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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 11:02

 

 

 

 

 

RFI  08/04/14

 

La ville de Boda, à 180 kilomètres au sud-ouest de Bangui, vit déchirée entre communautés chrétienne et musulmane. Le quartier musulman est encerclé par les anti-balaka qui réclament le départ de ses habitants. La haine et à son comble et les deux communautés nourrissent les fantasmes, la haine et la peur.

 

A Boda, les propos sont radicaux et les peurs réelles. Dans le quartier musulman, certains n’osent pas acheter de manioc aux chrétiens de peur d’un empoisonnement. Et les fantasmes prennent parfois le pas sur la réalité. « On n’achète pas, parce que les anti-balaka mettent du poison dedans. L’autre jour, presque dix enfants sont morts », raconte un habitant. En réalité les anti-balaka empêchent les chrétiens de commercer avec les musulmans. « Ils ont interdit le manioc aux musulmans. Si on en vend aux musulmans, ils viennent prendre l’argent et nous tabasser », témoigne un commerçant.

 

Dans la communauté chrétienne, la haine contre les musulmans prend souvent le masque d’une jalousie qui ne dit pas son nom. Et les plus radicaux sont aujourd’hui prêts à affamer les musulmans pour qu’ils partent. « Qu’ils décident eux-mêmes de partir, parce que s’ils restent, nous avons toutes les possibilités », prévient un homme.

 

Des deux côtés, on se renvoie la responsabilité du déclenchement des affrontements de la fin janvier. Qui a tiré le premier ? Chacun a sa version. Ce qui est certain, c’est que l’aventurisme de la Seleka a déchiré un tissu social élimé par plusieurs décennies de mauvaise gouvernance et de misère sociale.

 

La revanche des laissés-pour-compte

 

Derrière les clivages entre chrétiens et musulmans, on entraperçoit ainsi une véritable lutte entre riches et pauvres. Mahamat Adoum pesait autrefois 600 millions de francs CFA par mois. Ce négociant en diamants, taillé comme un roc, est la plus grosse fortune de Boda. Il vit aujourd’hui reclus dans le quartier musulman de la ville, encerclé d’anti-balaka. Pour lui, cette guerre entre chrétiens et musulman est une pure invention de la part de ceux qui veulent s’approprier les affaires de la communauté musulmane. « C’est de la jalousie », affirme-t-il.

 

« Les musulmans vivent de notre ressource minière. Mais les Centrafricains sont aussi capables de gérer ça », assure un jeune homme qui se pose en porte-parole de la jeunesse chrétienne de Boda. Pour lui, les chrétiens doivent désormais remplacer les musulmans dans le domaine des affaires. « Les chantiers appartiennent aux autochtones, pas aux musulmans. On n’a jamais vu un musulman ou un Tchadien creuser un trou pour chercher les diamants. Mais le problème est qu’ils ont monopolisé ce commerce il y a longtemps », dénonce-t-il.

 

Si l’affrontement entre chrétiens et musulmans a plusieurs causes, la volonté de revanche sociale des laissés-pour-compte est sans doute l’une des motivations les plus puissantes.

 

http://www.rfi.fr/afrique/20140408-rca-boda-une-ville-minee-...

 

 

 

 

Centrafrique: 14.000 musulmans piégés dans "Boda la belle"

 

BODA, 8 avril 2014 (AFP) - Dans une grange surchauffée de soleil, de profonds regards noirs sur des visages émaciés semblent ne plus tenir compte du temps qui passe. Ces Peuls centrafricains de Boda, encerclés par les miliciens anti-balaka, affamés, malades, ne savent pas quand, ni comment, ils pourront échapper au piège infernal.

 

"Je souffre beaucoup. Pas de maison, pas de manger. Les anti-balaka tuent les gens, beaucoup. J'ai perdu beaucoup de choses, même les boeufs, j'en avais 800". Saïfou dans son mauvais français raconte la désespérance des déplacés venus de Danga, un village à 25 km de Boda (100 km à l'ouest de Bangui), dans le sud-ouest forestier de la Centrafrique, pour fuir les violences des milices anti-balaka.

 

Quelques jours à peine après leur arrivée dans Boda, cette grande famille de 90 Peuls s'est retrouvée piégée dans les combats entre musulmans et chrétiens qui ont embrasé la ville minière.

 

Le 29 janvier, au lendemain de la fuite des ex-rebelles Séléka menacés par les anti-balaka, "Boda la belle" a basculé dans l'horreur.

 

En une semaine, il y eut plus de cent tués, des combats fratricides entre anciens amis des deux confessions, seulement arrêtés par l'arrivée d'un détachement de la force française Sangaris, le 5 février.

 

Depuis, 14.000 musulmans, natifs de Boda pour la plupart, sont encerclés par les anti-balaka, sans issue de sortie, sans ravitaillement. Auxquels s'ajoutent environ deux cent peuls déplacés.

 

Dans la grange, une femme, bébé dans les bras, soulève sa chemise, presse son sein dont ne sort pas de lait pour expliquer la dénutrition de son enfant. Khadidja Labi, huit enfants, sa mère malade au visage mortuaire, immobile sur sa natte, n'a plus rien.

 

Elle n'a pas réussi à se faire enregistrer pour une distribution de nourriture du PAM (Programme alimentaire mondial) qui commence au matin. La dernière remonte à quatre semaines, un laps de temps bien suffisant pour saper les organismes, développer malaria, gale, diarrhées. Et mourir pour les plus faibles, ceux qui avancent sur leurs jambes tremblantes mais tiennent encore à saluer les visiteurs.

 

Karim, chemise aux couleurs vives, revient de la distribution, mécontent. "Le PAM ne nous donne pas de sucre, pas de miel, pas de fagots, seulement du riz, du maïs. Nous, c'est le manioc qu'on aime".

 

"Les chrétiens ont voulu nous tuer pour récupérer nos biens. On ne peut même pas aller à la mosquée de notre quartier".

 

Karim est un natif de Boda qui "veut rester ici". Il exprime toute la colère des musulmans aux maisons et commerces détruits, pillés, confinés dans le centre, traversé par une seule et longue rue de terre rouge bordée de petits étals sans presque rien à vendre.

 

Cette rue est le seul territoire des musulmans, reclus dans ce 5ème arrondissement, comme dans un western pétri d'une atmosphère de peur et de violences.

 

- Les musulmans "doivent quitter" -

 

Car les musulmans ne peuvent franchir, sous peine de se faire tuer, les petits ponts en bois qui enjambent trois canaux aux eaux sales.

 

Après les ponts, un no man's land de maisons incendiées, musulmanes, chrétiennes. Tous les petits commerces qui devaient bien agrémenter la vie de "Boda la belle", un surnom mérité si l'on s'en tient à la beauté majestueuse de ses arbres séculaires, en pleine forêt équatoriale.

 

En surplomb, face à la longue rue, tenant sous leurs mitrailleuses le no man's land, une centaine de soldats français font respecter ces "frontières" entre communautés. Trois blindés stationnent sur la place en terre de l'hôtel de ville.

 

A droite, monte une rue défoncée vers l'église et les quartiers chrétiens. Ici, vivent 9.000 déplacés. Un petit marché, des cuisines à ciel ouvert, de la musique, l'atmosphère y est moins désespérée. La brousse est ouverte pour le ravitaillement en fruits, légumes, viande.

 

"Nous voulons que les musulmans quittent, du moment qu'ils nous ont présenté leur côté méchant", dit Miguez Wilikondi, "président" de la jeunesse de Boda, en charge des déplacés. Il affirme que les chrétiens ont été sauvés par des anti-balaka venus de Pama, à 200 km: "grâce à eux, nous sommes en vie".

 

"Les familles mixtes peuvent rester, mais les Tchadiens, Soudanais, Camerounais, Peuls doivent partir".

 

Plus bas, dans l'enclave musulmane, Mahamat "alias Boni", chrétien converti à l'islam, mineur de diamants, infirmier secouriste, 13 enfants, clame: "heureusement que nous avons un puits d'eau potable, sinon nous serions morts".

 

Verre de thé à la main, bourdonnant d'abeilles, il poursuit "J'ai vraiment l'espoir de sortir, de quitter. Si Sangaris ou la Misca (force africaine) m'accompagne, je pars ailleurs mais je reste dans le pays. En tout cas, Dieu protège François Hollande avec ses Sangaris".

 

RCA: Boda, une ville minée par les fantasmes et les rivalités

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