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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 19:08

 

 

 

 

http://www.la-croix.com/  12/6/14 - 09 H 30

 

Sur la route venant de Yaoundé, environ 800 soldats français protègent les musulmans de la ville et sécurisent cet axe vital pour l’approvisionnement de Bangui

 

La poignée de main du colonel Damien Wallaert, le chef de corps dugroupement tactique interarmes (GTIA) Dragon, déployé à Bouar, dans l’ouest de la Centrafrique, est amicale. L’officier supérieur, seul habilité par sa hiérarchie à se présenter sous son vrai nom de famille, est arrivé dans cette ville clé de l’axe Bangui-Yaoundé (Cameroun) au début du mois de mars avec le 12 e cuirassé d’Olivet (Loiret), alors prépositionné au Tchad. 

 

Se retrouvent des éléments du 3 e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3 e RPIMa) de Carcassonne et du régiment de marche du Tchad (RMT) de Meyenheim. Bouar n’est pas une ville inconnue pour l’armée française. Jusqu’en 1998, elle abritait le camp Leclerc, alors pièce majeure du dispositif militaire français dans la sous-région, commandé un temps par le colonel Marcel Bigeard, après son départ de l’Algérie.

 

SÉCURISER LA ZONE

 

La mission du GTIA Dragon ? « D’abord, sécuriser la route qui relie le Cameroun à Bangui, seul axe de ravitaillement de la capitale centrafricaine. Nous escortons en moyenne 400 poids lourds par semaine, de Beloko à Boali (environ 500 km) où ils sont pris en charge par la Misca », répond le colonel dans son poste de commandement de Bouar.

 

S’il y a des barrages sur la route, les Français se saisissent des armes, affirme-t-il. Sa grande inquiétude ? La saison des pluies qui arrive : « Avant de rejoindre la route asphaltée, les camions doivent emprunter une piste de 60 km. Sous la pluie, elle va se transformer en vaste bourbier ! »

 

Autre mission du GTIA, sécuriser l’ouest de la Centrafrique. La tâche est plus complexe car la zone est quadrillée par divers groupes armés. Le chef de corps reste évasif sur leur identité. Il y aurait des anti-balaka, des Peuls et des « hommes armés ». Ces derniers seraient surtout responsables d’exactions dans le nord-ouest : comme l’attaque de l’hôpital tenu par Médecins sans frontières (MSF) à Boguila (16 tués), le 27 avril.

 

« DÈS QU’ILS NOUS ONT VUS, ILS ONT OUVERT LE FEU »

 

Pour neutraliser ces groupes, les Français tentent de verrouiller la frontière avec le Tchad, autour de Markounda. « Le 5 mai, nous avons reçu une information sur une colonne composée de 14 motos et deux pick-up provenant de Bemal. Nous avons voulu les intercepter, raconte l’un des adjoints de Damien Wallaert. Dès qu’ils nous ont vus, ils ont ouvert le feu, se sont divisés en sections de cinq combattants et ils ont essayé de nous déborder. Ils étaient environ une soixantaine, bien entraînés et bien armés. Les combats ont duré trois heures. Le pick-up qui leur servait de réserve de munitions a été détruit par un bombardement aérien. Ils ont profité de la nuit pour disparaître. »

 

Bilan de l’accrochage ? « De notre côté, zéro blessé ! Une chance ! » dit un officier. Les assaillants ? Devant l’officier presse de Sangaris, personne n’est capable de donner un bilan précis. En off, on parle volontiers d’une vingtaine de tués. L’adjoint du colonel précise : « De tous nos accrochages, ce fut le plus haut en intensité. » Et les autres engagements ? « Nous en comptons dix-huit. Cela peut aller de l’anti-balaka qui dégoupille une grenade devant nous et que nous neutralisons en ouvrant le feu à l’attaque du 5 mai, de plus grande envergure », répond-il.

 

LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE MENACÉE

 

À Bouar, l’armée française a fort à faire pour sécuriser la ville. Depuis le retrait de la Séléka, en janvier, la cité est entre les mains des anti-balaka, dont deux groupes se partagent la région, sans se porter de grande estime. Ici comme dans toute la Centrafrique, leurs premières cibles sont les musulmans, regroupés dans le quartier haoussa de la ville, autour et dans la mosquée, protégés jour et nuit par des soldats français. 

 

Selon le capitaine Jean-François, chargé de leur sécurité ce jour-là, la situation s’améliore pour ces musulmans : « Quand nous sommes arrivés, en mars, on entendait des coups de feu toutes les nuits. Depuis trois semaines, c’est fini. Les musulmans ne sont plus agressés par les anti-balaka. Et nous avons enrayé leur départ vers le Cameroun. »

 

Un tableau plutôt positif que nuance Amadou Hijo Ahadjo, l’un des responsables de la communauté musulmane de Bouar : « Sangaris nous protège des anti-balaka. Merci la France, merci Sangaris. Mais nous avons peur. On ne peut pas quitter notre quartier. Les anti-balaka sont dans toute la ville, ils nous menacent, nous volent, nous pillent. Ils ont tué au moins quatre musulmans à Bouar et une soixantaine dans la région. En janvier, avant le départ de la Séléka, nous étions 13 000 musulmans. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 1 300 à vivre reclus autour de la mosquée. »

 

Le préfet note aussi une amélioration du climat sécuritaire dans la ville, même si tout est volatil, surtout dans les zones rurales. Il est plus précis sur les groupes armés qui pullulent dans l’ouest : des anti-balaka, des Peuls, des ex-seleka, des combattants d’Abdoualye Miskine (1).

 

De son côté, le vicaire général du diocèse, l’abbé Mireck Gucwa, un prêtre polonais en Centrafrique depuis plus d’une vingtaine d’années, constate que l’on reparle d’insécurité dans la région, depuis peu. « Il y a de nombreux groupes qui s’infiltrent à nouveau. Ils se disputent le contrôle de l’or, de l’argent, des diamants et du bétail. Les anti-balaka n’échappent pas à la règle ».

 

FLOU AUTOUR DE LA MORT DE LA JEUNE JOURNALISTE CAMILLE LEPAGE

 

C’est dans cette zone que le corps de la jeune photographe française Camille Lepage a été retrouvé, le 11 mai. Les circonstances de sa disparition ne sont pas claires. À Bouar, on peut entendre deux versions. La première est que la jeune française aurait été tuée dans un accrochage avec des Peuls ou des Séléka. La seconde, qu’elle aurait été tuée par des anti-balaka hostiles au groupe qu’elle accompagnait ou par un groupe de voyous qui se font passer pour des anti-balaka.

 

De même, elle serait morte par balle, dit-on officiellement. D’un coup mortel porté à la tête, disent d’autres sources. Interrogé sur ce point, l’adjudant Yannick, le premier soldat à avoir découvert le corps de Camille, répond sous la surveillance étroite de l’officier de communication : « son corps gisait à l’arrière d’un pick-up. Il était recouvert d’un tissu. Je l’ai juste soulevé au niveau de son cou pour vérifier la couleur de la peau. J’ai constaté qu’il s’agissait d’une blanche et j’en ai rendu compte. » 

 

Interrogé sur ce que les anti-balaka qui transportaient la dépouille de Camille lui ont dit de la mort de la jeune femme, l’adjudant Yannick, répond mal à l’aise : « Je peux ajouter qu’elle n’avait pas de papiers sur elle ». On n’en saura pas plus.

 

À la grande prière de la mosquée de Bouar, le vendredi qui a suivi la découverte du corps de la jeune femme, les musulmans ont prié pour elle et pour sa famille, assure Amadou Hijo Ahadjo. Un geste répété par les catholiques à la cathédrale de Bouar, le dimanche suivant.

 

 

(1) Chef rebelle du Front démocratique du peuple centrafricain, FDCP, un temps allié à la Séléka, qui opère dans la région depuis sa base arrière du Cameroun.

 

En Centrafrique, l’armée française dans la ville de Bouar

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