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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 23:51

 

 

 

 

 

Par Laurent Correau RFI 15-09-2014 à 12:59

 

En Centrafrique, une Mission de maintien de la paix des Nations unies, la Minusca, prend ce lundi 15 septembre le relais de la Force africaine déployée depuis décembre, la Misca. Elle en reprendra même une bonne partie des effectifs. Les Banguissois, qui ont vu passer une dizaine de forces internationales pour tenter de stabiliser le pays, sont partagés entre l’envie de croire à l’intérêt de cette nouvelle mission et la lassitude après tant d’années d’intervention.

 

Bangui, quartier de Boy-Rabe. Une matinée tranquille dans cette partie de Bangui qui a été la cible de nombreux raids de la Seleka au début de la crise, et qui par la suite est devenue un fief des anti-balakas. Boy-Rabe, aujourd’hui, revit. La musique d’un petit kiosque est entrecoupée par les pétarades des moteurs deux roues et le grincement de vieux chariots.

 

Les forces internationales, ici, on connaît : Missab, Micopax, Bonuca… Une dizaine de missions se sont succédé pour essayer d’apporter la paix et la stabilité au pays. Beaucoup de sigles se sont effacés de la mémoire du pasteur Luc Camara, mais pas le goût amer de l’échec : « Ces interventions n’ont pas servi, estime-t-il, parce que la paix n’est pas encore revenue ! Jusqu’à présent, nous attendons des personnes qui écoutent le cri des Centrafricains ! Ceux qui ont précédé n’ont pas essuyé nos larmes… »

 

La presse centrafricaine se fait l’écho de cette lassitude face à une telle succession de déploiements. « Il n’est pas interdit d’émettre des doutes », écrivait Le Démocrate dans son édition du 12 septembre, remettant en question la capacité de la Minusca à faire plier « les esprits surchauffés qui n’ont rien à perdre en tentant le tout pour le tout ». « Ici à Bangui, indiquait le journal, l’omniprésence des forces internationales rassure. Dans les villes et localités des provinces, l’omnipotence des hommes armés inquiète ».

 

« Si nous nous réunissons, on va se débarrasser de cette crise »

 

Sur le bord de la route, à Boy-Rabe, les petits ateliers ont rouvert. L’atelier « Main dans la main » par exemple, un atelier de soudure où collaborent les habitants du quartier. Sous le toit de tôle, une radio laisse s’écouler la voix suave d’un latin lover des années 80. Un ouvrier répare une moto. Tout en gardant un œil sur les travaux, le responsable, Innocent Chrislain Nganawara, se dit persuadé que si ça n’a pas marché jusqu’ici, c’est parce que les Centrafricains n’y ont pas mis du leur : « Il y avait des divisions pour des raisons ethniques, des raisons de régionalisme, ce qui a fait que notre pays a succombé dans cette crise. Mais si nous nous réunissons et que nous nous mobilisons, que les gens viennent nous soutenir on va se débarrasser de cette crise ! »

 

D’autres habitants de Boy-Rabe se veulent optimistes, chacun avec leurs raisons. Un jeune fait remarquer que le mandat de la Minusca est plus fort que celui des autres missions… Un autre se dit encouragé par le fait que le déploiement touche aussi l’intérieur du pays. « On espère du coup, dit-il, que ça va mieux se passer cette fois-ci ».

 

Les autorités de transition, elles, ne cachent pas leur satisfaction de voir arriver la nouvelle force des Nations unies. Installé dans un salon de sa villa, le Premier ministre Mahamat Kamoun tient à saluer le travail déjà accompli par les soldats de la paix de l’Union africaine, arrivés au plus fort de la crise : « La Misca, explique-t-il à RFI, a fait un travail remarquable qui a permis de préparer le terrain à la Minusca. Celle-ci va partir sur de bonnes bases. A Bangui, il y a un calme relatif, les tueries ont cessé. Les populations peuvent vaquer à leurs occupations, même si ça n’est pas encore tout à fait librement ».

 

Le chef du gouvernement dit qu’il a cependant encore « des soucis » concernant la situation à l’intérieur du pays, des soucis liés aux agissements des ex-rebelles de la Seleka, au regroupement et au déplacement de bandes armées dans les zones de Bambari, Ndélé et Kaga-Bandoro. « Voilà (dit-il) le nouveau défi auquel sera confrontée la Minusca ».

 

Qu’en disent les groupes armés ? Comment voient-ils l’arrivée de cette force ? Les mouvances Seleka et anti-balaka sont très éclatées. Difficile de trouver un point de vue unique pour chacune d’elles. Du côté de la Seleka, en tout cas, le porte-parole, Habila Awal se dit vigilant, mais pas hostile par principe à la nouvelle force : « Catherine Samba-Panza et ses proches crient sur tous les toits que cette résolution a été votée sous le chapitre 7 de la charte des Nations unies, ce qui voudrait dire que les casques bleus vont nous demander de nous cantonner, et une fois qu’on aura refusé, ils vont utiliser la force pour nous désarmer. Si vraiment c’est l’option choisie, c’est sûr qu’on ne l’acceptera pas. Mais s’ils viennent et qu’ils acceptent de discuter avec tout le monde, alors il n’y a pas de problème ».

 

Chez les anti-balaka, l’un des conseillers politiques du mouvement, Alfred Le Grand Ngaya, insiste sur les actes concrets que la Minusca devra poser pour aller vers un désarmement des jeunes. Et notamment la nécessité de leur donner les moyens de survivre : « Par rapport aux actes isolés de vandalisme, de vol par ci, de braquage par-là, la solution c’est qu’on trouve des moyens pour les prendre en charge. S’ils pouvaient manger tous les jours, ce serait un grand pas… parce qu’on les réunit, on leur parle, ça ne suffit pas pour les dissuader de leur comportement. La tentation est grande pour un jeune qui n’a pas d’opportunités, qui ne mange pas… »

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