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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 14:42

 

 

 

 

 

 

11/07/14 (RFI)

 

Le Forum national de la société civile qui s’est réuni à Bangui du 20 au 22 juin a traduit un constat d’échec et d’impuissance en RCA. Le nettoyage ethnique qui s’est joué ces derniers mois à l’encontre des musulmans, la question de leur éventuel retour et les causes même des violences font l’objet d'un fort déni.

 

Une responsable d’ONG centrafricaine et un expert donnent leurs impressions, différentes.Un véritable baromètre du dialogue national entre les protagonistes du conflit, qui doit commencer le 21 juillet à Brazzaville, conformément à la feuille de route de l’Union africaine adoptée à Malabo. Une rencontré déjà très décriée en RCA.

 

Les motifs d’inquiétude ne manquent pas pour Béatrice Epaye, responsable de La voix du cœur, une ONG qui vient en aide aux enfants des rues. Ancienne ministre du Commerce et de l’Industrie dans le gouvernement déchu de François Bozizé, elle a présidé le Forum de la société civile à Bangui. Une réunion qui a rassemblé fin juin plus de 150 représentants d’associations centrafricaines, parmi lesquels quelques musulmans.

 

« Les recommandations des assises sont axées sur l'arrêt des violences, explique-t-elle avec prudence, mais aussi sur le retour de la sécurité, la réconciliation, la paix et la construction d'un avenir commun pour tous les Centrafricains. Les participants ont mis en exergue le fait que les Centrafricains n'ont pas d'autre choix que de vivre dans la cohésion et de manière harmonieuse dans un pays uni qui n'exclut aucun de ses enfants. Ils ont souhaité le retour au pays des compatriotes musulmans et peuls ».

 

Inquiétude de la communauté internationale

 

Si la volonté est là, les moyens d’agir restent limités, dans un contexte où les violences continuent. Béatrice Epaye était à Bossangoa, dans le nord du pays, peu avant la tenue de ce Forum. Sur le terrain, elle a noté que les exactions se poursuivent contre les civils, même s’il n’y a plus ni musulmans ni de rebelles de la Seleka dans la ville. Les milices anti-balaka, qui commencent à s’ennuyer, se livrent en effet à des actes de « justice populaire ».

 

L’inquiétude monte aussi du côté de la communauté internationale, lourdement impliquée – et critiquée – en Centrafrique, avec des forces militaires française (Sangaris, 2 000 hommes) et sous-régionale (Misca, 5 600 hommes), ainsi qu’une mission des Nations unies (Minusca, 12 000 hommes, en cours de déploiement d’ici septembre). Les pressions s’accentuent sur la présidente de transition, Catherine Samba-Panza, qui ne parvient pas à sortir le pays des violences et à engager un dialogue national.

 

En sommet à Malabo fin juin, l’Union africaine (UA) a fixé une feuille de route à la Centrafrique et insisté pour qu’un premier forum regroupant tous les protagonistes du conflit se tienne « prochainement » à Brazzaville. Seul problème : ce dialogue national est décrié à Bangui par la classe politique et la société civile, parce qu’il se tiendrait à l’étranger sous l’égide de puissances étrangères. Dans le fond, paraît-il trop tôt ou trop difficile de voir les chefs de la Seleka et des milices anti-balaka se serrer la main ? Ces hommes ont été nommément dénoncés le 10 juillet par Amnesty International dans un rapport qui appelle à mettre fin à l’impunité. Sur place, une logique de haine semble prévaloir, ainsi qu’un « profond déni » sur le nettoyage ethnique qui s’est produit ces derniers mois à l’encontre de la minorité musulmane (15 % de la population) chassée du pays.

 

« Avant tout un problème intérieur »

 

C’est ce qui a le plus frappé Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique pour l’ONG française Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire), qui a assisté au Forum à Bangui. Il en a rapporté des impressions mitigées : « Les problèmes de fond n’ont pas vraiment été abordés. Il n’y a eu de débat ni sur les questions religieuses, ni sur celles des réfugiés ou du retour des musulmans. »

 

Au contraire, il semble même à l’expert du CCFD que « la société civile a participé à un discours qui a fait croire à une agression extérieure, alors qu’il s’agit avant tout d’un problème intérieur ». Le plus frappant, pour ce responsable d’un programme de paix qui vise à renforcer la société civile au Tchad, au Cameroun, au Soudan et en Centrafrique, tient au « décalage entre la vision de la Centrafrique qu’on peut avoir depuis Paris et les perceptions sur le terrain. D’un côté, le pays est traversé par un conflit violent qui cible les communautés sur la base de leur foi ou de leur caractère supposé « d’étranger ». De l’autre, on considère à Bangui que cette description de la crise relève d’une invention médiatique ! »

 

Les lignes d’action pour l’avenir restent fragiles, puisqu’il n’est pas encore vraiment question de réconciliation nationale, pour la classe politique centrafricaine et même pour la société civile.« Un sentiment d’impuissance s’est dégagé de la réunion, face à la présence de nombreuses forces étrangères, avec l’impression que personne ne maîtrise la situation », note Bruno Angsthelm. Il faudra à l’avenir travailler sur les « préjugés », ce qu’un éminent religieux centrafricain appelait une « mentalité de terminus », conclut-il.

 

Victime de sa position géographique de pays enclavé, de son histoire d’ex-colonie française et de la négligence de ses propres élites, la Centrafrique reste aujourd’hui dans le ravin.

 

Sabine Cessou

 

http://www.rfi.fr/mfi/20140711-rca-forum-societe-civile-sort...

 

Comment sortir de la logique de haine en Centrafrique?

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