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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 15:39

 

 

 

Le Burkina Faso, une base pour Paris

 

THOMAS HOFNUNG LIBERATION 3 NOVEMBRE 2014 À 20:06

 

ANALYSE

 

Avec Blaise Compaoré, la France perd un allié de longue date, devenu encombrant.

 

A Paris, la crise au Burkina Faso est suivie avec autant d’attention que de discrétion. Une discrétion à la mesure de l’enjeu stratégique que représente ce pays : si l’ex-colonie française n’a ni uranium (contrairement au Niger), ni pétrole (exploité au Gabon ou au Congo-Brazzaville), ni cacao (cultivé en Côte-d’Ivoire), l’ex-Haute-Volta est une importante plateforme militaire pour la France. Alors que Paris a établi en août à N’Djamena, au Tchad, le QG de l’opération Barkhane, «Ouagadougou reste le cœur du réacteur nucléaire du dispositif français dans la zone», assure le spécialiste des questions militaires Jean-Christophe Notin.

 

Entre l’état-major français et Blaise Compaoré, lui-même ancien officier, le courant est toujours bien passé. En 2010, l’armée française a installé à Ouagadougou, sans tambour ni trompette, la base arrière des forces spéciales qui opèrent dans la région. Sur l’aéroport de la capitale, les Français côtoient leurs homologues américains qui sont également à demeure au Burkina Faso, un pays jusqu’ici très prisé pour sa stabilité politique plus que pour sa vitalité démocratique.

 

«Puissance». D’après une source bien renseignée, un homme a joué un rôle clé dans l’installation des commandos français à «Ouaga» : le général Benoît Puga. Ancien patron des forces spéciales, ce dernier est aujourd’hui chef d’état-major particulier du président Hollande, après avoir été celui de Nicolas Sarkozy«En permettant aux militaires français de monter en puissance chez lui, le président Compaoré escomptait sans doute un soutien sans faille en retour», estime ce même observateur.

 

En 2011, l’ex-président burkinabé a fait face à une grave mutinerie au sein de l’armée, qui a gagné les rangs de la très fidèle garde présidentielle. Durant cette crise, qui préfigure à certains égards les derniers événements à Ouagadougou, Paris demeura plutôt discret. Certains observateurs assurent pourtant que Compaoré a pu compter sur le soutien des services français pour se rétablir. L’ambassadeur de France s’appelait alors Emmanuel Beth, un général qui a commandé l’opération Licorne en Côte-d’Ivoire et dont le frère, Frédéric Beth, dirigeait en 2011 le commandement des opérations spéciales avant de devenir le numéro 2 de la DGSE. «A ma connaissance, Paris n’est pas intervenu dans ces événements, même si Blaise Compaoré, paniqué, a appelé à deux reprises notre ambassadeur au plus fort de la tourmente, rétorque une source diplomatique proche du dossier. Il a réussi à se maintenir tout simplement parce que personne n’a eu l’idée parmi les mutins de le déposer.» Après avoir changé le gouvernement et toute la chaîne de commandement de son armée, le «beau Blaise» est parvenu à remonter sur son trône.

 

Pompier pyromane. Compaoré était sans nul doute un allié précieux, mais pas docile. «Il avait son propre agenda qui ne coïncidait pas forcément avec celui de Paris», souligne ainsi Antoine Glaser, auteur d’AfricaFrance (1). Dans les années 90, il était proche du colonel Kadhafi et a joué un rôle très trouble, pointé dans plusieurs rapports des Nations unies, dans les guerres civiles qui ont ensanglanté le Liberia et la Sierra Leone. Si son soutien actif aux rebelles qui ont tenté en 2002 de renverser Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire n’est un mystère pour personne, la question d’une tacite approbation de Paris reste ouverte. En bon pompier pyromane qu’il fut, Compaoré a ensuite joué les faiseurs de paix chez son voisin. Puis il a armé les forces pro-Ouattara après l’élection contestée de 2010. «Cela nous a bien arrangé à l’époque», confie un responsable français. Les ex-rebelles ont finalement délogé Gbagbo de son palais-bunker, avec l’aide active de l’armée française, en avril 2011.

 

Depuis l’élection de Hollande, Paris a émis de discrets signaux pour inciter Compaoré à passer la main, pressentant les troubles à venir. Début octobre, le président français a adressé un courrier à son homologue burkinabé lui offrant son soutien à une éventuelle candidature à un poste international. Restée lettre morte, cette missive qui a «fuité» dans Jeune Afrique révèle a contrario une forme d’impuissance. «La présence militaire française accrue en Afrique est le cache-misère d’une politique en déshérence sur le continent», assène Antoine Glaser.

 

(1) Fayard, février 2014.

 

Thomas Hofnung

 

 

 

«En fait, le régime Compaoré était carrément satanique !»

 

MARIA MALAGARDIS LIBERATION 3 NOVEMBRE 2014 À 20:06

 

REPORTAGE

 

Dans la villa ensanglantée du frère de l’ex-président ou dans celle encore pimpante de sa sœur : scènes post-insurrection au Burkina Faso.

 

C’est un peu la petite maison des horreurs version burkinabée : des traces de sang sur les murs. Mais aussi des intestins, retrouvés on ne sait où et qui pourrissent sur la pelouse du jardin. Sans oublier l’odeur de macchabée qui, par endroits, s’impose au milieu de cette vaste demeure dévastée. Depuis le week-end dernier, la maison saccagée de François Compaoré, le frère du président déchu, est devenue la dernière attraction à Ouagadougou.

 

L’ambiance y est morbide, fascinante. Tout autour, la capitale semble pourtant avoir retrouvé un rythme de vie normal, ses grandes artères sont à nouveau envahies d’une armada de motocyclettes. Comme si, après les violences de dimanche, les Burkinabés avaient décidé de marquer une pause.

 

Ce lundi, les déclarations du nouvel homme fort du pays (du moins provisoirement) étaient pour la première fois rassurantes : certainement sous la pression de la communauté internationale, le lieutenant-colonel Isaac Zida a promis une transition «dans le respect de l’ordre constitutionnel» et même la désignation d’une personnalité consensuelle pour la mener à bien, et ce rapidement.

 

«Archéologues». Mais la page ne se tourne pas si vite. Et c’est avec une curiosité avide que la foule découvre l’antre de l’homme de l’ombre de l’ancien régime. Plus encore que Blaise Compaoré, son frère cadet était craint et haï. En prenant d’assaut sa villa vendredi, alors que François Compaoré s’enfuyait au Bénin, les manifestants sont allés de surprise en surprise. Aujourd’hui encore, on continue à sonder les trous creusés dans les murs, à fouiller dans le tapis de documents et papiers qui recouvrent les sols de toutes les pièces. Souvent avec un mouchoir sur le visage, pour éviter l’odeur de mort. Lundi, les «archéologues» des vestiges de l’ancien régime ont découvert un fétiche et une tête de bélier. Aussitôt jetés dans un trou d’égout devant la maison. Un groupe de curieux se penchent, sifflent d’un air désabusé, soudain indifférents aux jeunes gens qui les harcelaient pour leur vendre contre 500 francs CFA (moins de 1 euro) «le dossier complet» : des photocopies de documents retrouvés dans la maison, mais aussi des «photos souvenirs» trouvées par les premiers arrivants : on y voit un crâne et une femme penchée sur ce qui ressemble à un corps : «C’est la femme de François ! Sur cette photo, elle est en train de boire le sang d’un albinos !» s’exclame un jeune vendeur.

 

Aussitôt, l’attention est détournée ailleurs : à l’intérieur de la maison, quelqu’un vient de retrouver un nouveau document. Il le brandit. Un attroupement se forme : c’est une longue lettre tapée à la machine qui s’intitule «Conseils au capitaine Diendéré». Impossible de la lire dans le détail au milieu de cette foule excitée. Elle n’est pas datée. Mais s’agit-il de l’actuel colonel Diendéré ? Ce dernier était jusqu’à vendredi le patron de la sécurité présidentielle. D’ailleurs, il est toujours à Ouagadougou, lui. Et ne semble pas avoir perdu pour l’instant beaucoup de son pouvoir, même s’il ne s’expose pas.

 

Pampa. Au Burkina Faso, il y a la rue, qui s’enflamme régulièrement désormais. Et il y a les coulisses, où se nouent les tractations. D’ailleurs, ce n’est pas «portes ouvertes» partout. Pour s’en persuader, il suffit de se rendre à 35 km de la capitale, à Ziniaré, village natal de l’ex-président. On peut y visiter l’église, belle bâtisse en brique rouge, où a été baptisé Compaoré. Et, perdu dans la pampa, l’orphelinat parrainé par sa femme, Chantal. Pour le reste, c’est un bourg poussiéreux et misérable d’où émergent quelques bâtiments administratifs aussi neufs que déserts, devant lesquels paissent des troupeaux de zébus. «Blaise n’a rien fait à Ziniéré, il n’a rien construit», soupire Gaston Sedgho, un typographe au chômage, installé au marché devant un bol de dolo, sorte de sorgho fermenté.

 

Portraits. Pourtant, Blaise Compaoré a bien construit quelques belles maisons. A commencer par la sienne : elle se cache au bout d’une superbe allée encadrée de lampadaires bleu ciel, un peu à l’écart du village. Mais impossible de remonter l’avenue : sous une guérite, trois hommes en civil, peu amènes, bloquent toute tentative. Il y a aussi la maison de sa sœur Antoinette : magnifique villa rose, d’un goût un peu clinquant, au cœur du bourg. Sa famille est toujours là. Derrière l’immense portail, des hommes sont affalés sur de larges canapés sous l’auvent de l’entrée. Sur les fenêtres du rez-de-chaussée, il y a toujours de larges portraits de l’ex-président, accompagnés du slogan «la vision d’un Burkina émergent». On y accueille les visiteurs, on leur offre même une bouteille d’eau. Mais les commentaires sur la situation sont laconiques, sur la défensive. Et «madame Antoinette» restera invisible.

 

C’est à Ziniéré que s’étaient réfugiés ministres et députés jeudi. Tous sont partis et certains sont retournés à Ouagadougou, réfugiés dans l’enceinte surprotégée de l’immense camp de gendarmerie de Paspanga. Dans l’attente de quel dénouement ? Hors de portée en tout cas des commentaires des visiteurs de la maison de François Compaoré : «En fait, ce régime était satanique ! Le frère du Président pratiquait même la magie noire !» s’exclame un petit homme au visage recouvert de scarifications. Qui soupire : «Il a manipulé, il a tué. Mais Dieu n’est pas pressé, et là enfin c’est fini.»

 

Par Maria Malagardis Envoyée spéciale à Ouagadougou

 

 

 

(Blaise et son frère cadet François Compaoré)

Lu pour vous : Avec Blaise Compaoré, la France perd un allié de longue date, devenu encombrant.
Lu pour vous : Avec Blaise Compaoré, la France perd un allié de longue date, devenu encombrant.

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