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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 12:52

 

 

 

paru dans L'Opinion du 4/5 décembre  lundi 08 décembre à 18h05

 

Un an après le début de l'intervention française, les militaires, forts de leurs succès dans l'Ouest, concentrent leur action plus à l'Est. Tout en espérant passer rapidement le relais aux Nations unies

 

Un an après le déclenchement de l'opération Sangaris, les militaires français ont le sentiment du devoir accompli mais se gardent de toute triomphalisme. «Nous ne sommes ni dans l'euphorie, ni dans la dramatisation» assure-t-on à l'état-major des armées. «En Centrafrique, nous sommes dans le temps long», poursuit un officier supérieur, rappelant que l'intervention au Kosovo a duré quinze ans. Le départ de Sangaris n'est pas pour demain, même si les effectifs seront progressivement réduits dans les prochains mois, au fur et à mesure du déploiement des Casques bleus. «Nous allons nous effacer derrière la Minusca» (1) ajoute cette source. Surtout, les militaires français insistent aujourd'hui sur la nécessité d'une nouvelle étape, plus politique et civile, alors qu'un «palier sécuritaire» a été atteint sur le terrain. «La réponse militaire ne peut pas être la seule réponse à une telle crise. Elle peut créer les conditions d'un règlement, mais il faut une approche globale, incluant le pilier politique, économique et judiciaire.» Dit autrement, sans langue de bois diplomatico-militaire : si dans les prochains mois, la situation se dégrade sur le terrain, ce ne sera pas la faute de l'armée française, mais bien celle de la communauté internationale incapable de prendre le relais civil pour venir au secours de la Centrafrique.

 

Les militaires français n'ont pas à rougir de leur bilan. Déployés dans l'urgence à Bangui et dans l'ouest du pays, principalement le long de l'axe routier qui va vers le Cameroun et l'Océan atlantique, ils ont quitté l'ouest en septembre, où la sécurité est désormais assurée par les Casques bleus et les forces centrafricaines. Le trafic routier a repris comme avant la crise et les écoles rouvrent leurs portes. Dans la capitale Bangui, le maintien de l'ordre est placé sous l'autorité de la police internationale, commandée par un colonel de gendarmerie français, et les militaires n'interviennent qu'en appui. Une force européenne (Eufor RCA) de 700 hommes – principalement des Espagnols, Finlandais, Italiens, Géorgiens, Polonais et quand même 260 Français – est engagée dans la capitale et devrait le rester jusqu'en mars. Autour de l'aéroport M'Poko, on dénombre 20.000 déplacés, quand on comptait cinq fois plus au sommet de la crise. Ce qu'un vieil observateur de l'Afrique appelle «l'homogénéisation communautaire» – une formule polie pour dire «nettoyage ethnique» – a permis une baisse des frictions violentes entre Centrafricains d'ethnie ou de religions différentes, même si des «pics de violences sporadiques et coordonnées» sont toujours constatés.

 

Forts de son succès dans l'ouest et la capitale, Sangaris – qui a enregistré deux morts et 120 blessés – a basculé plus à l'Est, dès le mois d'avril. Depuis cet automne, cette région, baptisée le «couloir central», est quasiment devenu la seule d'action de l'armée française, en particulier le triangle formé par les villes de Sibut, Dekoa et Bambari. «C'est là que sont les tensions et les enjeux» explique une source militaire. L'un des principaux risques est celui de la décomposition des deux forces en présence l'an passé, les ex-Sélékas et les anti-Balakas. De nombreux groupes et bandes armées ont pris leur autonomie avec un agenda mêlant revendications politiques, autodéfense et banditisme. Ce morcellement a au moins une conséquence heureuse : il évite une bipolarisation qui aurait pu aboutir à une partition géographique et politique du pays, un risque qui semble aujourd'hui s'éloigner.

 

Plus à l'Est, les militaires français ne s'aventurent guère, même si le groupement des forces spéciales Auriga est allé voir ce qui se passait à N'délé et Bria. Au Sud-Est, les Américains s'occupent du groupe terroriste Armée de Résistance du Seigneur (LRA) d'origine ougandaise.

 

Après sa bascule d'ouest vers l'est, Sangaris attend une autre bascule grâce à la montée en puissance des Casques bleus de la Minusca. Progressivement les militaires français espèrent changer de posture, pour devenir une «force d'appui (à la Minusca, ndlr) capable de réagir très rapidement». Cela nécessitera moins d'hommes, mais des moyens différents qui ont été déployés ces dernières semaines : seize blindés VBCI très mobiles, deux hélicoptères de combat Tigre et deux mini-drones Drac, des engins de 8 kg à courte portée.

 

Sur les 12.000 personnels prévus pour la Minusca (militaires, policiers et civils), 8600 sont déjà en place, fournis essentiellement par des pays d'Afrique noire (Burundi, Cameroun, Congo Brazza, RD Congo, Gabon, Rwanda, Zambie) ainsi que par le Maroc, le Pakistan et le Bangladesh, qui pourraient être rejoints par la Mauritanie et l'Angola. Comme au Mali, le continent africain n'hésite plus à prendre en charge sa sécurité. Une bonne nouvelle pour les Français qui espèrent pouvoir se désengager. Partiellement, à défaut de rapidement.

 

(1) Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République centrafricaine

Lu pour vous : Centrafrique : la double bascule de Sangaris

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