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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 11:17

 

 

 

 

 

 

Après des décennies de pilotage à vue dues à des gestions du pouvoir hasardeuses parfois chaotiques, la République centrafricaine a rendez-vous avec son histoire et son destin. C’est dire qu’elle se trouve plus que jamais, aujourd’hui, à la croisée des chemins.

 

Sa population est suspendue en permanence à la décision de ses dirigeants. Dans cette optique, deux alternatives implacables s’imposent pour trouver une issue durable à la grave crise qui secoue depuis bientôt deux ans la RCA. Soit choisir de se satisfaire du statu quo ante, position peu avantageuse lorsque l’on sait que le pays poursuit sa descente aux enfers malgré l’investissement et la bonne volonté de la communauté internationale (I), soit choisir de se sortir de cette crise qui devient, chaque jour un peu plus, endémique par le haut (II).

 

Choisir la voie du salut suppose toutefois un acte de courage et une méthode cohérente qui ressortissent à la dimension d’un homme ou d’une femme d’Etat.

 

I.Le choix de la politique du statu quo ante : une position à rapidement dépasser

 

C’est le fait de choisir de ne rien faire ou d’assurer le service minimum sans rapport avec les véritables enjeux. Autrement dit, faire la politique des petits pas. C’est un choix peu avantageux pour le pays et, par conséquent, n’a pour l’instant produit aucun résultat satisfaisant. Or, le peuple a besoin de boussole, d’orientation, de cap politiques clairs pour espérer voir des lendemains meilleurs.

 

La RCA ne peut plus se permettre le luxe de louvoyer, de tergiverser. Trop de sang a coulé. Pratiquement, chaque jour, malheureusement, le pays enregistre sa comptabilité macabre. Nos compatriotes majoritairement de confession musulmane sont continûment pourchassés, harcelés, menacés de mort et contraints d’accepter les opérations de relocalisation, payant ainsi quasiment le même lourd tribut que les populations à majorité chrétienne et animiste soumise aux exactions de toutes sortes à l’époque du régime sélékiste. Ce, sans qu’aucune mesure de sûreté  ne soit prise pour assurer leur intégrité physique. La vie humaine n’a pas de prix. Cela ne peut plus durer.

 

Le peuple veut voir dégager une politique volontariste de sortie de crise et non se contenter de replâtrage, un cautère sur une jambe de bois. Nous osons cette affirmation péremptoire car, plus de 3 mois après la mise en place du gouvernement de transition, l’on n’a toujours pas une vision claire des réformes nécessaires à la hauteur des nombreux défis. Le peuple et la communauté internationale, qui nous vient en aide s’impatientent.

 

Nous sommes pressés- c’est un euphémisme de bon aloi- de voir naître une stratégie globale de stabilisation et de règlement définitif de cette crise multiforme et multidimensionnelle. Avec nous, la communauté internationale, qui est venue à notre chevet, a également hâte d’entrevoir rapidement une issue favorable et durable de cette crise. N’oublions pas qu’elle ne restera pas indéfiniment à nos côtés. Sachons raison garder prendre les taureaux par les cornes. Le temps nous est compté.

 

Le monde nous regarde. L’Afrique nous regarde.

 

Dans ces conditions, nous sommes en droit de nous demander à quand le lancement attendu, conformément à la résolution onusienne, du processus de réconciliation nationale que nous aussi attendons de nos vœux.

 

Sans plus tarder, une feuille de route claire doit être tracée et connue du public. Chaque chef de département ministériel doit faire connaître ses objectifs à atteindre à court terme.

 

Au moment où, j’écris ces lignes, je suis au regret de relever avec un pincement au cœur que nombre de nos compatriotes déplacés intérieurs et extérieurs continuent de camper dans des abris de fortune aux abords de l’aéroport de Bangui et ailleurs sur le territoire national ou en dehors de nos frontières, exposés à la faim et aux violences et à la merci des intempéries et des maladies (épidémies), à l’approche de la saison des pluies et sont, de facto, sans prise directe sur leurs destins. Cela ne peut plus durer.

 

Des mesures urgentes à caractère humanitaire doivent être prises afin de soulager les souffrances de nos concitoyens.

 

Quand on fait de la politique- a fortiori quand on a entre les mains le destin d’une nation-, il faut savoir poser des actes forts en temps opportun. C’est à l’aune de cette considération, qu’on mesurera la grandeur d’un homme ou d’une femme d’Etat. Les moyens, on peut toujours les trouver pour peu qu’on en ait la volonté et la détermination. Mais le statu quo n’est plus tenable et doit être dépassé. D’autant plus qu’il a, jusque-là, montré ses limites patentes.

 

II.Le choix de la politique de sortie de la grave crise par le haut

 

Il  s’agit ici de prendre les taureaux par les cornes, de s’attaquer aux vrais problèmes auxquels le pays est confronté. Nous ne le dirons jamais assez, mais la priorité des priorités demeure l’enjeu sécuritaire.

 

L’armée doit être restructurée et remembrée afin qu’elle puisse remplir son rôle de principale actrice de sauvegarde de l’intégrité territoriale et de protectrice du peuple. A cet égard, une vaste réforme du secteur de la sécurité doit être entreprise afin de doter notre armée de moyens adéquats. Si l’armée centrafricaine n’a su jusqu’ici remplir sa mission, c’est parce qu’elle n’a pas été correctement prise en charge.

 

Les précédents régimes qui ont succédé au pouvoir ont préféré, de tout temps, privilégier une approche ethno-régionaliste de l’armée au détriment d’une vision nationale et républicaine de cette armée.

 

C’est dans ce contexte que des négociations doivent être engagées avec la communauté internationale (l’ONU et la France) afin de permettre à notre outil de défense et de sécurité d’être opérationnel sur le terrain. Car sans moyen, il ne pourrait remplir utilement sa mission. Dans cette perspective, nous appelons à la levée, au moins, partielle de l’embargo sur les armes qui pèse sur notre pays depuis l’éclatement du conflit afin que notre système de défense et sécurité puissent remplir fidèlement sa mission.

 

Si cette mesure (d’embargo) a été, un temps, compréhensible dans son principe, elle devient aujourd’hui dépassée à l’épreuve des faits. Un réarmement, ne serait-ce, que partiel et allégé de nos forces armées pourrait leur permettre d’effectuer la tache principale de cantonnement et de désarmement des milices et des bandes armées ; les forces armées centrafricaines (FACA) ayant l’avantage de mieux connaître les réalités du terrain- connaissant les coins et recoins du pays-, sans vouloir réduire l’action efficace et salutaire menée par les forces impartiales.

 

Les forces de police et de gendarmerie doivent rapidement monter en puissance afin d’assurer la sécurité des populations à l’intérieur des villes et villages.

 

Les forces internationales (les forces françaises de Sangaris et les forces africaines de la Misca) ne sauraient se substituer indéfiniment aux forces nationales dont elles ne devraient venir qu’en appui.

 

Le gouvernement de transition doit faire de la question de l’urgence humanitaire la seconde priorité nationale. Dans cette perspective, il doit créer les conditions optimales et convaincre les déplacés de regagner chez eux afin de réduire les risques encourus liés notamment à leur sécurité physique et aux épidémies et aggravés avec l’avènement de la saison des pluies.

 

Rétablir l’autorité républicaine sur l’ensemble du territoire national afin de permettre aux préfets et sous-préfets de rejoindre leurs postes nous paraît être la troisième priorité nationale.

 

Inciter les enseignants du primaire et du secondaire à rejoindre leurs lieux d’affectation respectifs en province afin d’éviter aux écoliers et élèves une année blanche participe également de ces actions prioritaires.

 

Rétablir et poursuivre l’amélioration du cadre macro économique du pays afin d’attirer les investisseurs et accroître l’assiette fiscalo-douanière de l’Etat deviennent un impératif catégorique. Condition sine qua non pour mériter la confiance des bailleurs de fonds et des partenaires au développement.

 

Compte tenu de l’état de nos finances publiques particulièrement exsangues- l’Etat centrafricain peine, aujourd’hui, à réunir sur fonds propres et sans l’aide financière extérieure l’équivalent de la masse salariale mensuelle soit la coquette somme de quatre milliards de francs CFA pour payer les salaires de la fonction publique et régler les dépenses de fonctionnement-, on pourrait, par exemple, songer à réduire la voilure en révisant drastiquement à la baisse le nombre des conseillers à la Présidence de la République qui font désormais office de gouvernement bis et à la Primature. Ceci, sans impact positif et portée réelle pour le pays en termes d’efficacité de l’action publique.

 

Sensibiliser les paysans et éleveurs à la reprise des activités agrestes et agro-pastorales pour lubrifier la machine économique et surtout alimenter nos marchés en produits alimentaires est de nature à contribuer à l’apaisement du tissu social.

 

Restaurer un minimum d’Etat de droit, par la remise en marche des Cours et tribunaux, contribue à regagner la confiance des partenaires. Réhabiliter les établissements pénitentiaires, maisons d’arrêt et de correction et lieux de privation de liberté et de détention du pays sont des mesures salutaires et de salubrité publique.

 

Mettre en place une commission pluraliste chargée d’organiser une conférence nationale de réconciliation sur le modèle sud-africain de la Commission vérité et réconciliation est l’une des priorités majeures de cette période de transition. A cet égard, on pourrait utilement bénéficier de l’expertise et de l’expérience sud-africaines en la matière.

 

Les Centrafricains doivent réapprendre à dialoguer, à se parler et à vivre ensemble au-delà de leur appartenance politique, ethnique et religieuse.

 

Un véritable travail d’éducation civique, grâce à la mobilisation tous azimuts des medias, doit être opéré en direction des populations afin de les sensibiliser à la promotion des valeurs de paix, d’unité, de civisme et de respect des droits humains et de la personne humaine. Il ne saurait être toléré, sous aucun prétexte, que des individus se livrent à des meurtres suivis de la commission même isolée d’actes d’anthropophagie et de cannibalisme. Ces pratiques et mœurs ne sauraient avoir cours et prospérer sur notre sol.

 

Concomitamment à ces actions à mettre en œuvre, qui relève de la compétence du pouvoir exécutif, nous pouvons le moment venu compter sur la perspicacité, la sagacité et la diligence des membres du Conseil national de transition (CNT), notre organe législatif transitoire, qui joue également le rôle d’organe constituant afin d’élaborer un projet de Constitution consensuel qui pourrait permettre d’éviter au pays de retomber dans les affres de la division et de la guerre civile.

 

Nous souhaitons que le gouvernement de Madame la Présidente de transition Catherine Samba Panza et de monsieur le Premier  ministre André Nzapayéké se saisisse, d’ores et déjà, de ces propositions qui relèvent du simple bon sens,- propositions, qui loin de constituer la solution d’exhaustivité à toute épreuve et ne prétendent nullement régler tous les problèmes de la RCA,- pour impulser une nouvelle dynamique à l’action gouvernementale et ainsi permettre au pays d’aller de l’avant c’est-à-dire sortir de cette grave crise par le haut.

 

Le pays n’a plus de temps à perdre et l’on ne doit pas tout attendre de la communauté internationale qui a déjà dû, à son corps défendant, peser de tout son poids pour nous éviter un bain de sang et une hémorragie économique et sociale. Les contributions à l’effort de paix, à travers des débats constructifs, peuvent aussi émaner de citoyens de bonne volonté épris de liberté, de justice, d’amour et de développement du pays sans arrière-pensée ni calcul politique.

 

                                                                                        Fait à Paris le 26/04/2014

 

 

                                                                                      Wilfried Willy ROOSALEM

Peut-on raisonnablement admettre une issue honorable à la grave crise centrafricaine ? par Wilfried Willy ROOSALEM

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