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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 12:08

 

 

 

 

http://www.egaliteetreconciliation.fr   Revue de presse  2014  décembre

 

Le 5 décembre 2013, le président Hollande lançait l’opération Sangaris en Centrafrique, un pays déstabilisé par la prise du pouvoir, six mois plus tôt, par la coalition de la Séléka. Cette dernière, coupable d’exactions contre les populations chrétiennes, était alors aux prises avec les milices anti-balaka, reformées en réaction à ces violences. En outre, certaines d’entre-elles étaient – et le sont encore – manipulée par le clan de François Bozizé, le président centrafricain déchu.

 

Plusieurs raisons ont donc motivé cette nouvelle intervention française. La Centrafrique étant devenue un État failli, le risque était grand de voir se créer un vide sécuritaire susceptible de profiter à des groupes armés – jihadistes ou non – pouvant déstabiliser les pays voisins. Par ailleurs, il fallait mettre un terme au cycle violences/représailles commises par les deux camps et chercher à éviter une partition Est/Ouest du territoire centrafricain.

 

La force Sangaris est intervenue aux côtés de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA), formée sous l’égide l’Union africaine. Seulement, dès le départ, certains experts, comme le général (2S) Vincent Desportes, estimèrent insuffisant son format (1 600 hommes). « Je travaille en fait avec les généraux de terrain, pas avec des experts qui regardent tout ça de Paris », répondit Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense. Finalement, les effectifs furent portés à plus de 2 000 hommes, grâce à des renforts prépositionnés au Tchad et à la mise sur pied de l’opération européenne EUFOR RCA, dont la France fut l’un des principaux contributeurs.

 

Aujourd’hui, la situation en Centrafrique reste préoccupante. Une mission des Nations unies, la MINUSCA, a certes été mise en place pour succéder à la MISCA et monte progressivement en puissance. Et, alors que l’opération Sangaris devait être courte (6 mois), il est désormais question de réduire ses effectifs à 1 500 hommes au printemps prochain et de la tranformer en QRF (Quick Reaction Force, force de réaction rapide) en appui des casques bleus. Le processus politique centrafricain est au point mort, le pays est coupé en deux, avec, à l’est, l’ex-Séléka, elle-même divisée en trois branches, et, à l’ouest, les milices anti-balaka. Quant à la situation sécuritaire, si les massacres de masse ont cessé, elle demeure fragile et volatile, avec des pics ponctuels de violence.

 

Cela étant, la mission des militaires français, qui ont perdu 4 hommes dans cette opération (2 lors d’un accrochage, 1 par accident et 1 autre par maladie) est extrêmement difficile. Dans le numéro 38 de Fantassins, le magazine publié par l’École d’Infanterie de Draguignan, les deux chefs de corps des Groupements tactiques interarmes (GTIA) qui sont entrés « en premier » sur ce théâtre ont livré leur témoignage. L’urgence était alors de faire cesser les violences à Bangui avant d’étendre les opérations au reste du pays.

 

1- Des plans contrariés

 

Chef de corps du 8e Régiment de parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa) et commandant le GTIA Amarante (constitué à 90% par des unités de la 11e Brigade parachutiste), le colonel Vincent Tassel a précisé qu’il était prévue une « action de sidération, avec une sortie massive en ville et la saisie de tous les points clés afin d’empêcher tout mouvement des ex-Séléka et des milices » dès le lancement de l’opération Sangaris. Seulement, cela n’a pas été possible en raison de l’offensive lancée le 5 décembre par les anti-balakas et la réaction des ex-Séléka.

 

« Aussi, le mandat SANGARIS 1 a débuté, comme toutes les opérations d’entrée en premier, par une phase de coercition, contre un ennemi difficilement identifiable, au coeur des populations et en milieu urbain, suivie d’une phase de stabilisation. La présence d’un peloton blindé s’est avérée essentielle pour dissuader, voire neutraliser les ex-Séléka, équipés d’armement lourd. De même, l’escadron d’aide à l’engagement (EAE) est un outil très efficace en contrôle de zone urbain, sur les axes principaux, en raison de sa capacité à couvrir énormément de terrain et à appuyer l’infanterie débarquée » a expliqué le colonel Tassel.

 

2- Une situation très compliquée et dangereuse à Bangui

 

« L’imbrication, en zone urbaine de l’ensemble des éléments constitutifs de la crise, milices, population, ressortissants français et étrangers, forces africaines de la MISCA, organisations internationales, journalistes, pilleurs et voleurs, génère de facto une extrême complexité de la situation et une tension extrême sur le terrain pour les sections déployées », a souligné le colonel Tassel.

 

S’agissant plus particulièrement des difficultés et des menaces rencontrées par les militaires français, le colonel Arnaud Mettey, chef du GTIA Panthere les énumère : « multiplicité des positions de tir ennemies, difficulté pour déterminer l’origine et la cible des tirs, (…) ennemi furtif, sans signe distinctif, s’imbriquant dans la population, harcelant la force ».

 

Et il s’ajoute à cela la « menace particulière » de la foule africaine : « Curieuse, elle n’hésite pas à rester proche des combats, au risque de devenir victime collatérale. Il convient de la garder à distance pour se prémunir de ses accès de violence. Elle offre aussi refuge à de sombres individus, ou offre un masque aux pires exactions. Nous avons souvent du ‘fendre la foule’ pour aller secourir des victimes. Ma crainte aura été de voir un soldat happé par une foule soudainement en furie », a-t-il témoigné.

 

« Ainsi, le contrôle de zone et de foule est plus coercitif avec un risque important de dommages collatéraux sur la population et il faut une grande maîtrise de la force a tous les niveaux. En outre, la Force se trouve souvent démunie lorsqu’elle est confrontée à l’absence totale de système judiciaire et carcéral alors même qu’elle fait face à des crimes et délits de droit commun, notamment lors des phases de pillages et d’exactions » a ajouté le colonel Tassel.

 

3- Quels rapports avec la MISCA ?

 

Pour le colonel Tassel, les relations avec la MISCA ont été bonnes dans l’ensemble. « Bien sûr, la valeur des différents contingents pose souvent des problèmes et il faut parfois être très proactif pour que les choses avancent, de même qu’il n’est pas toujours facile de coordonner l’action de deux forces qui ont un but commun mais pas forcément les mêmes missions, les mêmes moyens et les mêmes modus operandi », a-t-il expliqué. Mais, a-t-il poursuivi, « nous avons souvent été agréablement surpris par la capacité de réaction de nos camarades africains, certes différente de nos pratiques, mais sans eux la mission aurait été impossible ».

 

Pour sa part, le colonel Mettey a estimé que « nos nos camarades africains, dès lors qu’ils nous sentent à leurs côtés, sont très capables. Ils ont besoin de se sentir soutenus ».

 

4- Des lacunes capacitaires

 

C’est le colonel Tassel qui l’affirme : au début, la force Sangaris était « taillée au plus juste au regard de l’étendue du pays, de la situation sur Bangui et de la haine accumulée de part et d’autre ». Mais, globalement, elle a été « correctement dimensionnée » sur le plan capacitaire, à l’exception des moyens de renseignement d’origine image (un drone n’aurait pas été un luxe, les hélicoptères Fennec Reco et Gazelle Viviane ne pouvant qu’assurer une présence réduite) et des moyens blindés, « principalement en VAB ». Au cours de cette première phase, explique l’officier, les GTIA ne pouvaient pas « déployer plus de 50% de leur effectif sous blindage, le reste étant motorisé sur P4, GBC et TRM 2000 ».

 

Cela étant, les VAB (véhicule de l’avant blindé) ULTIMA ont apporté une plus-value « en raison de leur tourelle TOP et de leurs optiques jour-nuit », a fait valoir le colonel Tassel. Seulement, cela n’a été valable qu’en zone urbaine. Et encore, ces véhicules « ne pouvaient progresser en appui dans toutes les rues étroites du centre-ville ».

 

Ce constat est presque partagé par le colonel Mettey. « Le VAB, par son gabarit réduit, s’est révélé tout particulièrement adapté. Un VBCI n’aurait jamais permis la même souplesse d’utilisation. Le VAB doté d’un TOP par les moyens de vision dont il dispose, la précision et la stabilité de son tir a apporté une plus value encore supérieure », a t-il estimé. Toutefois, hors de Bangui, c’est une autre affaire, car le VAB est « vite limité par son poids, pourtant contenu, tant dans les bourbiers que sur les ponts africains ». Aussi, pour l’ex-chef du GTIA Panthère, « il manque clairement un successeur au VLRA, armé, avec des moyens optiques et optroniques modernes ».

 

Ce dernier a également pointé l’insuffisance en matière de moyens aéromobiles. « L’absence d’une capacité d’appui canon s’est fait sentir au niveau des hélicoptères, tout comme la capacité d’aérotransport limitée », a-t-il dit.

 

5- Des conditions de vie très rustiques

 

En avril, le sénateur Christian Cambon, de retour d’une mission à Bangui, avait déploré les conditions de vie des militaires affectés au camp installé sur l’aéroport M’Poko. Et cela alors que cette dernière était lancée depuis 4 mois.

 

« Les conditions de vie (hébergement, alimentation, sanitaire, hygiène et loisir) du GTIA ont été précaires durant toute la mission en raison des retards pris dans le lancement des travaux sur le camp, des contraintes liées à l’acheminement des différents matériels, à l’approvisionnement en eau et en électricité. Cependant, la rusticité de nos soldats permet de compenser ces quelques difficultés même si les demandes des hommes restent basiques (besoins primaires), pouvoir dormir et manger chaud », a expliqué le colonel Tassel.

 

Toutefois, la rusticité ne fait pas tout. Dimensionné pour 250 hommes, le camp M’Poko a dû en accueillir 1 400 dans les premiers temps de l’opération Sangaris. « Nos hommes sont rustiques et les sections sont en permanence engagées sur le terrain, ce qui limite beaucoup le temps passé sur le camp », a insisté l’ex-chef du GTIA Amarante.

 

Mais tout de même : « Tout d’abord nous nous sommes serrés, à 4, puis 5 puis 6 dans les chambres et à 8 puis 10 voire 12 dans certaines tentes. Ensuite, nous avons utilisé tous les espaces disponibles pour y construire des camps de toile, sur les parkings, sur la zone hélico, etc… Il nous a fallu interdire le sport et limiter la consommation d’eau à une douche par jour. Un tour pour l’ordinaire a été mis en place (1 jour sur 4), idem pour la laverie (1 jour par semaine) », a-t-il raconté.

 

En outre, la force Sangaris a eu à déplorer de « nombreux vols ». « Les notions de sécurité, de contrôle et de filtrage de nos camarades africains sont parfois un peu différentes des nôtres », a expliqué le colonel Tassel.

 

Pour son homologue du GTIA Panthere, « offrir une vie d’unité élémentaire permet de gérer le repos, et l’assimilation psychologique des épreuves endurées ». Et le colonel Mettey d’ajouter : «  Il conviendra de repenser la question de l’eau. Une capacité de production par filtrage doit exister au niveau de l’ unité élémentaire (UE) ».

Centrafrique : Un an après, bilan et retour d’expérience de l’opération Sangaris
Centrafrique : Un an après, bilan et retour d’expérience de l’opération Sangaris

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