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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 20:05

 

 

 

http://www.defap.fr    12/12/2014

 

Le pasteur Jean-Luc Blanc revient du Cameroun où il était allé participer à une rencontre des partenaires de l'Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine. Loin de Bangui et des rares médias s'intéressant à la Centrafrique, l'EELRCA, qui est en lien avec le Défap à travers la Colureum (Commission luthérienne des relations avec les Églises d’outre-mer), accomplit une œuvre cruciale d'apaisement et de réconciliation.

 

La réunion entre l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine (EELRCA)  et ses partenaires devait avoir lieu en novembre à Garoua Boulaï, ville frontière avec le Cameroun. En effet, si les grandes villes de la RCA ont été globalement sécurisées par la force internationale de l'ONU, les milices des deux bords, anti-balakas et Séléka, n'en continuent pas moins de semer la terreur sur les routes devenues impraticables. Le seul moyen de voyager dans la région Ouest du pays est de le faire dans un convoi militaire.  La réunion a donc été programmée à la frontière. Mais la veille de la rencontre des combats entre milices anti-balakas et l'armée camerounaise ont amené cette dernière à fermer la frontière.  D'un côté, il y avait donc l'ensemble des partenaires de l’Église et de l'autre, ses responsables !  Heureusement, certains partenaires vivant la plupart du temps en RCA ont pu apporter documents et informations récentes.

 

L'EELRCA, un espace de paix au cœur de la guerre

 

L'EELRCA est une Église importante dans le pays (plus de 500 paroisses réparties dans 7 régions et 27 districts), présente surtout dans la partie Ouest du pays (ville de Bouar, Bohong…). Pendant la période de troubles qui se poursuit encore aujourd'hui, l'EELRCA a tenu à continuer ses activités d'accompagnement des populations.

 

On aurait pu imaginer qu'un conflit de ce type ait poussé l’Église au repli sur soi. Il aurait pu paraître normal de protéger, défendre, accompagner uniquement  les membres de la communauté chrétienne. Ce choix aurait été d'autant plus compris que  le caractère religieux du conflit a souvent été mis en avant par les médias et certains protagonistes.  Mais, au contraire, l'EELRCA, consciente de sa mission auprès de toutes les populations, y compris musulmanes, a fait le choix d'œuvrer pour la paix et la réconciliation.

 

Au lendemain de la première attaque très meurtrière de la Séléka dans la région, en août 2013, le Président de l’Église Luthérienne, le pasteur Goliké, prenait l'initiative d'un rassemblement interreligieux à Bouar. Il s'agissait alors de restaurer la confiance et d'expliquer à la population les « vraies causes » du conflit en tentant de désamorcer tout ce qui pouvait en faire un conflit religieux local. Trois mille personnes ont répondu à son appel et  c'est là qu'a été créée la « Plateforme Inter-religieuse » toujours présidée par le pasteur Goliké. Divers observateurs  sont d'avis que s'il n'y a pas eu de massacre de grande ampleur dans la région, si les attaques de la Séléka n'ont pas dégénéré en conflits locaux entre chrétiens et musulmans, c'est en grande partie grâce à cette initiative de l’Église qui a permis un retour au calme pendant les mois qui ont suivi les premières  attaques.

 

Lorsque de nouvelles exactions ont été commises détruisant des villages de la région de Bohong, au lieu de se décourager, l’Église  s'est investie dans l'accueil des réfugiés dans ses locaux. Et lorsque les représailles des anti-balakas sont venues, en février 2014, et que ce fut le tour des musulmans de devoir se réfugier à la mosquée pour échapper à leurs agresseurs, c'est aussi l’Église Luthérienne qui, la première, est allée leur porter des vivres et les encourager, gagnant ainsi le respect des populations musulmanes désorientées. Pendant ce temps, le pasteur Goliké entretenait des relations avec les chefs des anti-balakas pour obtenir d'eux qu'ils n'attaquent pas le quartier de la mosquée où se trouvaient les réfugiés musulmans. La suite a montré qu'il avait été écouté. Et si la zone concernée aujourd'hui est calme, on peut affirmer que c'est en grande partie grâce à l'action de l’Église sur le terrain, au plus près des populations.

 

Et maintenant, il faut reconstruire….

 

Avec l'aide de ses partenaires américains (ELCA), l’Église Luthérienne est en train d'élaborer un programme ambitieux de réconciliation et de reconstruction. Quatre projets constitueront ce programme :

 

  • la réconciliation des communautés villageoises absolument nécessaire avant tout autre projet
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  • le travail d'écoute des traumatisés :  des formateurs à l'écoute des traumatisés ont été formés et doivent maintenant, eux-mêmes, en former d'autres afin de permettre une écoute la plus large possible des souffrances de toute une région.
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  • la formation à la paix : cet aspect de la reconstruction s'inspirera de ce qu'a fait l’Église Évangélique du Congo en collaboration avec le Défap après la guerre civile.
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  • la reconstruction de l'habitat et des infrastructures des villages. Quatre cents maisons individuelles dans treize villages seront reconstruites ainsi que des infrastructures telles que des centres de santé, des puits… Le matériel sera acheté et acheminé par l’Église et les habitants apporteront eux mêmes la main d'œuvre nécessaire à ces reconstructions.
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L'EELRCA, malgré toutes ses faiblesses et ses difficultés, a su montrer qu'il est possible pour l’Église de continuer à être missionnaire dans les pires des circonstances. Cela devrait en encourager d'autres…

 

Jean-Luc Blanc

 

Lu pour vous : Centrafrique : l'EELRCA, un espace de réconciliation au cœur du conflit

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