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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 00:40

 

 

 

 

RENAUD LECADRE ET EMMANUEL FANSTEN13 NOVEMBRE 2014 À 19:46

 

ENQUÊTE

 

L’élu de Levallois-Perret est soupçonné d’avoir touché 5 millions de dollars de commission en 2009 grâce à son rôle d’intermédiaire entre Areva et la Centrafrique dans le dossier Uramin.

 

Patrick Balkany est rattrapé par ses affaires africaines. Déjà mis en examen cette année pour «corruption» et «blanchiment de fraude fiscale», le député-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) voit s’ouvrir un nouveau front judiciaire. En cause cette fois : le versement d’une commission suspecte de 5 millions de dollars (3,9 millions d’euros) en juin 2009 sur fonds de contrats miniers en Afrique. Comme l’a révélé l’Obs, la Centrafrique vient de saisir le parquet national financier d’une plainte pour corruption et détournement de fonds publics, par l’intermédiaire de son avocat William Bourdon. Cette plainte, que Libération a pu consulter, vise l’ancien président centrafricain François Bozizé. Mais les investigations pourraient aussi porter, par ricochet, sur Patrick Balkany et ses relations troubles avec Areva.

 

Gisements. Tout commence en juin 2007, quand le groupe nucléaire, qui cherche à investir dans l’uranium, rachète Uramin pour 2,5 milliards de dollars. Cette junior canadienne possède plusieurs permis d’exploitation miniers, notamment en Centrafrique. Ce pays, l’un des plus pauvres au monde, dispose pourtant de diamants, d’or, mais surtout d’uranium. Sur les cinq gisements de Bakouma (sud-est), deux sont acquis par Uramin puis revendus à Areva. Mais, alors que la transaction est signée, François Bozizé demande subitement à disposer d’un droit d’entrée sur le gisement de Bakouma. Officiellement au nom de l’Etat centrafricain, mais avec un soupçon d’enrichissement personnel. Sans son accord, Areva est coincé.

 

C’est à ce moment-là que Patrick Balkany fait son entrée en scène. Très introduit en Afrique, il connaît personnellement Bozizé. En novembre 2007, c’est lui qui a organisé la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le président centrafricain à Paris. Ce dernier va donc se tourner vers lui pour jouer les intermédiaires avec Areva. Le contact de Balkany au sein du groupe s’appelle Sébastien de Montessus, patron de la division «mines». Il le rencontre à plusieurs reprises en 2007. Mais l’élu des Hauts-de-Seine est jugé trop sulfureux, et surtout trop proche de Nicolas Sarkozy, pour apparaître en première ligne dans ce dossier. Balkany fait alors appel à une autre figure bien connue en Afrique, l’homme d’affaires belge George Forrest. Chez Areva, on assure que le nom de Forrest a été suggéré directement par le gouvernement français. Mais cette version est aujourd’hui contredite par un autre personnage clé du dossier, Renaud Guillot-Corail. Ancien conseiller au «commerce extérieur» de Balkany aujourd’hui à la retraite, l’homme dispose toujours d’un bureau à la mairie de Levallois. Joint par Libération, Renaud Guillot-Corail est formel : Areva a bien demandé à Balkany d’intercéder dans le dossier Uramin. «Patrick Balkany a ensuite présenté George Forrest à Sébastien de Montessus lors d’un déjeuner à la mairie de Levallois.»

 

Au cours des mois suivants, c’est bien le tandem Forrest-Balkany qui va négocier avec la Centrafrique le déblocage du dossier. Entre 2007 et 2008, Balkany se rend plusieurs fois à Bangui dans le Falcon 900 de Forrest. A l’époque, ils sont nombreux, y compris à la cellule «Afrique» de l’Elysée, à voir d’un mauvais œil cette diplomatie parallèle qui fleure bon la Françafrique. Mais, après des mois de négociations, Areva et Bozizé parviennent enfin à un accord. Dans le contrat, signé le 1er août 2008, le nom de George Forrest apparaît noir sur blanc comme «facilitateur». Celui de Patrick Balkany, en revanche, n’apparaît nulle part. Ce jour-là, le maire de Levallois est pourtant bien présent à Bangui. Tout comme son bras droit, Renaud Guillot-Corail, qui a fait le déplacement à la demande de Bozizé.

 

Contrepartie. L’accord prévoit le versement immédiat de 10 millions d’euros, ainsi qu’une avance de 50 millions d’euros remboursables sur la future production minière. En contrepartie de son rôle dans les négociations, Forrest récupère au passage d’autres permis miniers et prend 30% de parts dans une joint-venture créée avec Areva. Une semaine plus tard, Sébastien de Montessus résume la situation à ses proches collaborateurs dans un mail révélé par le site Bakchich. Le patron des «mines» reconnaît que Balkany s’est assuré «personnellement et régulièrement» de l’avancée des discussions mais précise qu’aucune rémunération n’a été versée dans ce dossier. Patrick Balkany se serait donc démené pendant des mois sans réclamer le moindre centime… De leur côté, les nouveaux dirigeants centrafricains estiment au contraire que l’exploitation des mines pourrait avoir donné lieu au versement de 40 millions de dollars de commissions. Et peuvent désormais s’appuyer sur une déclaration sibylline de George Forrest.

 

Convoqué en septembre dans le cadre de l’enquête sur le couple Balkany, l’homme d’affaires belge a reconnu avoir versé 5 millions de dollars à Balkany sur un compte à Singapour. Une commission qui viendrait selon lui d’une sombre affaire en Namibie, affaire qui ne s’est pourtant jamais conclue. Interrogé sur ces millions, l’élu a dénoncé des «fariboles». Peut-être parce que l’argent ne venait pas de Namibie, mais bien de Centrafrique.

 

Par Emmanuel Fansten et Renaud Lecadre

Lu pour vous : Balkany mineur de fonds

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