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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 20:25

 

 

 

 

23/09/14 (Marianne)

 

A l'heure où notre pays a décidé d'intervenir en Irak, il existe d'autres théâtres d'opérations militaires françaises qui ont disparu des écrans radars médiatiques. C'est le cas notamment de la Centrafrique. Le pays n'est toujours pas stabilisée, les actes de brigandage viennent s'ajouter aux affrontements communautaires. Quant aux forces armées de maintien de la paix — notamment les troupes françaises — elles sont accusées de tous les maux.

 

Le 16 septembre dernier, après des cérémonies en grande pompe, la Centrafrique s’est réveillée avec une nouvelle force de maintien de la paix dans ses rues. Les soldats de la force africaine ont échangé leurs casques vert olive pour de beaux casques bleus de la force onusienne. La Minusca, 7 600 hommes envoyés notamment par le Pakistan, le Maroc et l’Indonésie, a pour mission de protéger les civils, organiser le désarmement, appuyer la transition et soutenir l’acheminement de l’aide humanitaire. Celle-ci peut compter sur le soutien sur place du contingent dirigé par l'Union européenne de l'EUFOR-RCA (750 hommes) et par les 2 000 soldats français de l'opération Sangaris (à ce jour aucune date de retrait n'a été annoncée). Plus de 10 000 hommes s'attellent donc désormais au maintien de la paix en République Centrafricaine.

 

Il faut dire que l'accord de cessez-le-feu signé à Brazzaville, en République du Congo, par la présidente de transition, madame Catherine Samba-Panza, n'a pas encore porté ses fruits. D’ailleurs, ce cessez-le-feu est contesté par le général Joseph Zoundeko, chef d’état-major de la Séléka (l'ex-rébellion majoritairement musulmane qui a pris le pouvoir en mars 2013 et l’a abandonné début 2014 sous les pressions internationales).

 

Certes, après les affrontements du 20 août dernier, dans le 3e arrondissement de la capitale, Bangui s’est considérablement apaisée. Les habitants des quartiers musulmans reviennent chez eux et le commerce a repris. Les étals du marché PK5, poumon économique de Bangui, sont de nouveaux remplis. Le camp de M’Poko, qui accueille des déplacés près de l'aéroport de Bangui, se vide progressivement. Il est passé de presque 100 000 personnes, au plus fort de la crise, à environ 20 000 âmes aujourd’hui. Pour les forces françaises et internationales, le rétablissement de la sécurité dans la capitale était une première étape nécessaire. Elles espèrent que le reste du pays suivra. Mais ce n’est pas encore gagné...

 

Une Centrafrique coupée en deux

 

Aujourd’hui, la RCA est coupée en deux. Les anti-balaka (milices d’autodéfense majoritairement chrétiennes) tiennent l’Ouest du pays et les Séléka contrôlent le Centre-Est de la RCA du Nord au Sud. Une ligne de front s’est naturellement tracée entre les communes de Batangafo (au Nord) et Mobaye (au Sud). Cette ligne est régulièrement la scène d'affrontements entre les forces de maintien de la paix, anti-balaka et Séléka. Encore au mois d’août, plusieurs combats ont eu lieu entre la Sangaris et les divers belligérants à Bossangoa et Batangafo.

 

Actuellement, une ville est au cœur des combats : Bambari. Cette cité comptait autrefois plus de 40 000 habitants. Elle est aujourd’hui désertée par les civils. Ils se sont réfugiés dans différents camps, autour d’églises telles que celle de la paroisse de Saint-Joseph ou dans la brousse. Coupée en deux, cette ville est le symbole même de la situation centrafricaine. Sur la rive Ouest, les anti-balaka. A l'Est, les Séléka. Entre les deux coulent les eaux troubles de la rivière Ouaka (10 corps suppliciés y auraient été retrouvés en juin) dont le vieux pont est contrôlé par la Sangaris.

 

Depuis trois semaines, à Bambari, la guerre intercommunautaire est même devenue intracommunautaire. Deux hauts gradés Séléka s’affrontent : le fameux chef de l’état-major de la Séléka, le général Zoundeko, d’une part et le général peuhl Jdarass d’autre part. D’après nos sources le général Zoundeko se serait même allié aux anti-balaka pour attaquer son « fraternel » adversaire Jdarass. Selon Lewis Mudge d’Human Rigths Watch, ces deux responsables Séléka « prétendent se battre pour des motifs politiques, mais il me semble plus certainement que ce soit pour contrôler les axes liés aux mines d’or ». En effet, la région de Ouaka compte plusieurs gisements d’or, notamment celui de Ndassima à seulement 67 km au Nord de Bambari. Les routes principales de la région passent par la cité. Contrôler ces axes, c’est contrôler la circulation des marchandises. Assorti d’un petit droit d’octroi, c’est une manne financière non négligeable pour des groupes armés et pour leurs chefs respectifs...

 

Insécurité partout ?

 

Pour l'heure, les anti-balaka comme les Séléka continuent d'être responsables d’un grand nombre d’exactions. Les milices tuent, pillent, violent et, désormais, contraignent les civils au travail forcé dans ces mines. En février, le long de la même route, les anti-balaka ont massacré 72 hommes et garçons à Guen (au Sud-Ouest de la RCA) et les Séléka ont tué 19 personnes dans un autre village. Même si les forces de maintien de la paix sont présentent dans les villes, elles ne parviennent pas à instaurer une paix durable dans les zones rurales. D'autant qu'en marge des combats, de nombreux groupes profitent du chaos pour s’adonner à des activités illicites telles que le racket ou le vol en prétendant appartenir à une milice. Le phénomène des coupeurs de route, par exemple, ces pilleurs de la route habillé en kaki ne fait que grandir. Le chef anti-balaka Patrick Edouard Ngaïssona a même reconnu qu’il lui est impossible de reconnaître « qui est un vrai et qui est un faux anti-balaka ».

 

A cette situation déjà terrible et complexe s'ajoutent des rumeurs d'exactions des troupes chargées du maintien de la paix sur place. Dans un rapport daté du 15 septembre 2014, Human Rights Watch constate que des soldats de l’Union africaine provenant de République démocratique du Congo ont été mis en cause dans la disparition et l’exécution possible d’une dizaine de civils à Boali et de tortures ayant entrainé la mort de deux chefs anti-balaka à Bossangoa. Lewis Mudge de l'ONG explique avoir lui-même assisté à des passages à tabac de civils par des soldats camerounais de la force africaine de la Misca. Ces soldats-là sont également accusés de violences sexuelles, selon des propos recueillis par RFI : « La nuit, les hommes de la Misca entrent dans les huttes pour avoir les filles. Elles sont obligées d'accepter : elles n'ont pas les moyens de subsister. » D’après Human Rights Watch, quelques cas auraient en effet été rapportés mais il n’existe aucun décompte précis à l’heure actuelle.

 

La France accusée de tous les maux

 

Aujourd’hui, ce n’est plus la seule Misca qui est pointée du doigt. La France aussi a droit à son lot d'accusations. Il est reproché à la force Sangaris de faire preuve de partialité dans les opérations de désarmement par les anti-balaka et les Séléka. Ces derniers, très bien armés selon Lewis Mudge « ont des Kalachnikovs, des armes automatiques de type AA-52, des mitrailleuses 50 mm et des grenades » et ils refusent de déposer les armes. Les anti-balakas sont tout aussi difficiles à désarmer malgré un équipement plus rudimentaire : quelques kalachnikovs, de vieux fusils de chasse mais surtout beaucoup de machettes.

 

Pacôme Pabandji, reporter centrafricain travaillant pour l'AFP (et récemment nommé pour le prix Rory Peck) explique que les rumeurs vont bon train : « Certains accusent les forces françaises de jouer aux pompiers pyromanes. Des musulmans et des non-musulmans qui ont subi des désarmements, m’ont expliqué que les forces françaises, quand elle voient deux armes, en prennent unes et en laissent une autre ». Plus grave, celui-ci ajoute que « certains groupes anti-balaka et Séléka affirment avoir reçu des armes des mains des forces françaises ». Mais Pacôme Pabandji coupe court expliquant n'avoir lui-même jamais vu de tels comportements. Pierre Bayle, porte-parole du ministère de la Défense, lui, nie même formellement : « Si l'on mettait ne serait-ce qu'un doigt dans ce jeu-là on se ferait manger le bras. Les militaires français refuseraient de faire ce genre de choses. Je n’y crois pas une seconde, c’est totalement invraisemblable. »

 

Le colonel Gilles Jaron, porte-parole de l’état-major des armées défend tout autant ses troupes. Selon lui, s'il y a des manifestations hostiles à la France, c'est que les forces françaises, très présentes sur le terrain, ont le don de gêner certains groupes armés et d’empêcher les trafics. Beaucoup des manifestations sont en effet encouragées pour ne pas dire organisées par des groupes armés comme la Séléka en mai dernier à Bambari. Le but est clair : ralentir les opérations de désarmement.

 

L’observateur d’Human Right Watch, lui, affirme néanmoins qu'aux premiers moments de l'intervention militaire à Bangui « les soldats de Sangaris ont d'abord désarmés les Séléka, du coup les anti-balaka en ont profité pour tuer beaucoup de gens, piller et détruire les quartiers musulmans » : « Ils étaient comme fous et les soldats français étaient complètement débordés. Ils ont essayé d’interdire la circulation des armes, mais les quartiers non-musulmans, beaucoup plus nombreux, étaient incontrôlables ».

 

Pour le Colonel Gilles Jaron, la réponse à de telles accusations est simple : « Si la France ne s’était pas engagée en Centrafrique en décembre qui sait ce qui se serait passé. L’engagement de la France a évité un génocide ». Et face aux critiques sur les opérations de désarmement, il poursuit, tout autant sans détour : « La France ne s’est jamais engagée à désarmer tout le pays, ni à régler définitivement les problèmes en RCA. Elle s’est engagée pour créer les conditions de l'engagement de la communauté internationale et naturellement faire baisser le niveau des tensions auxquelles était soumise la population civile ».

 

A la lumière de l’histoire nationale du pays, pacifier la Centrafrique apparaît aujourd’hui, il est vrai, bien utopique. En 54 années d’indépendance, cinq chefs d’Etat ont été successivement renversés, parfois avec l’aide de l’ancienne puissance coloniale. Le pays a subi plusieurs crises et une dizaine d’interventions internationales de pacification. A tout cela s’ajoute la menace d'un autre protagoniste : l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony dans le Sud-Est de la RCA, un groupe rebelle sanguinaire né en Ouganda à la fin des années 1980 et comptant dans ses rangs des enfants soldats.

 

Et comme une critique ne vient jamais seule, la France est aussi accusée d’être à l’origine de la crise centrafricaine actuelle car en 2012, face à la monté de la Séléka, le président centrafricain Bozizé avait demandé son aide de la France. François Hollande lui avait alors répondu : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique ». Trois mois plus tard, la Séléka s’emparait du pouvoir et un an plus tard la France finissait par envoyer, sous mandat de l’Onu, la force Sangaris. L’ex-président centrafricain a sa propre explication au « retard à l'allumage » français. Lors d'un discours prononcé en décembre 2013, lui dont la fiabilité est loin d'être à toute épreuve, déclarait : « Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré Total à Paris et leur ai dit de prendre le pétrole, rien. Alors j’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème ».

 

Finalement, Pierre Bayle résume assez bien le paradoxe des accusations portées contre la France. « D’un côté, on nous reproche d’être toujours présents, puis quand nous n'intervenons pas, de ne pas l’être ». Bref, accusée de tous les maux, la France ne pouvait qu'avoir tout faux. C'est le principe même d'un piège que de n'offrir aucune échappatoire...

 

Morgane Bona

 

http://www.marianne.net/La-France-dans-le-piege-centrafricai...

 

 

Lu pour vous : La France dans le piège centrafricain

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