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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 13:22

 

 

 

 

 

10/07/14 (France24)

 

Bambari, dans le centre de la Centrafrique, a connu une flambée de violences sans précédent, lundi. Otages des affrontements répétés entre milices, des habitants réfugiés dans l’évêché de la ville, ont vécu l’enfer.

 

Ville sans remous majeurs durant la crise centrafricaine, Bambari est, depuis deux mois, le théâtre d’affrontements récurrents entre les groupes d’autodéfense ruraux anti-balaka et les ex-Selekas, milices rebelles majoritairement musulmanes. Ces violences ont poussé de très nombreux habitants à trouver refuge dans des lieux de culte. Hier, c’est la cathédrale Saint Joseph, où 12 000 personnes étaient présentes, qui a été attaquée.

 

Les raisons de l’attaque divergent. Certains affirment qu’elle aurait été déclenchée après qu’un "espion" a été identifié dans l’enceinte et torturé par des anti-balaka à proximité de la cathédrale. En représailles, des habitants musulmans de Bambari seraient venus attaquer l’évêché. Selon une autre version, l’attaque a été menée par des habitants armés, en représailles au meurtre de deux personnes dimanche, dans un quartier de Bambari.

 

Le père Edouard Mathos est évêque de Bambari. Il était dans l’enceinte de la cathédrale lors de l’attaque.

 

Vers 15 heures, alors que les réfugiés étaient, comme à leur habitude, dans la cour de la cathédrale en train de préparer à manger, on a entendu comme des coups de canon. D’un coup, des hommes armés de fusils et de grenades mais habillés en civil ont défoncé le portail et sont entrés dans l’évêché. Certains ont crié "on vous déclare la guerre" en rentrant dans l’enceinte. D’autres disaient que nous cachions ici des anti-balaka, ce qui est évidemment faux [les anti-balaka seraient positionnés aux abords de la cathédrale, NDLR].

 

Ça a créé un mouvement de panique invraisemblable, les gens essayaient de s’enfuir de tous les côtés. Ils ont tiré des coups de fusil et ont touché des hommes et des enfants. Ils n’ont eu aucune pitié : ils ont tout pillé, mis le feu à ma maison et tenté de forcer la porte de mon bureau qui se trouve dans la cathédrale. Nous avons immédiatement essayé de joindre la force Sangaris, mais ils ne sont arrivés que quatre heures après. [D’autres sources signalent la présence d’un hélicoptère de la force française au-dessus de l’évêché, avant l’attaque, NDLR]Les plus réactifs ont été des généraux de l’ex-Seleka, qui, contre toute attente, sont arrivés au bout de 30 minutes pour sécuriser la cathédrale. Cela me fait penser que ceux qui nous ont attaqués sont des éléments incontrôlés qui n’ont rien à voir avec la Séléka. [À Bambari, le commandement de la rébellion est divisé et les chefs ont des positions et des intérêts différents, ce qui pourrait expliquer cette intervention d’une partie de la Seleka pour sécuriser la zone. Mais pour la Misca, ainsi que selon des sources proches des forces françaises, il y avait bien des éléments des ex-Seleka parmi les assaillants, NDLR].

 

Le lendemain, mardi, j’ai fait un tour dans l’enceinte de l’évêché. Je n’avais plus de chaussures, car, même ça, ils me les avaient volé. Un peu partout, il y avait des corps sans vie, certains cadavres étaient calcinés. J’en ai compté 17 en tout [les sources hospitalières ont annoncé un bilan provisoire de 30 morts dans cette attaque et une quarantaine de blessés, NDLR]. Il y avait 12 000 personnes dans l’enceinte. Aujourd’hui, il n’y a quasiment plus personne, si ce n’est une quarantaine de civils, que je loge chez moi.

 

Fernando (pseudonyme) était lui aussi dans la cathédrale et a dû s’enfuir.

 

Ça faisait 10 jours que nous étions là, et depuis quelques jours, des rumeurs circulaient qu’une attaque pouvait avoir lieu pour attirer l’attention du ministre français de la Défense [Jean-Yves le Drian devait se rendre à Bambari ce mardi mais a finalement annulé sa visite à cause de la mauvaise météo. il a par ailleurs estimé que "les 150 à 180 soldats français avaient suffisamment de choses à gérer", NDLR]. Lorsque les assaillants sont entrés dans l’enceinte, on a rapidement compris qu’ils voulaient s’en prendre aux hommes, car ils laissaient femmes et enfants s’enfuir sans les arrêter. Avec des amis, nous avons récupéré des vêtements de femme, qui étaient aux objets trouvés de la cathédrale, on a mis des soutiens-gorge et on a couvert nos têtes pour s’enfuir en profitant de la cohue.

 

On s’est enfuit en brousse pendant plusieurs heures en attendant que les choses se calment. Il y avait là énormément de gens blessés qui avaient pris des balles perdues et se sont retrouvés sans soins. Beaucoup sont décédés et ont été inhumés dans la brousse. On est beaucoup à se demander pourquoi cette église, qui était une cible facile, n’était pas protégée par les forces internationales. Quand on a posé la question aux responsables de la mission des Nations unies de stabilisation de la Centrafrique (Minusca), ces derniers nous ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas sécuriser un lieu de culte chrétien, que ça serait jeter de l’huile sur le feu auprès des musulmans [contacté par FRANCE 24, un responsable de la Minusca à Bambari refuse tout commentaire mais confirme une "situation grave", NDLR].

 

Fuyant la cathédrale, de très nombreux habitants ont trouvé refuge dand le camp de la Misca, la force internationale sous conduite africaine qui accueillait déjà près de 5 000 personnes avant les violences de lundi. Bambari, considéré comme la "porte" vers la capitale Bangui, est un lieu stratégique. Depuis le mois de mai, les opérations de désarmement menés par les militaires français dans la ville sont régulièrement marqués par des affrontements avec des groupes armés, qui ont déjà fait plusieurs blessés dans les rangs français.

 

http://observers.france24.com/fr/content/20140709-attaque-ev...

Attaque sanglante de l’évêché de Bambari : "Pour fuir, on s’est déguisé en femmes"

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