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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 18:13

 

 

 

 

 

LES AVANCEES SOCIOPOLITIQUES DE CES VINGT DERNIERES ANNEES. QUE FAIRE POUR QUE DEMAIN L’AFRIQUE AIT SA PLACE DANS LE MONDE ?

 

C’est ici même à Casablanca que s’est tenue en 1961, c’est- à -dire à peine une année après les indépendances africaines, la Conférence de Casablanca à l’invitation du Roi Mohamed V du Maroc et à laquelle prendront part de grands leaders africains comme Kwame Nkrumah du Ghana, Julius Nyerere de Tanzanie, Gamal Abdel Nasser d’Égypte, Ahmed Sékou Touré de Guinée, Modibo Keita du Mali, Ferhat Abbas d’Algérie, ainsi que d’autres grands dirigeants d’États africains nouvellement indépendants et des mouvements de libération nationale , pour jeter les bases de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) qui sera finalement porte sur les fonts baptismaux en 1963.

 

Les objectifs étaient clairs et ambitieux : obtenir la libération totale du continent africain des jougs du colonialisme,  construire ensemble une Afrique solidaire par le biais de l’intégration africaine sur la base d’une identité commune africaine et renégocier la place de l’Afrique dans le monde.

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quelles sont les avancées sociopolitiques majeures des cinquante dernières années ? Que faut-il faire pour l’Afrique de demain ?

 

Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut plus dire aujourd’hui, comme l’ancien administrateur colonial, Victor Chesnault que la disparition de l’Afrique tout entière dans les flots, Afrique du Sud exceptée, n’aurait à peu près aucun impact économique global, ou encore, comme l’économiste Philippe Hugon, un continent déclassé géopolitiquement sur l’échiquier mondial.

 

L’Afrique est aujourd’hui une réalité sociopolitique et économique, qui a fait des progrès indéniables depuis les indépendances en 1960, même si beaucoup reste à faire pour qu’elle devienne un véritable acteur  sur la scène mondiale.

 

1-    Grâce à la solidarité africaine, et internationale, un progrès politique indéniable a été accompli, avec la libération politique de la totalité du continent du colonialisme qui s’est parachevée par la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Toute l’Afrique indépendante est aujourd’hui constituée de 54 Etats libres, souverains et indépendants, membres à  part entière de l’ONU qui en compte 194, contre moins de la moitié en 1961. L’Afrique a fait également des progrès importants pour  s’organiser et ne plus subir mais agir et parler d’une seule voix : elle le fait dans les sommets Afrique -France, Afrique-Chine, Afrique-Japon, Afrique-Inde, Afrique-Brésil et plus récemment Afrique-Union Européenne, et bientôt Afrique-Etats-Unis. Elle parle également d’une même voix dans les assises internationales afin de présenter une position commune sur les revendications africaines, comme à Copenhague et à Cancun sur le climat, et lors des Sommets du G20 et du G8 depuis 2009. Elle a compris l’importance d’avoir une stratégie africaine dans sa relation avec divers partenaires dans le monde car individuellement aucun Etat africain ne pourra « faire le poids ».

 

2-    Les Etats africains, en dehors de leur appartenance à l’Union Africaine, se sont réunis dans des  organisations sous-régionales, afin de promouvoir l’intégration par pôles sous-régionaux. Ces organisations sous-régionales sont la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) , le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) , l’ Union du Maghreb arabe (UMA), la  Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)  et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), et œuvrent, avec des fortunes diverses, pour l’intégration sous-régionale, le NEPAD ou Nouveau Partenariat Africain pour le développement étant voué aux projets infrastructurels continentaux. Si les projets interétatiques tardent à se concrétiser, il est indéniable que l’intégration sous-régionale par les privés africains s’accélère dans tous les secteurs : dans les  transports aériens avec des compagnies africaines nationales et régionales de plus en plus nombreuses et desservant mieux l’Afrique, dans les banques et les assurances, dans  différents secteurs industriels et l’immobilier, dans le commerce général, etc.…

 

3-    Continent par excellence des alternances inconstitutionnelles longtemps après les indépendances, la quasi-totalité des Etats africains ont aujourd’hui des systèmes politiques pluralistes, et dans plusieurs pays du continent, il s’est déjà réalisé plusieurs alternances démocratiques et pacifiques au pouvoir, suite à des élections ouvertes et crédibles. Cette ouverture politique permet le renouvellement des élites dirigeantes, et l’obligation de rendre compte de ces dirigeants, favorisent la mise en place de politiques et modes de gestions efficaces.

 

4-    La gouvernance s’est qualitativement améliorée sur le plan institutionnel, des parlements élus et plus représentatifs des populations ont été mis en place y compris un parlement panafricain, et des politiques de décentralisation permettant de plus en plus aux populations de gérer leurs affaires sont à l’œuvre dans plusieurs pays africains entre autres pour désamorcer les velléités irrédentistes.

 

5-     La gouvernance économique s’est beaucoup améliorée en Afrique : après les indépendances, c’était le règne du Tout-Etat avec un secteur public hypertrophié et généralement peu efficace, et une administration qui recrutait à tour de bras. Les deux chocs pétroliers, et la détérioration des cours des matières premières dans les années 1980 marqueront la réalisation de l’une des grandes « révolutions silencieuses africaines » : nos Etats réaliseront, avec l’encadrement des IBW, un passage douloureux mais déterminé et assumé, à des économies plus ouvertes et plus efficaces. De réservoir de matières premières avec des comptoirs d’Etat, l’Afrique est passée à une économie qui tente d’accroitre la part de transformation locale, tout en se diversifiant, afin de garantir la croissance et l’emploi dont a besoin une jeunesse de plus en plus éduquée et nombreuse.

 

6-    La formation du capital humain a fait des progrès indéniables. De la rareté de cadres bien formés et expérimentés à l’indépendance, nous sommes passés aujourd’hui à la création de plusieurs dizaines d’universités publiques et privées en Afrique, sans compter des dizaines de milliers de collèges et d’écoles. La situation est contrastée selon les pays et les régions mais la tendance globale est au progrès de l’éducation et de la santé.

 

7-  L’Afrique aujourd’hui est déterminée à se battre  pour croitre et se  développer, car elle sait désormais qu’elle n’a pas le choix. Avec plus d’un milliard d’habitants (dont la moitié a moins de trente ans), soit un septième de la population mondiale et qui passera à plus de 1,5 milliards d’habitants en 2025, c’est-à-dire demain, vivant sur une superficie de prés de 30 millions de km2 qu’il faut doter en infrastructures diverses, l’Afrique doit intensifier sa lutte autour de trois enjeux: la sécurité et la paix, le développement avec une  croissance aux fruits partages, et enfin la préservation de l'environnement. Il est vrai que le PIB africain est en augmentation continue dans la majorité des pays et se situe autour de 5%, mais il faut faire plus et vite. Les atouts existent : 22% de la superficie mondiale des terres émergées encore incultes ; l’un des plus grands réservoirs de matières premières de la planète ; des ressources en eau abondantes, de formidables potentialités agro pastorales et des énergies renouvelables en grande quantité (le soleil, l’énergie éolienne et géothermique) 

 

 Et demain l’Afrique ?

 

L’Afrique suscite un intérêt nouveau, pour plusieurs raisons : réservoir de matières premières stratégiques et d’énergie- elle réalise déjà respectivement 15% et 10% des exportations mondiales de pétrole et de gaz, et dispose de ce fait d’une position centrale dans la géopolitique pétrolière, et  avec plus de 1,5 milliards de consommateurs potentiels dans dix ans, elle est la nouvelle et dernière frontière du développement.

 

Avec la reconfiguration de l’échiquier mondial en cours, l’Afrique doit se donner les moyens de répondre à la question fondamentale suivante : quelle est aujourd’hui l’importance réelle accordée à l’Afrique et comment peut elle se   repositionner dans les enjeux globaux ou le nouvel ordre mondial ? Que faire précisément ?

 

Les actions suivantes me semblent primordiales pour répondre à ces questionnements majeurs :

 

  1. Continuer à œuvrer pour la paix en Afrique : il y a moins de conflits aujourd’hui qu’aussitôt après les indépendances, et la situation d’ensemble est  globalement positive, mais l’Afrique garde toujours cette solide réputation de continent de la guerre et des horreurs. Comme hier au Rwanda et aujourd’hui dans mon malheureux pays la République centrafricaine, le monde entier qui est devenu un village planétaire grâce aux medias, ne comprend pas et n’accepte pas ces images extrêmement violentes de massacres intercommunautaires ou interconfessionnelles d’un autre âge. Les organisations politiques continentales et régionales doivent développer leurs capacités de prévention et de  règlement des conflits, dans les processus de consolidation de paix et dans les processus de sortie de crise sur le continent. C’est à cette condition, et en améliorant par ailleurs l’environnement des affaires,  que l’Afrique pourra galvaniser et capitaliser les opportunités d’investissements de toutes provenances qu’elles soient domestiques, interafricaines ou des investissements directs étrangers (IDE).

 

  1.  Continuer à se battre pour l’intégration africaine : les Etats africains n’ont pas d’autre choix que poursuivre  l'intégration africaine, et pour cela il faut davantage d'effort et de compromis politique. Malheur à l’homme seul disaient les Romains, et aucun pays ne dispose d’atouts suffisants pour s’en sortir tout seul. Si l’intégration africaine est plus une réalité aujourd’hui qu’ hier, elle est loin d’être satisfaisante.

 

  1. Comme pour l’ouverture politique et démocratique, l’Afrique doit encourager vivement l'initiative privée, car aucun pays ne peut se développer convenablement sans un secteur privé dynamique et fort. Comme je l’ai dit plus haut, il faut améliorer l’environnement des affaires, et mettre en place des politiques d’incitation aux investissements privés, pour avoir une croissance créatrice d’emplois et de richesses, surtout pour notre jeunesse.

 

  1. Continuer à nous battre pour une participation effective de l’Afrique à la gouvernance globale du monde, dessinée et figée depuis la fin de la seconde guerre mondiale : l’Afrique doit être représentée au Conseil de Sécurité des Nations Unies et dans le management des Institutions de Bretton Woods pour renforcer la crédibilité et la légitimité  de ses organes centraux de la gouvernance mondiale. De même, tout en participant aux sommets de  G8 et de G20, l’Afrique doit développer les sommets internationaux bilatéraux (Afrique- France, Afrique-Chine, Afrique-Inde, Afrique-Japon, Afrique-Brésil, Afrique-USA) et multilatéraux (Afrique- Union Européenne) pour lesquels elle doit élaborer une stratégie « africaine » concertée de coopération avec ces pays et ces institutions, y compris avec les pays émergents. pour ne pas être l’abonné absent ou le « sleeping partner » de la redistribution des cartes en cours.

 

  1. Beaucoup de pays africains n’atteindront pas les  Objectifs de développement du millénaire même si plus de plus de personnes  que jamais auparavant sont sorties de la pauvreté de l’analphabétisme et de la maladie et que la classe moyenne est grandissante. La bonne route est entrevue mais la marche sera encore longue pour faire oublier le paradoxe africain qui consiste à avoir des populations pauvres vivant dans des pays qui regorgent pourtant d’importantes richesses naturelles.
  2.  

Je crois fermement que les fruits tiendront la promesse de ces fleurs que nous voyons s’éclore de plus en plus en terre africaine, et que la deuxième moitié de ce siècle sera africaine, car globalement nous savons mieux aujourd’hui qu’hier, ce que nous devons faire.

 

Je vous remercie

 

Martin ZIGUELE

LA PLACE DE L’ AFRIQUE DANS LE MONDE : Intervention de Martin ZIGUELE aux Rencontres Economiques de Casablanca

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