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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 19:00

 

 

 

http://www.euractiv.fr/

 

L'aide internationale destinée à la République centrafricaine n'arrive pas à bon port, en l'absence de tout contrôle. Un prêtre en charge de la médiation s'interroge aussi sur les intérêts défendus par la France sur le terrain. Début avril, le secrétaire général de l'ONU, Ban-Ki Moon, a déclaré que la moitié de la République centrafricaine dépendait directement de l'aide humanitaire. Pourtant, Bangui n'a à ce jour reçu que 20 % des 200 millions de dollars d'aide humanitaire promis par la communauté internationale.

 

Ce montant s’inscrit dans le cadre d’une enveloppe globale de 500 millions de dollars. Mais selon le prêtre italien carme Aurelio Gazzera, rien ne se passe comme prévu. Selon ce médiateur engagé dans le processus de paix dans le pays, en l'absence de processus de vérification qui implique les populations locales, ces fonds humanitaires seraient « plus un problème qu'un soutien ». En visite à Bruxelles, il a affirmé à EurActiv que les aides envoyées jusqu'à maintenant méritent le « trophée de l'argent qui n'arrive-jamais-là-où-il-devrait-arriver ».« La société civile n'a jamais eu un véritable contrôle en la matière et n'a par conséquent jamais vu la couleur de cet argent » selon lui.

 

L'aide termine dans des poches qui n'y ont pas droit L'aide prodiguée jusqu'à maintenant a fini « dans les poches de personnes qui n'y ont absolument pas droit [...] et qui en font don selon leur bon vouloir aux ministres, à leur famille, à leurs amis ou à n'importe qui d'autre », a poursuivi le religieux. Un contrôle des aides aurait été crucial en vue de vérifier de telles pratiques. « Les ONG, qui reçoivent ces aides n'ont pas elles-mêmes d'approches systématiques », a-t-il expliqué.« Elles finissent par acheter des choses inutiles, ou qui profiteront seulement aux élites villageoises. Récemment, des ONG de ma région ont acheté des bâches en plastique afin de recouvrir des toits de maisons qui avaient été réduits en cendres. Elles ont commencé à les distribuer sans vérifier qui les recevait et maintenant vous ne voyez ces bâches nulle part - et les maisons sont toujours dépourvues de toits ».

 

La distribution de denrées alimentaires était une autre priorité clairement définie, a-t-il ajouté, tout comme la réouverture des écoles et les actions de médiation en vue de réinstaurer la paix. Le père Aurelio, qui tient par ailleurs un blog intitulé « En direct depuis Bozoum », est engagé dans ces trois champs prioritaires. Il participe notamment à la mise en place d'un comité de médiation de réconciliation et d'un comité des sages en vue de tenir des auditions judiciaires indépendantes.

 

En décembre dernier, un massacre a été évité de justesse à Bozoum, grâce à l'intervention du représentant spécial de l'UE pour les droits de l'Homme et à l'envoi d'un contingent de l'armée française dans la ville. Mais l'opération de désarmement pilotée par le père Aurelio a été suspendue après seulement quatre jours, dès le retrait des troupes. Aucune stratégie commune des forces militaires Les rues de Bozoum ont à nouveau rapidement été le théâtre de lynchages. Le prêtre a été lui-même attaqué et a reçu des menaces de mort. Son église représente en effet un lieu de refuge face aux bandes armées pour les civiles sans défense, quelle que soit leur confession.

 

Même si des troupes étaient nécessaires en vue d'éviter des bains de sang à l'intérieur du pays, « elles doivent venir avec une meilleure stratégie, une organisation et des objectifs clairs, afin qu’elles ne mènent pas leurs opérations chacun de leur côté, mais ensemble », a expliqué le père Aurelio. Deux mois après le déploiement des forces françaises, « elles n'ont montré aucune stratégie ou vision commune », a certifié le prêtre italien. D'après lui, elles n'auraient même pas réussi à sécuriser les routes principales entre Bangui et le Cameroun.

 

Le Programme alimentaire mondial est donc contraint de larguer ses aides au-dessus de Bangui, à l'aveugle, plutôt que de la distribuer. La mise en œuvre de la Convention de Genève en Centrafrique serait une bonne idée, a assuré le père Aurelio. « Mais, il n'y a même pas de cours de justice pour les citoyens normaux en République centrafricaine, comment voulez-vous alors avoir une cour pour les crimes de guerre? », a-t-il interpellé. De l’aveu même de Ban Ki-Moon, la mission internationale MISCA et les troupes françaises de l'opération Sangaris pour le maintien de la paix « manquent de ressources et sont débordées ».

 

Père Aurelio partage le même point de vue et signale que les troupes étaient à l'heure actuelle incapables de répondre d’urgence à des appels à l'aide dans des zones situées à 60 km, car elles étaient à court de carburant.« Au vu du montant des financements dont ils bénéficient, il serait bon de s'y attarder un peu plus longtemps », a-t-il poursuivi.« [Ce manque de financement] représente un risque pour le bon déroulement de leurs missions ». La France défend avant tout ses intérêts Le père Aurelio a par ailleurs déclaré qu'il « y avait de fortes chances » que les troupes Sangaris aient été déployées pour protéger les intérêts commerciaux de la France. « Les troupes françaises n'essaient même pas de s'en cacher », selon lui. « En principe, ils sont là pour protéger les intérêts des entreprises et des citoyens français », et alors que ce but peut être louable, « nous ne pouvons pas ignorer [la possibilité] qu'il y ait d'autres intérêts en jeu », a-t-il nuancé.

 

La République centrafricaine possède d'importants gisements d'uranium, de pétrole et d'autres minerais. Les rebelles Seleka sont suspectés de financer leurs actions armées grâce à la vente de diamants provenant des mines saisies. « La production pétrolière n'a pas encore commencé jusqu'à maintenant, mais cette possibilité existe et la Chine et la France l’envisagent », souligne le prêtre. « Il y a également de l'uranium et la faiblesse du gouvernement permet [aux entreprises] d'avoir un contrôle plus fort sur tous les contrats et concessions en vue d'exploiter les ressources du sous-sol ». Une partition du pays est en train de se produire de facto. Les citoyens musulmans fuient en effet vers le Tchad et vers le nord et l'est du pays.

 

Par conséquent, les Seleka, qui se sont déplacés en même temps que les réfugiés musulmans, occupent maintenant des zones riches en ressources minières. D'autres pouvoirs étrangers, mais régionaux, ont également des intérêts dans l’avenir du pays, notamment dans les zones qui présentent de ressources en bois exotique et des pâturages. « Nous sommes entourés de pays qui ont de grands troupeaux, mais qui n’ont nulle part où les faire pâturer », a souligné le prêtre. « Ils ont des vues sur ces pâturages ».

 

 

CONTEXTE

 

La République centrafricaine, l'un des pays les moins avancés au monde, a obtenu son indépendance de la France en 1960. Depuis, le pays est régulièrement le théâtre de coups d'État, d'interventions étrangères et est souvent déstabilisé politiquement. En 2012, la coalition musulmane Seleka, s'est emparée du pouvoir. Elle a par la même occasion évincer le président François Bozize, et plonger le pays dans les violences interethniques.

 

Le conflit a provoqué la mort de milliers de musulmans. Des milliers d’entre eux ont pris le chemin de l’exil, au même moment où la Seleka était renversée par des milices anti-Balaka, constituées de chrétiens et d'animistes. L'ONU, ainsi que d'autres institutions internationales, a mis en garde contre un risque élevé de génocide en Centrafrique. Les États membres de l'UE se sont mis d'accord pour envoyer 1000 soldats en vue de stabiliser le pays.

L'aide internationale n'arrive pas en Centrafrique

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