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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 22:42

 

 

 

18/12/2014 à 13:05 Par Mathieu Olivier Jeune Afrique

 

Les jours du camp de déplacés de l'aéroport de Mpoko sont-ils comptés ? Du côté de la Minusca ou du gouvernement centrafricain, l'installation dérange et les acteurs humanitaires sont priés de trouver rapidement une solution de rechange. Quel avenir pour les 20 000 déplacés qui y vivent ?

 

Enquête.

 

C'est l'un des plus grands camps de déplacés de Centrafrique. Le site de Mpoko, du nom de l'aéroport de Bangui, est au centre des débats en cette fin d'année 2014. Accueillant toujours un peu plus de 20 000 personnes, contre 100 000 il y a un an et 60 000 en juin, il pourrait fermer ses portes prochainement, avant la prochaine réunion du Groupe international de contact (GIC) qui se tiendra en février 2015.

 

Le camp de Mpoko accueille 20 000 personnes, contre 100 000 il y a un an.

 

La sécurité de l'installation y reste en effet précaire et des personnes n'hésitent pas à traverser les pistes pour se rendre d'un quartier à l'autre. Alors que l'Agence française de développement (AFD) a prévu la construction d'un mur autour de l'enceinte pour contenir ces va et viens, la Minusca, de son côté, presse dans le sens de la fermeture ou de la réorganisation du camp afin de construire, notamment, un parking pour accueillir les avions cargos de sa flotte. 

 

L'AFD et la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC) ont octroyé à la Centrafrique deux subventions de plus de neuf millions d’euros destinées au projet d’extension et de modernisation de l’aéroport international mis en service en 1967. D'où la nécessité de vider plusieurs zones, cinq sur onze, les plus proches des aires de parking, de décollage et d'atterrissage, occupées par des déplacés. Voire d'évacuer complétement le site. Problème : les 20 000 personnes encore prises en charge font partie des plus démunis de la capitale.

 

Quel avenir pour cette population ? C'est la question que se posent actuellement les acteurs humanitaires de la capitale centrafricaine, en particulier le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) et l'ONG Premières urgences-Aide médicale internationale (PU-AMI), gestionnaire du site de Mpoko. Jeune Afrique fait le point sur les solutions qui se dessinent.

 

Le retour dans les quartiers d'origine

 

"La priorité est d’accompagner les personnes déplacées afin qu’elles puissent rentrer chez elles ou accéder à d’autres formes de solutions durables, à condition que la situation sécuritaire le permette", explique Orianne Bataille, coordinatrice du Haut-commissariat aux réfugiés à Bangui.

60% des déplacés de Mpoko viennent du 3e arrondissement de Bangui.

 

Sur le site de l’aéroport de Mpoko, quelque 60% des déplacés ont déclaré être originaires du 3e arrondissement. Or celui-ci reste l'un des quartiers de la capitale où la situation est la plus tendue, notamment au niveau du kilomètre 5, où des affrontements ont régulièrement lieu entre milice d'auto-défense et forces de maintien de l'ordre.

 

Début octobre, un officier pakistanais de la Minusca a été tué et huit autres Casques bleus ont été blessés dans une embuscade alors que des miliciens anti-balakas et une partie de la population musulmane du PK5 s'étaient affrontés pendant près de trois jours. Ces événements avaient d'ailleurs poussé certains anciens déplacés à se réfugier une nouvelle fois dans des zones proches de l'aéroport.

 

 Aujourd'hui encore, si 88% des déplacés de Mpoko souhaiteraient à terme retourner chez eux, selon une étude du Danish Refugees Council (DRC), la plupart d'entre eux sont encore effrayés. Et pour cause, outre l'insécurité, en particulier nocturne, ils n'ont tout simplement pas de quoi reconstruire leur demeure ou relancer une activité professionnelle, que 85% des déplacés de Bangui déclarent avoir interrompue. "Il faudrait que Sangaris et/ou la Minusca sécurisent les quartiers pour permettre aux humanitaires d'intervenir au niveau de la reconstruction et de la cohésion sociale", explique une source proche du dossier à Bangui.

 

Des évaluations ont toutefois déjà été lancées dans certains quartiers, notamment par des équipes de PU-AMI, et des projets de reconstruction sont à l'étude par endroit, sous le contrôle d'Ocha. "Plusieurs projets d’appui au retour dans les quartiers, comprenant des activités de reconstruction de maisons, de soutien à la reprise des activités économiques, des programmes de cohésion sociale et du soutien psychosocial vont démarrer dans les semaines qui viennent", confie le HCR.

 

L'alternative Avicom

 

L'option d'un nouveau camp baptisé Avicom est longtemps restée secrète, même si, dès août, le gouvernement et les forces internationales avaient identifié le site. Ce n'est que début décembre que la ministre des Affaires sociales, Eugénie Yarafa, l'a évoquée après une visite à l'aéroport de Mpoko. L'idée : déplacer les personnes prises en charge dans un quartier qui ne pertubera pas l'activité de l'aéroport, et de la Minusca, qui l'utilise pour recevoir son matériel.

 

"Le gouvernement a réquisitionné à cet effet le terrain Avicom, situé dans le quartier Catin, dans la commune de Bimbo pour une période d’un an renouvelable un an", explique Oriane Bataille. "Néanmoins de nombreux défis demeurent pour sécuriser la zone et aménager le site", ajoute-t-elle. "Le problème de ce site, outre qu'il ne comporte aucune infrastructure et qu'il va falloir tout mettre en place à grands frais, est que la sécurité n'y est pas assurée, notamment parce que les groupes anti-balaka de Mpoko ne s'entendent pas du tout avec ceux du quartier d'Avicom", confie un connaisseur du dossier.

 

Un aménageur de site a été identifié et un budget est en cours de montage mais le projet ne semble recueillir ni l'approbation des humanitaires, ni celle des déplacés de Mpoko, qui ne souhaitent pas y être transférés, confie-t-on au HCR. Le 5 décembre, la ministre des Affaires sociales estimait que les déplacés ne pouvant pas rentrer dans leur quartier d'origine seraient relocalisées dans le camp Avicom. Toutefois, la décision n'a pas encore été définitivement prise et les négociations se poursuivent entre HCR, ONG et pouvoirs publics.

 

Vers une solution mixte ?

 

Comme l'a bien compris Eugénie Yarafa, du fait de la situation sécuritaire de leurs arrondissements d'origine, le retour des déplacés ne pourra se faire en quelques semaines. À tel point qu'au sein des acteurs humanitaires, le délai de début 2015 passe pour difficilement tenable, au vu des actions de reconstruction et de développement à mettre en place.

 

Entre un camp Avicom coûteux en infrastructures et des retours difficiles sur le court terme, une solution intermédiaire pourrait émerger. L'idée : organiser le retour d'une partie des déplacés vers les quartiers les plus sécurisés et réaménager le camp de l'aéroport, ce qui présenterait l'avantage d'être moins coûteux et moins risqué que la solution dite Avicom.

 

Le site de Mpoko est en effet passé de 100 000 à 20 000 bénéficiaires en un an, du fait des retours, des déplacements vers l'extérieur de Bangui ou de prises en charge par des familles d'accueil, certaines zones s'étant mécaniquement libérées. Il pourrait ainsi s'agir de déplacer la population occupant les zones destinées aux travaux vers celles inoccupées. Dans un délai aussi court que celui évoqué par le gouvernement centrafricain, cette troisième voie ne manque pas d'intérêt.

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Par Mathieu OLIVIER


 

Lu pour vous : Centrafrique : quel avenir pour les déplacés du camp de Mpoko ?
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