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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 17:26

 

 

 

 

 

http://www.opinion-internationale.com/   Jeudi 17 avril 2014 - 17H25

 

Lydie Nzengou, est responsable de la rubrique Centrafrique à Opinion Internationale. Elle même centrafricaine, connaissant bien la situation de son pays et la crise qu’il traverse, elle répond à des questions sur les causes du conflit mais aussi sur les solutions envisageables et les perspectives à venir.  

 

Dans l’analyse du jeu politique et sécuritaire du pays revient sans cesse la référence aux rebelles Séléka et aux milices anti-balaka. Jusqu’à quel point ces mouvements expliquent-t-il les violences auxquelles nous assistons ? Quelles sont les tendances qui prévalent à l’intérieur de ces mouvements et, si elles existent, leurs revendications politiques ?

 

Depuis l’arrivée de la Séléka au pouvoir en mars 2013, nous avons assisté en République Centrafricaine à une montée de violence encore méconnue jusque-là. Le pays a traversé plusieurs rébellions et mutineries mais ce chaos dans lequel est plongé le pays ne trouve aucune explication. Viols, pillages, destructions, enlèvements, assassinats, charniers ont fait irruption dans la vie des Centrafricains…

 

Et depuis le 5 décembre 2013, le peuple centrafricain a été pris en otage entre les exactions commises par les éléments de la Séléka et les milices anti-balaka. Aucune explication n’a été donnée pour les atrocités commises par la Séléka, sauf qu’ils étaient, pour la plupart, des rebelles, sans foi ni loi rejoints par des bandits de grands chemins qui n’ont que le langage des armes pour s’exprimer. Ils sont venus chasser le Président François Bozizé et prendre le pouvoir, mais pourquoi avoir perpétré ces crimes une fois qu’il a été renversé ? Les anti-balaka à leur tour les ont concurrencés, en utilisant une arme nouvelle : la machette. A leur tour, ils estiment être les libérateurs, menant des actions en représailles aux atrocités commises par les éléments de la Séléka.

 

Aujourd’hui, dans chacune des deux entités, nous trouvons deux branches, les radicaux et les modérés. Chez les Séléka, les radicaux veulent une partition du pays. Chez les anti-balaka, jusqu’à fin mars, les radicaux désiraient le retour du Général François Bozizé au pouvoir. Aujourd’hui, des deux côtés, des modérés sont prêts à aller au dialogue et à déposer les armes. Leur revendication est l’arrêt des poursuites judiciaires contre leurs leaders et leur cantonnement. Ils souhaitent aussi bénéficier d’une ration de nourriture et d’un pécule pour leur permettre de créer une activité génératrice de revenu une fois retournés dans leur village. La branche modérée des deux protagonistes désire la paix, la fin des hostilités.

 

Mais combien sont les modérés dans chaque camp ? Auront-ils le dessus sur les plus extrémistes ? Seront-ils lâchés par leur base s’ils choisissent la voie de la paix et du dialogue ? Il appartient aussi – j’insiste sur ce point – aux autorités de transition et à la communauté internationale de consolider les positions des plus modérés des Sélékas et des anti-balakas, en ne prenant pas, par exemple, des positions partiales dans la résolution de ce conflit.


Comment, dès lors que le mouvement des anti-balaka est décrit comme spontané – comme un soulèvement populaire en réaction aux exactions commises par les Séléka – peut-on espérer trouver des interlocuteurs légitimes et surtout qui ont un réel pouvoir sur le mouvement ? 

 

Tout mouvement, fût-il spontané, s’il perdure dans la durée ne peut que s’organiser et avoir à sa tête des leaders. Au départ, les milices anti-balaka étaient véritablement des paysans qui défendaient leurs villages contre les agressions extérieures. Au fur et à mesure ils se sont vus infiltrés, instrumentalisés pour devenir comme une nébuleuse lourdement armée. Nous savons qui est derrière chaque entité, chaque groupe. Des noms sont cités et reviennent. Je le répète, ils sont organisés et obéissent à une hiérarchie, même s’ils ont plusieurs composantes.


Dans et autour de ces mouvements – Séléka et anti-balaka – gravitent des personnages importants de la vie politique centrafricaine actuelle ou passée. L’ex-président Bozizé par exemple chez les milices anti-balaka, mais aussi le Général Dhaffane pour les rebelles Séléka. Quelle est l’influence que ces personnes ont sur les Séléka et les anti-balaka ?

 

Le Président Bozizé est cité comme étant le principal leader des anti-balaka aujourd’hui. Je l’ai mentionné plus haut, il existe deux groupes principaux chez les anti-balaka, les radicaux et les modérés. Je dirai que les radicaux obéissent à François Bozizé et ses lieutenants, comme l’ancien Ministre Ngaissona qui reste influent.

 

Pour ce qui est du Général Dhaffane, il est l’un des principaux fondateurs de la Séléka. Monsieur Djotodia n’étant plus en République Centrafricaine ainsi que bien d’autres, le Général Dhaffane reste le principal leader. Il faut toutefois rappeler que celui-ci s’était opposé à Michel Djotodia à cause des dérives des éléments de la Séléka et Djotodia l’a fait enfermer. Pour ce qui concerne les généraux Séléka qui s’étaient installés à l’intérieur du pays et qui ne sont pas de nationalité centrafricaine, eux peut-être n’obéissent pas au Général Dhaffane. Je pense que la plupart d’entre eux sont repartis d’où ils viennent, et aux dernières nouvelles le Général Dhaffane a effectué une tournée dans le nord du pays, en compagnie du commandement de la MISCA pour demander aux troupes de déposer les armes et faire savoir qu’il ne serait question d’aucune partition de la RCA. Il est cependant revenu sur cette dernière position dans une sortie récente, mais on sent qu’il est sur le chemin du dialogue et qu’il tend la main pour trouver un compromis acceptable par tous. Il s’emploie à calmer les esprits, à faire retomber la pression et à contribuer au retour à la paix. Il a parlé néanmoins de partition en dernier recours et il faut l’aider à aller jusqu’au bout de la logique, non dénuée de danger pour lui, qu’il a entamée, celle de la paix.


Les accords de N’Djamena reviennent sans cesse à propos du règlement politique de la crise centrafricaine. Pouvez-vous nous expliquer à quoi ces accords font référence ?

 

Là, il est question d’accords tacites, verbaux. Le départ de Djotodia a été négocié au préalable. Il démissionne et des éléments de la Séléka occupent différents postes ministériels. C’est une question de parole donnée, de parole non respectée. Cela peut avoir un sens, une signification si l’on veut poursuive dans la confiance dans cette transition. Il est question, là, d’intégrité, de personnalité…


Le rôle et l’influence du Tchad et de son Président Idriss Déby sur le sort de la RCA reviennent aussi constamment dans les commentaires. Qu’en pensez-vous ?

 

La RCA a toujours eu des relations avec son pays voisin le Tchad, bonnes ou tendues selon le contexte et le régime en place. Il s’avère que c’est le Président Idriss Déby qui a appuyé le Général François Bozizé pour renverser le Président Ange Félix Patassé. Il s’avère aussi que c’est ce même Président Idriss Déby qui a appuyé Miche Djotodia pour renverser le Général François Bozizé.

Dernier coup d’éclat : fatiguée des critiques et des reproches d’exactions, le Tchad a retiré ses troupes de RCA. Le dernier soldat a quitté le sol centrafricain la semaine dernière.

Mme Catherine Samba Panza, Chef d’Etat de la Transition a donné un ton ferme lors du dernier Sommet de l’Union Européenne. C’est une très bonne chose et je suis surprise de voir des volte-faces, des messages, des missions auprès du Tchad comme pour dire « je m’excuse». Non, cela ne veut pas dire que les relations sont rompues avec le Tchad, c’est juste mettre à la lumière les zones d’ombre, le manque d’impartialité parfois du Tchad dans la résolution du conflit en Centrafrique. Nous aurons toujours des relations avec le Tchad, c’est une évidence, mais il faudrait qu’elles puissent être construites sur du gagnant-gagnant pour les deux pays.

Nous le savons tous : la géopolitique est très compliquée et complexe. Il est question d’intérêts, de lobby, d’influences et malheureusement au milieu de tout cela une population innocente qui la plupart du temps ne bénéficie pas des privilèges liés à ce jeu politique.

A qui la faute ? Quand est-ce que la Centrafrique pourra disposer d’une armée forte, digne de ce nom, régalienne et assumant son rôle de protecteur ? Quand est-ce que le Centrafricain arrêtera de traiter avec le voisin au détriment de son frère centrafricain ? Tant de questions, et les réponses positives ne seront données que lorsque le Centrafricain prendra conscience qu’il appartient à une Nation, à un peuple et qu’il est lui aussi responsable du cours des événements, bons ou mauvais. Le Président Idriss Déby, s’il arrive à influer sur les événements en RCA, c’est bien parce qu’il a face à lui des Centrafricains qui lui donnent ce pouvoir et qui l’entretiennent. A qui la faute ? Quand est-ce que le Centrafricain parlera d’égal à égal avec les différents acteurs de la scène africaine et internationale ? Quand est-ce qu’il pourra relever sa tête et ne plus la courber devant qui que ce soit ? Cette nouvelle race de Centrafricain naîtra, j’en suis sûre, de ce drame que nous vivons tous !


Alors que d’un côté, dans les camps de déplacés à Bangui, des populations à majorité chrétienne disent ne pas pouvoir retourner dans leurs foyers par peur d’être prises pour cible par les musulmans et que, de l’autre, les populations à majorité musulmane dans des quartiers tels que leKilomètre 5 affirment ne pas pouvoir sortir de leur quartier sans se faire attaquer par les chrétiens, comment rétablir un dialogue entre des populations qui s’accusent sans cesse ?

 

Seul le dialogue, les passerelles entre les deux communautés permettront de colmater la fracture sociale et de réparer la brèche. Tout est encore possible. Les Centrafricains ont gros sur le cœur et il faut les laisser s’exprimer. Il leur faut un cadre, un environnement pour faciliter ce dialogue, ce déballage et ensuite réparer ce qui est réparable. Je sais qu’au fond de chaque Centrafricain, il existe le souvenir des jours de fraternité, de communion, de symbiose entre musulmans centrafricains et chrétiens centrafricains. De toute l’histoire du pays, c’est la première fois que cette fracture a lieu. Tout est encore possible, mettons tout en œuvre pour faciliter la communication, le dialogue. C’est le seul gage pour un mieux vivre ensemble.


Pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres, les populations musulmanes qualifient la radio Ndeke Luka de radio « 10 Mille collines ». Quel est selon vous le rôle des médias locaux dans l’exacerbation de la haine et de la violence ?

 

Je formulerai autrement la question et dirais plutôt quel devrait être le rôle des médias pour être des vecteurs de la paix ? J’ai en effet entendu lors de mon séjour à Bangui et de mon passage au Kilomètre 5 les griefs qui étaient lancés à l’endroit de Radio Ndeke Luka et j’ai été la première surprise. Comparer la Radio Ndeke Luka à la Radio Mille Collines du Rwanda a été un choc pour moi. Cette comparaison est probablement excessive. Je connais cette radio, son origine, le pourquoi de son existence et depuis toujours son impartialité. Si ces griefs s’avèrent être fondés, je recommanderai au personnel de la Radio Ndeke Luka de faire leur travail en toute objectivité et impartialité. On peut diffuser des micros-trottoirs qui expriment la colère mais les médias doivent aussi diffuser des messages conciliants, apaisants, rassembleurs en période de conflit et de crise. Ils doivent s’employer à utiliser la communication pour le changement de comportement, faire de l’éducation, de la sensibilisation, en un mot œuvrer pour un retour à la paix.


Au-delà de l’augmentation du nombre de soldats de la force Sangaris et l’instauration d’une force de maintien de la paix sous mandat onusien la semaine dernière (et qui sera opérationnelle en septembre), l’aide de la communauté internationale – humanitaire et économique – semble faire cruellement défaut à la RCA.  Comment expliquez ce manque d’appui concret ?

 

Des promesses ont été faites au gouvernement centrafricain pour appuyer ses efforts pour la sécurisation, l’aide humanitaire etc… Comme vous le savez, pour que des fonds soient alloués à un pays dans le contexte actuel de la RCA, seule la Banque Mondiale peut donner le feu vert aux partenaires extérieurs au développement pour injecter l’argent. En effet, il faut garantir le circuit, être en mesure de dire que l’argent arrivera à bon port et sera utilisé à bon escient. Des missions de la Banque Mondiale ont été menées à Bangui et aux dernières nouvelles, c’est en ce mois d’avril que le feu-vert a été accordé.


Vous avez organisé le 30 mars avec Opinion Internationale, en hommage à Barthélémy Boganda, fondateur de la RCA, une journée à l’Assemblée Nationale à Bangui avec le président du Conseil National de Transition. Cet événement s’est conclu par un appel au dialogue et au dépôt des armes. Est-ce qu’un tel appel peut avoir des conséquences concrètes ?

 

Cet Appel est le premier acte concret pour amorcer le dialogue en RCA. C’est une des premières fois depuis mars 2013 que les Centrafricains se sont parlés. Ils ont beaucoup à se dire et cela a été la porte ouverte à ce futur dialogue que la Nation appelle de tous ses vœux. Des assises en miniature ont donc eu lieu ce dimanche 30 mars : toutes les sphères de la Nation ont été représentées. La conférence a été consacrée par cet Appel qui circule et qui est la caution de la volonté de tous d’aller au dialogue. Tous les participants ont signé cet Appel au dialogue et parmi eux des politiques très influents et de tous bords. C’était la première phase et cet Appel sera suivi de nombreux débats de conciliation.


Selon vous, quelles sont les priorités pour que la RCA sorte de la crise aujourd’hui ?

 

Pour que la RCA sorte de cette crise, il va falloir que le pays retrouve une sécurité et une stabilité qui la conduiront vers la paix et le retour à un nouvel ordre constitutionnel qui passera par les élections.

 

Cela n’engage que moi mais la transition doit aussi changer de direction, de cap. Le gouvernement de la transition doit être redessiné pour redonner confiance et retrouver une légitimité car les critiques pleuvent de toutes parts.

 

On peut aussi se demander si le Conseil National de Transition, dont les membres n’ont pas été élus par le peuple, est légitime à discuter d’une nouvelle Constitution qui va engager l’avenir de tout une Nation, un peuple.

 

Enfin, et surtout, les autorités de transition doivent faire preuve d’une totale impartialité et ce n’est pas le cas malheureusement : si des poursuites doivent être intentées, pour une plus grande justice et plus de neutralité, Michel Djotodia doit être aussi inquiété par la justice. Il ne peut pas y avoir que l’ancien Président François Bozizé. Cela n’a pas de sens. Il y a eu la Séléka, puis les anti-balaka. Il ne faut pas avoir la mémoire courte et occulter l’épisode Séléka.

 

Mais juger les commanditaires de crimes ne suffit pas. Il faut en même temps réunir les plus modérés des forces opposées et leur proposer une sortie de crise honorable pour chacun.

 

Le volet justice devra courir et après les élections, lorsqu’il ne sera plus question de transition, des actes concrets devront être posés. Mais d’ores et déjà des poursuites devraient être diligentées contre les auteurs des crimes les plus graves commis récemment. L’impunité est une incitation à la violence.

 

Il serait ensuite souhaitable que tous les déplacés regagnent leur domicile mais pour cela il leur faudrait être rassurés que c’est sans danger. Pour cela les armes doivent se taire. Pour que les armes se taisent, les hommes doivent se parler et cela ne passera que par un véritable dialogue entre les forces vives de la Nation.

 

L’Opération de Maintien de la Paix des Nations Unies, décidée la semaine dernière par le Conseil de Sécurité des Nations unies, constitue un tournant majeur et sera effective en septembre 2015. Les forces devront être déployées sur toute l’étendue du territoire et combattre les derniers ennemis de la paix en RCA. En attendant septembre, les forces en présence doivent user du mandat que la résolution 2127 du Conseil de Sécurité des Nations Unies leur a conféré, c’est-à-dire user de la force. De plus, les soldats de la MISCA doivent recevoir leur paie à terme échu. Comment pouvons-nous compter sur des hommes, fussent-ils des militaires, si ceux-ci accumulent des arriérés de solde ou de salaire. Là, c’est un véritable problème et je me demande si ceux qui les payent en sont conscients.

 

Le programme DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration) doit aussi être mise en œuvre et les Forces de défense et de sécurité de la RCA réarmées et servir la Nation. Le temps est venu pour elles de jouer leur rôle, il faut leur faire confiance.

 

Etienne Cham

Lu pour vous : Lydie Nzengou : « La transition doit réussir mais il faut un changement de cap »

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