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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 14:08

 

 

 

Derniers hommages à Camille Lepage en Centrafrique

 

(RFI 15/05/14)

 

Le corps de Camille Lepage doit quitter la Centrafrique ce jeudi 15 mai dans l’après-midi, pour arriver vendredi matin en France. Ceux qui veulent lui rendre un dernier hommage pourront s’incliner dans la matinée devant son cercueil au camp Mpoko. Pour les journalistes ce nouveau drame rappelle la difficulté de travailler en Centrafrique.

 

Ce sera le dernier hommage de ceux qui l’ont connue ou qui ont travaillé avec elle en Centrafrique. L’ambassade de France a annoncé qu’une chapelle ardente serait ouverte aujourd’hui dans la matinée de 9h30 à 10h30 au camp Mpoko, la base de la force Sangaris à Bangui. Puis le corps de Camille Lepage s’envolera vers la France aux environs de 16h00, à bord d’un vol cargo.

 

Après avoir passé la nuit dans la localité de Bouar, la dépouille mortelle de notre consoeur est arrivée mercredi matin dans la capitale centrafricaine, transportée par un avion Casa de l’armée française. Elle a été accueillie sur la piste du camp par le commandant de la force Sangaris, l’ambassadeur de France, Charles Malinas, et la ministre centrafricaine de la Communication, Antoinette Montaigne. Puis il a été déposé sous l’une des tentes de l’infirmerie du camp pour des expertises destinées à établir l’acte de décès.

 

L’enquête, par ailleurs, a commencé en Centrafrique avec l’audition des dix miliciens anti-balaka qui transportaient le corps de Camille dans leur pick-up. Arrêtés dans les environs de Bouar, ces miliciens ont été transférés sur Bangui. Selon la force africaine Misca qui procède à leur interrogatoire avec des gendarmes français, les miliciens doivent à nouveau être entendus aujourd’hui.

 

Série noire pour les journalistes

 

La mort de Camille Lepage marque une série noire pour les journalistes en Centrafrique. Après deux journalistes centrafricains, Désiré Sayenga et René Padou, c'est donc une jeune journaliste étrangère qui a été victime de l'insécurité en RCA, dans l'exercice de son métier.

 

À la Maison de la presse, qui sert de lieu de rencontre et de siège social pour différentes organisations de journalistes, il n'y avait pas foule mercredi en début d'après-midi. Peu de monde et d'une humeur sombre. Eddie Stéphane Douali travaille au quotidien Le Citoyen. Camille, dit-il, fait partie de ceux qui ont permis au monde d’ouvrir les yeux sur son pays. « Je me sens vraiment touché, très touché par le décès de cette consoeur, témoigne-t-il. Elle ne méritait pas ça. C’est grâce au travail des journalistes que la communauté internationale a pu se rendre compte de la gravité de cette crise. »

 

C'est tout simplement inhumain...

 

Des journalistes fragiles face aux hommes armés

 

Pour Cyrus Emmanuel Sandy, président du Groupement des éditeurs de la presse privée (Geppic), la mort de Camille Lepage vient rappeler à quel point les journalistes centrafricains eux-mêmes peuvent être fragiles face aux hommes armés. « À l’intérieur du pays, explique-t-il, un journaliste ne peut pas écrire ce qu’il veut, uniquement parce que le simple fait de dire la vérité va gêner ceux qui agissent mal. Qu’il s’agisse des ex-Seleka ou des anti-balaka. Et du coup, le risque d’être ciblé, d’être assassiné, est réel.»

 

Hier mercredi, le Geppic a publié un communiqué dans lequel il condamne l’assassinat de Camille Lepage, et appelle les forces internationales à accélérer le désarmement des groupes en Centrafrique.

 

http://www.rfi.fr/afrique/20140515-derniers-hommages-camille...

 

 

 

 

(Le Nouvel Observateur 15/05/14

 

Depuis le début de l'année, la violence s'est diffusée de Bangui, la capitale, dans le reste du pays et notamment à l'ouest, où la photojournaliste a été tuée. "En route avec les anti-balaka pour Amada Gaza, à environ 120 km de Berberati, nous sommes partis à 3h30 pour éviter les checkpoints de la Misca et cela nous a pris 8 heures en moto car il n'y a pas de route convenable pour atteindre le village. Dans la région d'Amada Gaza, 150 personnes ont été tuées par les Seleka entre mars et aujourd'hui. Une autre attaque a eu lieu dimanche tuant 6 personnes, le colonel Rock des anti-balaka a décidé d'envoyer ses éléments là-bas pour patrouiller et récupérer les personnes qui ont fui dans la brousse et les ramener chez elles en toute sécurité."

 

Ces quelques phrases accompagnent une photo publiée sur le compte Instagram de Camille Lepage quelques jours seulement avant que la photojournaliste ne soit tuée dans une embuscade. Elle était l'une des rares journalistes étrangères à pouvoir raconter ce qui se passe en ce moment dans l'Ouest de la Centrafrique.

 

L'Ouest tenu par les anti-balaka

 

Depuis le début de l'année, la violence s'est diffusée de Bangui, la capitale, vers le reste du pays et notamment dans le nord-ouest. Camille Lepage, lors de son voyage dans l'Ouest, a traversé de nombreuses villes, comme Bania, désormais contrôlées par les anti-balaka. Ces milices majoritairement chrétiennes se sont constituées il y a un an pour se défendre, à l'origine, contre les exactions des anciens combattants de la Seleka, majoritairement musulmans.

 

Dans cette région, des exodes massifs de musulmans ont eu lieu en début d'année, les populations fuyant les anti-balaka qui voyaient en eux des soutiens aux ex-Seleka et les prenaient pour cibles. Cette situation, qu'Amnesty a décrit en février comme le résultat d'un "nettoyage ethnique de civils musulmans", n'empêche pas les anciens Seleka, parfois accompagnés de Peuls aussi pris pour cibles par les anti-balaka, de faire des incursions et de tendre des embuscades. Camille Lepage a été victime de l'une d'elles.

 

Il y a deux jours, à Gallo, un village situé sur l'axe Bouar-Garoua-Boulaï, en direction du Cameroun, à 50 km au sud de la ville de Bouar (450 km de Bangui), pendant plus d'une demi-heure, la journaliste s'est trouvée au centre d'affrontements opposant les anti-balaka qu'elle accompagnait et des anciens Séléka, ainsi que de Peuls armés. 11 morts. Une source à la gendarmerie de Bouar a souligné à l'AFP que les anti-balaka basés à Bouar et à Cantonnier à la frontière avec le Cameroun, effectuaient des patrouilles sur ce tronçon, et ont eu à plusieurs reprises des accrochages meurtriers avec des ex-Seleka.

 

Une zone tendue

 

La région dans laquelle se trouvait Camille Lepage est particulièrement sous tension depuis plusieurs semaines. Dans cette zone, plus au nord par rapport au lieu où a été tuée la jeune femme, des combats ont opposé la semaine dernière un détachement de la force française Sangaris à une colonne lourdement armée qui l'a attaquée et dont plusieurs membres ont été tués. Les affrontements ont eu lieu à hauteur de Boguila entre Bossangoa et Paoua, près de la frontière tchadienne et ont duré trois heures.

 

Face à des rebelles équipés de motos et de pick-up, les soldats français ont eu recours à des mortiers, des missiles anti-chars. Des avions de chasse français venus de N'Djamema ont également dû être déployés en soutien. Fin avril, toujours dans la même région une attaque d'un centre de soins de l'ONG Médecins sans frontières a fait 22 morts. Plusieurs villages, comme dans les environs de Markounda et près de Paoua, ont subi des attaques meurtrières ces dernières semaines.

 

Ces attaques sont, la plupart du temps, attribuées à l'ancienne rébellion Séléka et à des Peuls armés. Chassés de Bangui, livrés à eux-mêmes, ils sont désormais régulièrement accusés de graves exactions en province.

 

Les forces africaines Misca et française Sangaris ne sont pas déployées dans ces zones. MSF a critiqué le manque de réactivité et de prise de position du gouvernement de transition et de la présidente Catherine Samba Panza.


Impossible cohabitation

 

Longtemps attentistes, c'est désormais en témoins impuissants que la France, la communauté internationale dans son ensemble, les ONG et les Centrafricains regardent le pays s'effondrer depuis la prise de pouvoir de la rébellion Seleka en mars 2013, renversée en janvier 2014. Comme nombre de ses confrères et ONG, Camille Lepage travaillait pour ce qu'elle appelait l'une de ces "tragédies humaines" "gardées sous silence".

 

Le pays, marqué par un immobilisme politique endémique, qui a connu depuis son indépendance en 1960 de nombreuses rébellions et coups d'Etat, n'avait jamais atteint un tel niveau de violences entre les populations, et surtout pas sur une base confessionnelle. Sur tout le territoire, la rupture est consommée, le sentiment de haine prédomine et l'incapacité à vivre ensemble s'est propagée. Certains évoquent la partition du pays entre un nord plutôt musulman et le reste du pays. Comment en est-on arrivé là ?

 

Djotodia fait basculer le pays dans le chaos

 

En décembre 2012, les rebelles de la Seleka s'étaient arrêtés aux portes de la capitale, Bangui. Comme une répétition générale du vrai coup d'Etat du 24 mars 2013 sous les yeux des Français, principales forces étrangères présentes dans le pays, et des pays voisins, le Tchad en tête. Ce jour-là, en moins de deux jours, François Bozizé est renversé, dix ans jour pour jour après sa propre prise de pouvoir dans des circonstances comparables, et Michel Djotodia est proclamé président de transition. La Seleka devient alors la colonne vertébrale temporaire du pouvoir.

 

Avec des intérêts pas toujours convergents, les rebelles se dispatchent en plusieurs groupes armés, des seigneurs de guerre font régner la terreur, notamment en attaquant ceux qu'ils considèrent comme encore liés au pouvoir de François Bozizé de confession chrétienne comme la majorité des habitants du pays. Ces violences provoquent en réaction la création des milices d'auto-défense, les anti-balaka (anti-machette en langue sango), majoritairement chrétiens et qui prennent pour cible les familles musulmanes.

 

La spirale de la violence est enclenchée, l'instabilité gagne du terrain, la sécurité n'est plus du tout assurée, ce qui restait de l'Etat s'effondre, des milliers de personnes fuient leurs maisons, leurs villages, leur pays, la moitié de la population a besoin d'assistance humanitaire et le ressentiment religieux fait son entrée.

 

La Misca (force de maintien de la paix chapeautée par l'Union africaine présente depuis 2008) est impuissante, comme souvent pour enrayer les violences, les ONG alertent et en France on commence sérieusement (enfin?) à s'inquiéter de la situation dans l'ancienne colonie. Après, le "cri d'alarme", de François Hollande à l'Assemblée générale des Nations unies, la France, qui évoque une situation "pré-génocidaire" décide d'intervenir le 5 novembre en "soutien" aux forces africaines dépassées.


Violence sans limite

 

Sur le terrain, les Français trouvent une situation beaucoup plus préoccupante que prévue. La veille de leur intervention, des massacres d'ampleur ont lieu à Bangui par les anti-balaka contre les populations musulmanes. Les missions que s'est donné Paris, surtout à Bangui, ne résolvent pas la situation, et d'une certaine manière la déstabilise encore plus.

 

Dans un premier temps, il est question de désarmer les membres de l'ancienne rébellion Seleka et de la cantonner. Ce faisant, les populations musulmanes se retrouvent sans autorité pouvant les protéger des actions des anti-balaka, qui poursuivent les représailles. La violence est sans limite dans les deux camps. C'est l'exode massif pour des milliers de civils musulmans, minoritaires dans le pays.

 

Le réveil tardif de la France et de la communauté internationale n'a pas permis de juguler l'hémorragie. Sept mois que les troupes françaises sont en Centrafrique et l'heure n'est pas encore au bilan.

 

Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/centrafrique/20140514.OBS7076...

Lu pour vous : Centrafrique: Camille Lepage, victime d'"une tragédie gardée sous silence"

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