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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 16:06

 

 

http://www.lanouvelleexpression.info/   lundi, Déc 15 2014

 

Il y’a un an démarrait l'opération Sangaris. L’opération d'intervention de l'armée française destinée à éviter un bain de sang en République centrafricaine (Rca). Commandant de l'opération Sangaris, le général Eric Bellot des Minières esquisse un bilan du travail effectué par Sangaris et explique la situation qui prévaut en Rca.

 

Quel est le visage de Bangui aujourd’hui?

 

 L’ambiance à Bangui est sans commune mesure avec celle qu’il y avait en décembre dernier. Les marchés sont pleins. Il y’a une circulation folle. L’école a repris, les églises, les temples, les mosquées, tout ceci fonctionne. Il y a des vraies discussions entre quartiers. Il y a des initiatives locales qui ont été prises par les maires, les chefs de quartiers, les chefs d’arrondissements, des comités de surveillance, des gens qui parlent entre eux, de différentes communautés. Tout n’est pas parfait. Il y a une véritable évolution positive de la situation. On craint toujours des tas de choses, légitimement. Il reste encore des affaires toujours un peu délictueuses à traiter.

 

Qu’est-ce qui explique que l’opération Sangaris ait duré si longtemps ?

 

 L’opération a été mise en place pour pallier dans l’urgence à une situation exceptionnelle.  Elle a  évité sans doute des massacres, un désastre humanitaire ici à Bangui (…) Il a fallu un peu de temps pour assurer cette montée en puissance de la force que nous accompagnons maintenant depuis quasiment trois mois, et qui devrait être pleinement opérationnelle à échéance d’avril prochain. Au-delà des six mois envisagés initialement, on commence à voir une certaine succession à cette opération Sangaris, qui permettra peu ou prou pleinement aux opérations de la Minusca de prendre le lead sur l’ensemble de l’action qui est menée ici en Centrafrique. Sangaris ou une opération post-sangaris assurant simplement une mission plus compacte, plus concentrée, de réserve, agissant dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité.

 

 La force Sangaris va-t-elle rester pour accompagner les  élections de juillet-août 2015 ?

 

Pour l’instant, rien ne le dit. On constate que la Minusca réussit de manière assez remarquable son déploiement. De ce fait, tout est vert pour qu’une pleine capacité opérationnelle soit prononcée fin avril et qu’à priori les choses s’apaisent et permettent d’assurer une montée en puissance totalement normale des élections et du processus politique centrafricain. La France a démontré jusqu’à présent qu’elle était capable d’avoir des actions et des forces à géométrie variable et je pense que les études nécessaires seraient faites pour savoir s’il faut intervenir différemment.

 

Qu’est-ce qui préoccupe actuellement entre les affrontements interethniques,  interreligieux, groupes armés et grand banditisme ?

 

C’est sans doute le signe que la mission des armées est presque terminée. Le banditisme, la criminalité, les délits sont régulièrement traités dans tous les pays du monde plutôt par des forces de police et de gendarmerie. C’est bien le sens des travaux suscités par l’Union européenne pour former ces gendarmes depuis sept ou huit mois et qui ont permis de restaurer quelque part cette force de police centrafricaine dans Bangui, avec laquelle nous travaillons régulièrement. Le simple fait aujourd’hui de parler de crimes et délits est bien le signe tangible que les opérations militaires passent en arrière de la scène, ce qui est le signe, peut-être, d’une amélioration de fait de la situation centrafricaine (…)

 

Au nord et à l’Est, il y a toujours quelques cohues pilotées par la Séléka le plus souvent, auxquelles nous essayons de faire face conjointement avec l’ensemble des forces internationales. Dans l’extrême Est, les choses sont relativement stables. Nous sommes particulièrement vigilants sur ces derniers soubresauts qui pourraient faire vaciller le pouvoir et les autorités de transition(…) Le dialogue politique, la vie d’une manière générale reprend  assez librement.

 

Est-ce qu’on note un certain retour des populations musulmanes ?

 

Des chrétiens reviennent dans les zones musulmanes et des musulmans  reviennent dans les zones chrétiennes. On observe un certain nombre de retour à une certaine normalité. C’est long et c’est lent parce que ceci fait suite à quasiment deux années d’exactions, de douleurs, de souffrances fraternelles entre des communautés pour lequel le distinguo religieux n’a jamais eu de sens véritablement. On parle en général en Centrafrique beaucoup plus  de problèmes ethniques que de problèmes religieux.

 

Il y a une vraie volonté de ces populations de retrouver le mode de vie qu’elles avaient auparavant dans lequel le sujet religieux, qu’ils soient protestants, catholiques, musulmans, animistes ou autre, ne soit pas un sujet de division. Je souhaite que les Centrafricains puissent se remettre au travail librement, leur fortune est dans leur terre, leur fortune est dans l’aptitude de cette population à travailler et dès qu’ils reprendront véritablement la voie du travail, l’économie s’améliorera (…), la paix reviendra et la discussion politique sera apaisée.

Eric Bellot des Minières «La mission des armées est presque terminée en Centrafrique»

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