’attendent que de grimper dans des camions qui les emmèneront jusqu’au Cameroun. La frontière et une vie de réfugiés sont à moins de 400 km, mais les autorités centrafricaines refusent de les laisser partir.

 

La position du gouvernement de Bangui serait en train d’évoluer, acceptant une relocalisation à l’intérieur du pays. Mais il n’est plus question de cautionner l’exode des musulmans centrafricains, entamé depuis près d’un an, qui s’apparente à un nettoyage sur des bases confessionnelles. L’argument, politiquement recevable, a bien du mal à être entendu par ceux qui ont tout perdu et meurent à petit feu dans un enclos sans barrières.

 

Les conditions sanitaires y sont exécrables. Des dizaines d’enfants souffrent de malnutrition sévère. En cette fin d’après-midi, Haissatou tente de donner le sein à son nourrisson de 5 semaines. Le bébé a un visage de vieillard, un corps squelettique et sa mère n’a plus de lait. « Depuis que nous sommes arrivés à Yaloké, il y a sept mois, 41 des nôtres sont morts », soupire Al-Hadji Ousmane Laido, qui fait office de porte-parole du groupe.

 

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) fournit des provisions, distribuées par l’ONG World Vision, mais celles-ci ne conviennent pas aux besoins des populations habituées à la viande de leurs bœufs à longues cornes et au lait de leurs vaches. « Avec les conditions d’hygiène sur le site, si nous apportions du lait aux enfants, nous assisterions à une multiplication des cas de diarrhées », explique Salima Mokrani, du bureau des affaires humanitaires de l’ONU.

 

« Leur absence nous fait du mal »

 

Dans l’attente d’une solution, la tuberculose, le paludisme et la malnutrition déciment les déplacés installés dans les bâtiments désaffectés de la gendarmerie et de la police. Avant de s’arrêter à Yaloké, à 225 km au nord-ouest de Bangui, ces éleveurs semi-nomades avaient effectué une folle cavale de quatre mois à travers la brousse, où 53 des leurs auraient été tués. Une fuite depuis la région de la Lobaye, plus au sud, décidée « après que les chrétiens et les musulmans ne s’entendaient plus », raconte Amadou Oumarou.

 

Des groupes de miliciens anti-balaka les ont pris en chasse. Leur bétail a été tué ou pillé. « Nous avons perdu 15 000 bœufs », se lamente Al- Hadji Ousmane Laido. A 440 000 francs CFA (670 euros) la tête, cela représente une fortune. Aux exactions des anti-balaka, les Peuls ont répondu par des crimes et la nouvelle période de transhumance qui s’annonce pourrait générer de nouvelles violences dans le pays. Le sang a coulé de tous côtés mais, aussi surprenant que cela puisse paraître, les éleveurs ont été sauvés par des miliciens de Yaloké.

 

La ville n’en est pas pour autant un refuge. « Une fois, les anti-balaka ont lancé une grenade sur le site. Par chance, il n’y a pas eu de victime. Nos femmes se font insulter quand elles vont chercher de l’eau et nous ne pouvons pas aller au marché. La seule fois où j’y suis allé, on m’a pris 12 500 francs FCA (19 euros) en menaçant de me tuer si je résistais », affirme le porte-parole des Peuls.

 

Le camp est aujourd’hui protégé par quelques casques bleus congolais et les anti-balaka de la ville assurent qu’ils ne feront aucun mal à ces déplacés dont ils disent avoir besoin pour faire paître les bœufs. A ceci près que les bêtes n’existent plus. « Nous avons récupéré les Peuls comme prisonniers de guerre, mais maintenant ils sont libres », jure Thierry de Congo, le numéro deux des anti-balaka de Yaloké, après avoir expliqué que « les musulmans de la ville ont été chassés par rapport à leur comportement » du temps où les ex-rebelles de la Séléka étaient au pouvoir, mais que, désormais, « leur absence nous fait du mal ».

 

Nébuleuse de bandes armées

 

Ce discours de réconciliation est tenu tout au long de la route menant au Cameroun, vitale pour l’économie centrafricaine. Toutes les importations du pays transitent par ces quelque 600 km de bitume reliant Bangui à la frontière. « La route est ouverte. Toutes les barrières ont été levées », promet Newton Evaris, le chef de la milice du village de Békadili, à quelques kilomètres au nord de Yaloké. S’il est vrai qu’aucune barricade n’était visible ces derniers jours, l’essentiel des camions de marchandises ne circule que sous escorte des casques bleus.


Malheur à ceux qui tombent en panne et se voient obligés d’abandonner le convoi. Les pillages sauvages n’ont pas cessé. Mais les anti-balaka ont sophistiqué leurs techniques. Désormais, raconte un entrepreneur local, les miliciens travaillent de concert avec les forces de l’ordre et les agents de l’Etat. Le montant du racket est fixé au passage de la frontière camerounaise et doit être versé à l’arrivée à la douane à Bangui, devenue un bastion des anti-balaka.

 

Cette nébuleuse de bandes armées a entamé sa mue en parti politique et pénétré les rouages de l’économie centrafricaine. Il y a deux mois, leur chef, Patrice-Edouard Ngaïssona, projetait de faire tomber le pouvoir de transition. Une forme de normalisation, en somme.

 

Cyril Bensimon (Yaloké, RCA, envoyé spécial)


Journaliste au Monde

Lu pour vous : En Centrafrique, l’exode interdit des Peuls

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