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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 02:02

 

 

 

 

Par Raphaelle Elkrief le 09 avril 2014 à 14h39 http://www.grazia.fr/ 

 

AFFICHER SAUVAGEMENT DES CLICHÉS RAPPORTÉS DE LA GUERRE QUI SECOUE LE PAYS : C'EST LA MÉTHODE CHOISIE PAR LE PHOTOJOURNALISTE PIERRE TERDJMAN. GRAZIA L'A SUIVI LE 19 MARS. BIDON DE COLLE À LA MAIN.

 

La scène semble réelle. Comme intégrée au paysage. Un homme armé d’une machette en poursuit un autre, comme tout droit sortis de ce mur du boulevard Beaumarchais, à Paris, où un immense cliché a été collé. Sauf que cette scène en noir et blanc se joue à plus de 5 000 km, à Bangui, la capitale centrafricaine. Une photo parmi tant d’autres immortalisées par le photojournaliste Pierre Terdjman, 34 ans, en décembre et janvier dernier. Il était l’un des premiers reporters français sur les lieux, quand le pays s’enfonçait dans un conflit intercommunautaire meurtrier, entraînant depuis le déplacement d’un million de personnes, et une crise humanitaire de très grande ampleur.

 

Près de deux mois plus tard, de retour en France, le photographe décide d’afficher ses clichés en 4 par 3 dans les rues de Paris. Légendées à la main et signées d’un nom de code : #dysturb. "J’ai des centaines de photos archivées dans mon ordinateur, raconte-t-il. Je ne voulais pas qu’elles y restent. J’ai eu envie de les utiliser pour faire réfléchir les gens quand ils rentrent chez eux le soir, ou qu’ils se promènent dans la rue." Face à cette mise en scène troublante, il y a ceux qui marquent un temps d’arrêt, s’interrogent longuement, avant de poursuivre leur chemin. D’autres qui n’y jettent qu’un œil furtif, fonçant tête baissée. Comme ils zapperaient le journal de 20 heures. "L’idée, c’est que les gens se prennent au visage cette réalité qu’ils refusent de regarder en face. Ces milliers de morts dont tout le monde se fout", explique le photographe.

 

Une préparation quasi-militaire

 

Retour en arrière. Il est environ 21 h, le 19 mars, et Pierre Terdjman est agenouillé sur d’immenses pans de feuilles étalées au milieu de son salon. L’affichage est sauvage, mais la préparation quasi-militaire. Colle. Bidons d’eau. Pinceaux. 22 h 30, départ avec ses confrères et amis venus lui filer un coup de main. La rue qu’il a choisie, juste derrière Bastille, est encore animée. Peut-être un peu tôt pour passer à l’acte. Regard à gauche, à droite. Dix minutes plus tard, la photo d’un garde sur un pick-up, un bazooka à la main, assurant la sécurité d’un enterrement musulman, trône sur l’immense mur de béton. "J’offre de l’information gratuitement. C’est une forme de service public", ironise-t-il en grimpant sur une poubelle, sa chemise tâchée de colle.

 

Minuit et demi. Le quatrième cliché vient juste d’être affiché au pied d’un immeuble haussmannien. Au premier étage, un curieux ouvre sa fenêtre. "Vous les avez pris où vos images ? Centrafrique ? C’est super, on est contents de pouvoir voir ces photos. C’est du très beau boulot." 2 h du matin. Le happening touche à sa fin. Huit immenses clichés racontant l’histoire du conflit centrafricain ont été accrochés dans Paris. Celui de cette musulmane, réfugiée dans une église pour échapper à des chrétiens qui la poursuivaient. Ou d’un jeune homme blessé, agonisant sur le sol d’un hôpital de Bangui, en attendant désespérément des soins. "C’était aux premières heures du combat, se souvient Pierre, quand les milices des antibalakas ont voulu prendre la capitale." Dès le lendemain matin, il ira revoir son travail au grand jour. Guetter la réaction des passants. Avant de réinvestir la rue une prochaine nuit. Exposer cette fois-ci ses photos d’Irak, d’Afghanistan, d’Haïti et de Tunis.

QUAND LA CENTRAFRIQUE S'EXPOSE AU COEUR DE PARIS

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