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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 23:21

 

 

 

 

(L'Humanité 13/03/14)

 

Le pays, confronté aux exactions des différentes milices, est toujours incapable de payer les arriérés de salaires de ses fonctionnaires. La France préfère l’envoi de troupes à l’aide financière.

 

Des files d’attente interminables se sont formées très tôt, hier matin, devant les principales banques de Bangui, prises d’assaut par des fonctionnaires impatients de récupérer leur argent et qui venaient d’apprendre qu’ils allaient percevoir un mois de salaire sur les six non perçus. Les salaires n’avaient plus été versés aux fonctionnaires depuis le mois de septembre 2013. La crise a paralysé toutes les administrations, à commencer par les régies financières (douanes, impôts, Trésor public…), privant l’État des ressources nécessaires pour payer les salaires et les retraites.

 

« Mieux vaut un mois que rien. On ne vit plus. Pourvu que le gouvernement fasse l’effort de nous ajouter un ou deux autres mois, si la trésorerie le permet », espérait, optimiste, Jean Nguélébo, cadre dans la santé. « Avec ça, la famille peut prétendre à quelques plats de pointinini (à base de petits poissons de mer), en attendant les jours meilleurs », expliquait Cyrille Ngoazeyou, enseignant, considérant que « dans la situation actuelle, on se contente de ce qu’on a ».

 

Des mois sans salaires

 

Mais beaucoup exprimaient aussi leur mécontentement et leur impatience, après ces long mois d’attente sans salaires. « Les banques ne nous font pas de cadeau. Elles prélèvent systématiquement tout ce que les fonctionnaires avaient perçu comme avance et en une seule fois. Certains ont moins de 15 000 ou 20 000 francs CFA (23 ou 30 euros), d’autres moins de 50 000 FCFA ! » s’emportait Anatole Zégbé, cadre aux Eaux et Forêts, affichant une mine renfrognée. « Moi, par exemple, j’ai la moitié de mon salaire. Et ça va me servir à quoi ? » s’agaçait-il. « Le premier ministre a pris soin de rencontrer les dirigeants des banques avant la paie. Il aurait pu voir avec eux la possibilité d’obtenir une dérogation pour ce premier salaire afin que rien ne soit ôté. Que vont faire ceux qui n’ont rien à percevoir à cause des conditions bancaires ? » s’insurgeait à son tour un agent d’hygiène, Kléber Bossoko. Un peu plus loin, un autre enseignant, Jean-Christ Mbaké, renchérissait : « Même Bozizé (ancien président, renversé en 2013 – NDLR) faisait mieux. Il nous avait donné, deux ou trois fois, deux sim (deux salaires). »

 

Le 28 février, François Hollande, de passage à Bangui, avait annoncé que les salaires des agents de l’État seraient rapidement versés. Une annonce étonnante. D’abord, parce que, à ses côtés, se trouvait la présidente par intérim, Catherine Samba-Panza, qui aurait dû délivrer elle-même ce message. D’autant que la France ne verse pas un centime dans ce dossier. Les pays de la région ont été priés de mettre la main à la poche. Visiblement pas suffisamment puisque la dotation ne couvre qu’un mois de salaire. Aucune communication n’a été faite sur les prochains versements. « Je voulais bien vous donner deux sim, mais les moyens font défaut. Vous allez vous contenter de l’unique sim et peut-être, prochainement, je pourrai vous donner deux, trois, quatre, voire cinq sim », avait déclaré, samedi, Catherine Samba-Panza, dans un discours en langue nationale sango prononcé à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme.

 

Pascal Canfin, ministre délégué chargé du Développement, s’est rendu en Centrafrique pour s’entretenir avec Mgr Dieudonné Nzapalainga et avec Omar Kobine Layama, respectivement archevêque et imam de Bangui. Un déplacement dont on voit mal l’intérêt si ce n’est à montrer la place indéfectible de la France, qui finance les armes mais pas les salaires.

Corps découpés à la machette Trois musulmans se rendant à l’aéroport de Bangui M’Poko ont été attaqués dans le quartier Combattant, l’un des plus dangereux de la capitale (proche de l’aéroport où sont basées les forces françaises Sangaris et africaines Misca), au moment d’une panne survenue à leur voiture. Les trois personnes ont été abattues et leurs corps mutilés. Par ailleurs, une quatrième personne musulmane, habitant le quartier Malimaka dans le 5e arrondissement, a été attaquée par des individus qui l’ont lynchée et découpée à la machette. Certaines parties de son corps, notamment ses mains, ont été portées par des jeunes faisant le tour du quartier. Les corps de toutes ces victimes ont ensuite été ramassés par la Croix-Rouge centrafricaine.

 

Pierre Barbancey

Un État toujours exsangue face aux massacres

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