Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 00:27

 

 

 

 

5/12/14 - 16 H 14 - Mis à jour le 5/12/14 - 16 H 14

 

Général Vincent Desportes, professeur associé à Sciences-Po Paris.

 

Quel bilan faites-vous de l’opération Sangaris, déclenchée il y a un an ?

 

Vincent Desportes  : Selon les objectifs que nous nous étions fixés, il y a un an, Sangaris devait arrêter les massacres perpétrés à Bangui et sur l’ensemble du territoire. Cette opération devait aussi restaurer le vivre ensemble entre les communautés. La mission, enfin, devait être courte. Nous sommes loin d’avoir atteint ces objectifs.

 

Si l’opération française a effectivement amélioré la situation sécuritaire à Bangui, cela s’est fait au prix d’une épuration ethnique, qui s’est traduite par le départ massif des musulmans de la capitale, par la ghettoïsation de ceux qui restent au Km 5, et par la coupure du pays en deux : avec au nord est, une zone refuge pour les musulmans sous le contrôle de la Séléka. Un an après, la force Sangaris ne s’est toujours pas désengagée.

 

Quelles sont les raisons de cet échec ?

 

V.D.  : Si la force projetée n’est pas adaptée aux caractéristiques géographiques et humaines du théâtre d’opération, la mission n’a aucune chance d’être remplie. C’est exactement ce qui s’est passé en Centrafrique (RCA). Dans des pays plus petits et pour un volume de population à peu près similaire – je pense à la Bosnie ou au Kosovo –, nous avons projeté plus de 40 000 hommes pour parvenir, difficilement et au bout de plusieurs années, à un résultat qui n’était pas non plus exactement celui escompté. L’effet pervers de l’envoi d’une force limitée – 1 600 hommes – a été que, au lieu de conduire les missions de manière parallèle contre les différentes factions, les forces françaises ont été obligées de les mener de façon séquentielle. Ce qui s’est traduit, sur le terrain, par une prise de position de fait en faveur des anti-balaka (les Chrétiens), le temps de repousser la Séléka.

 

La plus grosse erreur n’a cependant pas été d’envoyer une force sous-dimensionnée, mais de ne pas avoir su réagir à l’évolution de l’action. Il faut bien voir que l’envoi même de l’armée française a eu comme premier effet de multiplier les exactions et les actes de barbarie dans Bangui. Il eût été raisonnable de réagir immédiatement et d’envoyer des effectifs et des moyens blindés et aéroportés nettement plus importants, capables d’étouffer tous les foyers de violence en même temps. Les blindés et les hélicoptères pour un théâtre d’opération aussi grand que la France et la Belgique réunies, ont toujours manqué. Les résultats obtenus sont à l’échelle des moyens engagés.

 

Les militaires et les politiques français n’ont-ils pas sous-estimé les forces en présence ?

 

V.D.  : Tout choix stratégique est un pari. Le nôtre était de mettre quelques centaines de soldats au sol pour égailler les groupes armés dans la nature. Nous avions aussi compté sur l’appui des forces africaines, sur la projection rapide d’une force européenne et d’une force onusienne. Ce qui ne s’est pas fait. Il y a eu sans doute, une erreur d’évaluation.

 

Mais notre faute stratégique, c’est de ne pas avoir su réagir après avoir perdu notre pari. Nous aurions dû changer notre mode opératoire en envoyant des renforts et du matériel. François Hollande ne l’a pas voulu, commettant un déni de réalité. Un an plus tôt, il avait déjà refusé d’intervenir pour arrêter les colonnes de la Séléka en route pour Bangui. Pourtant, cela aurait été beaucoup plus efficace et moins coûteux que de se lancer, dix mois plus tard, dans une mission d’interposition en milieu urbain.

 

La France avait-elle les moyens de faire autrement ?

 

V.D. : Cette mission a été élaborée en fonction de l’enveloppe budgétaire dévolue aux opérations extérieures qui est de 450 millions d’euros que l’on ne devait pas trop entamer. La première contrainte pour la force, n’est ni l’adversaire, ni l’objectif opérationnel mais l’enveloppe budgétaire volontairement sous-dimensionnée. C’est aberrant, irresponsable ! Tant que le budget de l’armée française sera la variable d’ajustement du ministère des finances, alors qu’en même temps, le pouvoir politique multiplie nos engagements extérieurs, une mission comme celle de la Centrafrique sera au-dessus de nos moyens.

 

Lu pour vous : « Avec Sangaris, la France a commis une erreur stratégique » : Gl Vincent Desportes

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com