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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 02:26

 

 

 

Penser la violence en Centrafrique

 

http://www.la-croix.com/ 7/11/14 - 10 H 04

 

Du 22 au 25 octobre, la sociologue Françoise Parmentier, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, l’évêque Marc Stenger, l’imam Tareq Oubrou, le magistrat Antoine Garapon et l’historien Jacques Sémelin se sont rendus en Centrafrique pour rencontrer des intellectuels de l’université de Bangui, du centre catholique, de la faculté protestante, du monde musulman et ceux qui gravitent autour de l’Alliance française. Au cœur des rencontres : le thème de la violence extrême qui se déchaîne dans ce pays depuis deux ans. Une démarche originale – encadrée par l’Observatoire Pharos et impulsée par l’association Liberté pour l’esprit – qui vise à comprendre l’histoire en marche, aussi douloureuse soit-elle.

 

LAURENT LARCHER

 

 

Mgr Marc Stenger Les régimes successifs ont contribué au pourrissement de cette société

 

http://www.la-croix.com/  7/11/14 - 09 H 56 - Mis à jour le 7/11/14 - 10 H 07

 

Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi-France

 

On a beaucoup mis en exergue le conflit entre islam et christianisme, présentant le drame centrafricain comme un nouvel avatar de cette confrontation sanglante universelle dans laquelle les minorités chrétiennes sont devenues un peu partout les victimes. En Centrafrique à proprement parler, on ne peut parler de minorités chrétiennes, puisque les chrétiens représentent 80 % de la population, mais si l’on situe ce conflit dans un contexte régional très agité, les proportions seraient probablement inversées. Or, les raisons de la déchirure sont plus profondes et plus complexes que cette interprétation primaire.

 

Il nous est apparu que l’explosion de violence de ces deux dernières années pourrait être le fruit de haines et de frustrations que beaucoup de Centrafricains portent en eux. Celles-ci s’enracinent déjà dans l’avant de la colonisation, une époque où des sultanats en place pratiquaient l’esclavage intensif sur une partie de la population ; elles s’enracinent dans les pratiques de la colonisation française profondément discriminante. Elles sont liées à la soif de prendre et de garder le pouvoir de la part d’un certain nombre d’hommes politiques, instrumentalisant les populations en jouant sur les registres aussi bien religieux que sociaux pour y parvenir.

 

Les régimes successifs ont contribué au pourrissement de cette société, en manipulant les groupes et les ethnies, à partir des situations de pauvreté de certains par rapport aux autres, en exacerbant des clivages qui ont conduit à des ruptures radicales entre des catégories de population traditionnellement proches les unes des autres, tels les chrétiens et les musulmans. Le sentiment d’humiliation et d’exclusion sociale éprouvé par un certain nombre de musulmans a pu contribuer à rapprocher les musulmans centrafricains avec les « envahisseurs » musulmans venus du Nord (Tchad, Soudan) et faire grandir chez les chrétiens le sentiment d’être trahis par ceux avec qui ils vivaient pacifiquement, de faire face à une alliance de possesseurs de biens, les musulmans étant les commerçants de la société centrafricaine.

 

Certains de ceux que nous avons rencontrés plaçaient leurs perspectives d’avenir dans la nostalgie d’une époque révolue, celle de l’empereur Bokassa. Par ailleurs, on pouvait constater que les seuls leaders jouissant d’une vraie crédibilité ne sont pas les responsables politiques ni les décideurs économiques, mais des hommes de religion, l’archevêque de Bangui, le président de l’Alliance évangélique et le grand imam de Centrafrique.

 

Si nous avons pu entendre des analyses d’une extrême pertinence sur les causes proches et lointaines, endogènes et exogènes du drame centrafricain et des violences qui ont mis le pays à terre, dans notre échange, il est apparu combien il est difficile de parler par-delà les causes de la violence, de la violence elle-même, de ce qu’elle signifie, de la manière dont chacun se situe par rapport à elle.

 

Pour cela il faut aller jusque dans les ressorts les plus profonds de la psychologie humaine. Ce qui apparaît, c’est que les agissements des responsables politiques successifs prétendant s’emparer du pouvoir et le garder ont créé des ruptures dans des traditions culturelles et dans une pratique traditionnelle de cohabitation pacifique entre les groupes et les ethnies et ont ainsi contribué à créer une désagrégation sociale majeure.

 

7/11/14 - 09 H 56 - Mis à jour le 7/11/14 - 10 H 07

Lu pour vous : Mgr Marc Stenger Les régimes successifs ont contribué au pourrissement de cette société

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