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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 23:22

 

 

 

 

 

24/03/2014

 

En mars, l’archevêque de Bangui, le président de la communauté islamique centrafricaine et le chef des protestants centrafricains étaient en France et aux États-Unis pour dresser un état des lieux de leur pays et demander de l’aide.

 

 « C’est une crise militaro-politique », affirme Mgr Dieudonné Nzapalaïnga, l’archevêque de Bangui et directeur de la Caritas centrafricaine, lors de son passage à Paris. Accompagné de l’imam Oumar Kobine Layama, président de la communauté islamique centrafricaine, et du révérend Nicolas Guérékoyame Gbangou, président de l’Église protestante, l’archevêque avait rendez-vous le mardi 11 mars avec Jean-Marc Ayrault, Premier ministre français, juste après avoir été reçu au Secours Catholique.

 

Le symbole est fort : les trois principaux leaders religieux du pays font bloc pour dénoncer la violence et la tentation de faire porter à l’une ou l’autre confession la responsabilité de la crise. Un conflit débuté après la chute du président Bozizé, il y a un an, et qui a vu le pays se déchirer suite aux attaques de troupes rebelles. Les premières, les Selekas, composées à majorité de musulmans, ont appuyé le coup d’État de Michel Djotodia au début de l’année dernière ; les autres, anti-Balakas, formées essentiellement de chrétiens et menées par d’anciens officiers du régime Bozizé, ont justifié leur action par la nécessité de se défendre face aux premières.

 

Bandits, militaires et politiques

 

L’imam reprend à son tour les propos de l’archevêque : « Cette crise n’est pas religieuse. Elle a été perpétrée par des bandits, des militaires et des politiques. » Auxquels il faut sans doute ajouter des criminels sortis de prison à la faveur de ces changements successifs de régime.

 

Les trois hommes, lors de leur tournée européenne et américaine, ont dressé l’état actuel de leur pays : les musulmans ont fui en masse. Beaucoup se sont réfugiés au Tchad. Si l’imam, sa femme et ses six enfants, résident encore à Bangui, c’est parce que Mgr Dieudonné Nzapalaïnga leur a offert l’hospitalité et qu’ensemble ils vivent à l’archevêché.

 

La situation du pays, décrite par leurs bouches, est inquiétante. Tel est le message urgent qu’ils entendent faire passer, tant auprès du gouvernement français, qu’auprès des sénateurs américains et des représentants des quinze pays siégeant au Conseil de sécurité des Nations unies. L’administration centrafricaine n’existe plus. La justice, l’éducation, l’armée, les services de santé ont disparu. La Présidente de transition et son gouvernement temporaire n’ont pas les moyens d’agir. Les caisses sont totalement vides. Rien pour financer des actions ou des personnels. Du coup, les bandits prolifèrent, enrôlant de jeunes désœuvrés qu’ils incitent à brûler, piller et détruire. « Tous les moyens manquent à l’État » conclut Mgr Dieudonné.

 

Le message de la souffrance d’un peuple

 

Les trois hommes poursuivent en disant que les communautés musulmane et chrétienne ont toujours vécu en bonne intelligence en Centrafrique. « D’ailleurs, à l’est du pays, ajoute Oumar Kobine Layama, les chrétiens et les musulmans vivent aujourd’hui encore dans la paix. Mais, des deux côtés, on a beaucoup tué ! »

 

« Tous les trois, enchaîne Mgr Dieudonné, nous avons agi ensemble, sans attendre, pour la survie de tous. Notre tournée en Occident doit faire passer le message de la souffrance du peuple, nous devons expliquer les racines de la crise, aujourd’hui en France, à Matignon et au Quai d’Orsay, demain en Allemagne et aux parlementaires européens, puis la semaine prochaine aux sénateurs américains et enfin aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies. »

 

Comment les trois hommes conçoivent-ils la reconstruction de leur pays ? L’archevêque juge nécessaire une première étape, préalable à la reconstruction : celle de la justice et de la réconciliation. « Il nous faut parler autour d’une table, dire non à l’impunité, inciter les citoyens des deux bords à prendre leur responsabilité (restituer ce qui a été volé, par exemple), explique Mgr Nzapalaïnga. La réconciliation doit être accompagnée d’actes, car les adultes ont perdu le sens du vivre ensemble. »

 

Vivre ensemble

 

C’est pour ce « vivre ensemble » à nouveau que le pasteur, l’imam et l’archevêque se sont faits ambassadeurs de leur pays auprès de la communauté internationale. Ils demandent que soient ouvertes des écoles de la paix, « des écoles pilotes où étudieraient les enfants des trois religions et où serait cassé l’esprit de division et de haine ». Même chose pour les « centres de santé mixtes » pouvant accueillir tout le monde, « car la guerre a fait de terribles dégâts dans les esprits ».

 

Les trois hommes souhaiteraient que ces écoles et ces centres de santé dépendent directement de la “plateforme des confessions religieuses” qu’ils avaient (de façon prémonitoire ?) créée le 27 septembre 2012, quelques mois à peine avant que le pays ne sombre dans la guerre.

 

Jacques Duffaut


 

Le S.O.S. de Caritas Internationalis

 

Caritas Internationalis (CI) a lancé le 20 mars un vibrant appel au secours pour la Centrafrique. « Des mois de troubles et de violences ont laissé le pays dévasté ! La moitié des civils a besoin d’aide, plus de 600 000 habitants ont fui leurs maisons et cherchent refuge dans des camps ou dans des églises, mosquées… Le taux de malnutrition est alarmant. »

 

Parlant du sort de beaucoup de musulmans pourchassés par des miliciens issus de la partie chrétienne de la population, l’archevêque de Bangui, président de Caritas Centrafrique, est clair : « Leurs vies sont menacées. Il pourrait y avoir un génocide ! »

 

CI appelle à la mobilisation générale. Elle lance un appel au réseau des Caritas nationales pour s’engager dans un programme de 1,2 million d’euros : secours alimentaires, soins de santé, aides scolaires, abris. En outre, la confédération prévoit une aide de 500 000 euros pour soutenir les civils réfugiés au Tchad, le pays du Nord.

 

L’aide de CI comprendra la fourniture de semences, d’outils agricoles, de médicaments aux cliniques et hôpitaux endommagés par le conflit, de l’équipement nécessaire pour reconstruire des maisons, garantissant à 450 familles la possibilité de dormir à l’abri d’ici fin 2014.

 

Autre cri d’alarme de Caritas : « Chaque enfant qui retourne à l’école en Centrafrique est une victoire ! 14 400 orphelins ou enfants aux prises avec la tragédie actuelle recevront du matériel scolaire. Nous aiderons aussi les parents pour que leurs enfants puissent aller à l’école toute l’année. »

 

Lu pour vous : Centrafrique : l’union des religieux pour la paix

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