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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 12:54

 

 

 

 

 

21/05/14 (Le Monde)

 

Seydou Dioulde est un musulman heureux. A Bangui, il est l'un des derniers. Sa petite boutique du quartier de Lakouanga ne désemplit pas. Ce commerçant sénégalais, installé en République centrafricaine depuis 1995, encaisse sans discontinuer, recharge les téléphones, mais, surtout, il est en sécurité.


« Grâce à Dieu et aux habitants d'ici », remercie-t-il. Alors que Bangui s'est lancé, en décembre 2013, dans une chasse aux musulmans qui a abouti à une épuration confessionnelle que les forces internationales ont été incapables d'arrêter, le quartier de Lakouanga a protégé ceux que les miliciens anti-balaka et les foules ivres de vengeance n'hésitaient pas à massacrer. Des jeunes se sont formés en groupes d'autodéfense. Du crépuscule à l'aube, ils veillent, équipés de sifflets, de torches et de mégaphones.

 

« Si l'on voit des personnes suspectes, nous faisons du bruit, alors les gens sortent pour bloquer le quartier et l'on appelle les soldats africains de la Misca pour qu'ils interviennent », raconte Julio, le chef d'un de ces groupes de patrouilleurs. « Aujourd'hui, le danger vient surtout de voleurs isolés », ajoute cet ancien coiffeur.

 

« AUCUN CHEVEU D'UN MUSULMAN N'EST TOMBÉ »

 

Pourquoi « aucun cheveu d'un musulman n'est tombé » à Lakouanga ? Malgré son haleine passablement alcoolisée, Martin Koyake, un fonctionnaire à la retraite, livre la raison de cette harmonie préservée. « Nous sommes reconnaissants ; quand l'ancien président Ange-Félix Patassé avait voulu raser ce quartier après une tentative de coup d'Etat, ce sont des soldats sénégalais – d'une précédente force internationale – qui nous avaient sauvés. En compensation, nous avons protégé nos frères musulmans. »

 

A peine deux kilomètres plus loin, le quartier de PK5 est devenu le dernier réduit d'une communauté islamique apeurée. « Environ 500 personnes viennent de revenir du Cameroun et du Nigeria où elles étaient parties se réfugier, mais au moins 80 % des 124 000 habitants de l'arrondissement ont fui », dit Amadou Rufaï, un conseiller du maire. Dans le reste de la ville, des écoles ont rouvert, les bancs de l'université sont à nouveau garnis et les marchés ont repris, mais le ghetto du PK5 demeure une prison à ciel ouvert.

 

Les enfants ne vont pas à l'école, les malades n'osent pas se rendre à l'hôpital et les morts sont enterrés dans les cours des maisons. A 15 heures, les rues de l'ancien poumon économique de la capitale se vident. « La nuit dernière, nous avons encore été attaqués alors que nous étions en train d'enterrer l'un des nôtres », raconte Ali, une sentinelle armée d'une kalachnikov au bout de la rue Baya-Doumbia.

 

Tout autour de lui, les maisons sont désertes, cassées, vidées, les portails semblent clos pour longtemps. Deux églises ont été incendiées. « Ce sont les anti-balaka qui ont fait ça », assure-t-il pour évacuer toute suspicion de représailles sur des critères religieux. La ligne de démarcation au-delà de laquelle un musulman ne peut pas s'aventurer est à moins de 500 mètres. Pour eux, sortir de cette enclave équivaut bien souvent à un aller simple pour la mort.

 

Dimanche 18 mai, deux d'entre eux ont encore été assassinés à quelques centaines de mètres du quartier. « Il a fallu calmer les jeunes, sinon ils allaient encore se venger sur des innocents », reconnaît Balla Dodo, le maire du troisième arrondissement, épuisé par cinq mois de crise. De petits gangs, dopés au Tramadol, un antalgique puissant, et au chanvre, mènent régulièrement des actions de représailles contre les quartiers voisins. En face, alors que de premières discussions commencent à s'engager entre représentants du PK5 et de certaines branches des anti-balaka, les crimes seraient commis désormais pour l'essentiel par des bandes de désoeuvrés qui profitent de la dissémination des armes.

 

CRAINTE D'UNE RADICALISATION RELIGIEUSE

 

La crainte d'une radicalisation religieuse, d'une infiltration de la secte nigériane Boko Haram, qui a déjà étendu ses actions au Cameroun, imprègne les esprits en RCA. « On a offert aux djihadistes toutes les raisons d'être là mais on a aucune preuve de leur présence », estime une source internationale. L'imam de la mosquée centrale de Bangui, Tidjani Moussa Naibi, dit ne pas souhaiter voir ses fidèles basculer dans l'extrémisme mais que « si cela venait à arriver, il faudrait poser la question : qui a provoqué ça ? ».

 

Aujourd'hui, les deux cibles de la colère des musulmans du PK5 sont les forces françaises de l'opération « Sangaris », accusées de faire le jeu des anti-balaka – la critique vaut dans l'autre sens –, et les autorités centrafricaines, suspectées de connivence avec ces milices et dénoncées pour leur manque d'initiative à engager un processus de réconciliation entre les communautés.

 

En RCA, acteurs politiques, diplomates et observateurs étrangers s'accordent à considérer que le fond du problème n'est pas religieux et que la crise sera résolue par des actes politiques. Mercredi matin, un remaniement du gouvernement, annoncé douze jours plus tôt, était encore attendu. Plus de cent jours après son élection comme présidente de transition, Catherine Samba-Panza ne bénéficie plus de l'état de grâce qui avait entouré son arrivée au pouvoir.

 

L'exécutif est accusé d'atonie, la chaîne de la justice n'a pas été rétablie et une ligne de démarcation s'est installée. De facto, le pays est coupé en deux.

 

Par Cyril Bensimon

 

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/05/21/les-d...

Lu pour vous : Les derniers musulmans de Bangui assiégés dans leur quartier

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