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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 15:46

 

 

 

 

 

(Le JDD 18/03/14)

 

La vie reprend à Bangui. Les habitants sont de nouveau nombreux à circuler et commercer aux bords des routes de la capitale centrafricaine. Le couvre-feu vient d'être allégé : il est passé de 20h à 23h, et reste en vigueur jusqu'à 5h du matin. "Il y a quelques semaines, pas grand monde ne se risquait dehors", indique un membre de l'ambassade de France. L'intervention en décembre des forces françaises, en appui des troupes africaines de la Misca, a au moins permis de rétablir un semblant d'ordre. Mais les actes de représailles se poursuivent, en particulier contre les musulmans qui n'ont pas fui la ville. "Il y a des ghettos. Dans le 3e arrondissement, un musulman ne peut pas faire trois carrés de maisons sans risquer de se faire tuer", s'alarme Jacques Seurt, conseiller à l’Organisation internationale pour les migrations.

 

Ces "ghettos" sont autant d'enclaves qui se sont formées dans la capitale, cernées par les anti-balaka, ces groupes chrétiens armés qui continuent de menacer. "Dans ces enclaves, on voit les gens mourir devant nous, on compte les morts", explique Nicolas Fuchs, responsable de la mission d’Action contre la Faim en République centrafricaine. "La principale enclave se situe à la mosquée de Bégoa (au nord de la ville, Ndlr), qui est certainement l'une des situations les plus tragiques qu'on puisse connaître sur le plan humanitaire. Mais on retrouve cette situation ailleurs dans le pays. Aujourd'hui, les musulmans de l'ouest du pays sont en danger."

 

Plus de la moitié de la population a besoin d'assistance

 

Certaines ONG n'hésitent d'ailleurs pas à parler "d'épuration". La communauté musulmane ne représente plus que 2% de la population centrafricaine, contre 15% il y a encore quelques mois. Les autres ont fui à l'étranger. Malgré des estimations difficiles à réaliser, il y aurait près de 300.000 réfugiés, dont 130.000 au Cameroun à l'ouest. Ceux qui se sont déplacés à l'intérieur du pays sont encore plus nombreux, entre 650.000 et 800.000, dont 232.000 habitants rien qu'à Bangui. Selon l'ONU, plus de la moitié de la population - 2,5 millions de personnes sur 4,6 - a "besoin d'assistance". La présidente de transition, Catherine Samba Panza, a elle-même évoqué une "catastrophe humanitaire" dans son pays. "Il y a effectivement une situation de catastrophe, avec un léger mieux à certains endroits dont Bangui", résume l'ambassadeur de France, Charles Malinas. "Cette amélioration est évidemment très relative, des centaines milliers de personnes n'accédant pas à la nourriture et aux soins."

 

La prise en charge des blessés et malades pose elle-même problème. A l'hôpital communautaire de Bangui, principal établissement de la ville, les difficultés se constatent tous les jours, malgré l'appui de la Croix rouge. "S'il fallait tenir compte des normes internationales, cet hôpital devrait être fermé", explique son directeur, Pierre-Alfred Issa Mapouka, qui parle d'un "problème de réhabilitation et de rééquipement". L'Union européenne tente de répondre à cette urgence : la commissaire chargée de l'Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, a annoncé lundi l'envoi de 100 tonnes supplémentaires de médicaments et d'équipements.
 

"La présence militaire est totalement insuffisante"

 

L'insécurité alimentaire représente un autre danger. En déplacement vendredi en Centrafrique pour rencontrer les autorités de transition, le ministre français chargé du Développement, Pascal Canfin, parle d'"une course contre la montre" : "Si nous ratons dans les prochaines semaines, avec le début de la saison des pluies, la distribution des semences et de l’aide alimentaire, nous aurons un véritable risque de famine dans trois à six mois." Carlos Veloso, coordinateur du Programme alimentaire mondial pour la Centrafrique, ne parle pas encore de "famine" mais de "sévère manque alimentaire". "Il y a 30 à 40% de denrées alimentaires en moins par rapport à l'an dernier", explique-t-il, alors que son organisation veut porter secours à 1,25 million de personnes qui risque de souffrir de la faim.

 

Mais ce défi ne pourra être relevé si la sécurité est rétablie sur les axes du pays. Or, pour l'heure, la situation reste précaire en dépit des 2.000 français et 6.000 hommes de la Misca déployés. De nombreuses zones restent hors de contrôle, en particulier à l'Est du pays. Les ex-Séléka musulmans, issus de la rébellion qui avait renversé le régime il y a un an, s'y renforceraient même.

 

"La présence militaire est totalement insuffisante et pas préparée à faire face à des questions de sécurité civile", assure Nicolas Fuchs, qui évoque une "forte hausse de la criminalité" en raison de l'impunité qui règne dans le pays. A Bangui, "cela fait plus d'un an qu'il n'y a pas eu d'audience pénale", expliquait ainsi vendredi Bruno Hyacinthe Gbiegba, vice-président du réseau des droits de l'Homme. Or, " il faut que justice soit faite pour qu'il y ait réconciliation de la société", fait-il remarquer. Quand bien même, le processus s'annonce long. "Pour réconcilier chrétiens et musulmans, il faudra sans doute une génération", pronostique-t-on à l'ambassade de France.

 

Arnaud Focraud, à Bangui - leJDD.fr

 

http://www.lejdd.fr/International/Afrique/La-Centrafrique-fa...

Lu pour vous : La Centrafrique face à la catastrophe humanitaire

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