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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 15:10

 

 

 

 

 

http://www.humanite.fr/  

 

Bria (Centrafrique),  28 Février 2014 reportage de notre envoyé spécial. À six cents kilomètres au nord-est de Bangui, Bria est au cœur du fief des Séléka, ces milices d’obédience souvent musulmane qui ont renversé l’ancien potentat François Bozizé. La cité était surnommée « la Scintillante » à cause de ses diamants. Exsangue, elle semble retenir son souffle dans la crainte des violences. 

 

« Bria la Scintillante ». C’est ainsi qu’est surnommée cette ville de la Haute-Kotto, à six cents kilomètres au nord-est de Bangui. Ce qui scintille ? Le diamant ! Pourtant, dans les grandes allées poussiéreuses de latérite, ce qu’on distingue avant tout ce sont des hommes en armes, aux treillis dépareillés, pas toujours très avenants. Bria est, avec Ndélé, dans le Bamingui-Bangoran, le fief des ex-Séléka. C’est là que bon nombre d’entre eux ont trouvé refuge après avoir été forcés de quitter la capitale, chassés par les troupes françaises de l’opération « Sangaris » et celles de la Misca (les forces africaines), laissant une bonne partie de la population subir les exactions des anti-balakas.

 

L’atmosphère est étrange ! A priori, le calme règne. Des enfants jouent, des femmes portent leurs paniers sur la tête, les hommes sont assis cherchant le repos à l’ombre des boutiques. Les voitures sont rares. Seules circulent des motos qui filent comme des libellules au-dessus d’un plan d’eau. Rien que de très normal lorsqu’on sait que le carburant est rare et cher. Les regards pourtant sont lourds, suspicieux. « On maintient la paix en Haute-Kotto», affirme Robert Morgode, le préfet qui nous reçoit dans une tenue d’apparat – casquette comprise – qui n’a rien à envier à celle des préfets français et se dit à la tête d’une « préfecture post-conflit». À l’entendre, tout irait bien à Bria. Voire ! Les bâtiments administratifs ont été brûlés il y a un an par des Séléka déchaînés et son autorité actuelle vaut plus par un modus vivendi accepté par le commandement militaire de la zone entre les mains, justement, des ex-Séléka.

 

Nommé par Michel Dotodjia, le colonel Ousta estime avoir « arrêté le désordre à Bria ».

 

Le « comzone », comme on l’appelle ici, est le colonel Ali Ousta, un géant à la mâchoire prognathe, des plus impressionnant. Nous avions eu le loisir d’apprécier son autorité en l’entendant, la veille de notre rencontre, sur les ondes de la station communautaire locale, Radio Barangbaké. Dans le plus pur style militaire, il mettait en garde « ceux qui commettent des braquages, se promènent en armes la nuit, portent des treillis et font accuser les Séléka». À ceux-là, ils lançaient un avertissement : « J’ai donné ordre à la police militaire de les abattre s’ils sont pris en flagrant délit.» Nommé par l’ancien président de la transition, Michel Dotodjia, le colonel Ousta estime avoir « arrêté le désordre à Bria». Pour cela, ancien forestier, il s’est déplacé en brousse pour « demander aux gens de revenir». Un périple qui l’a amené jusqu’à Nzacko, à plus de 130 kilomètres. « J’ai eu affaire à Joseph Koni et à ses rebelles de la LRA (l’armée de résistance du seigneur, sanguinaire rébellion ougandaise qui sévit aux frontières du Tchad, du Soudan et de la Centrafrique– NDLR). Ils avaient enlevé plus de 60 personnes. On les a eus à la frontière du Soudan et on a récupéré tous les otages», raconte-t-il. Une façon de montrer que l’époque Séléka est révolue. « Nous sommes ici dans un site de cantonnement. Autrefois, c’est vrai, il y avait des étrangers parmi nous (allusions aux miliciens tchadiens et soudanais que comptait la Séléka– NDLR), mais ce n’est plus le cas. Les armes que nous avons servent à protéger les personnes et les biens», explique encore le colonel Ousta, qui dit « attendre des instructions du ministère de la Défense». Des instructions qui tardent à venir. Comme il le révèle, des soldats français sont venus à deux reprises à Bria, hélicoptères à l’appui, puis s’en sont allés après quelques tensions.

 

« Depuis le temps des Blancs, déjà, il n’y a rien, même pas de routes, pas d’écoles, pas d’hôpitaux. »

 

Forcés de fuir Bangui, bon nombre d’originaires de Bria sont revenus, dont beaucoup de fonctionnaires. C’est le cas de Delphin Grebaye « chrétien mais de famille musulmane», comme il le dit – qui dénonce l’idée d’une guerre confessionnelle et préfère parler d’un nord délaissé de tout temps, y compris pendant la colonisation. « Depuis le temps des Blancs, déjà, il n’y a rien, même pas de routes, pas d’écoles, pas d’hôpitaux.» Pour Mahamat Service, ingénieur géographe, « le calme était revenu à Bangui. On avait même repris le travail. Mais quand les soldats français sont arrivés, le désordre a commencé, on a été attaqué. Si on demande à la France d’envoyer cent personnes pour l’éducation ou pour des tâches d’intérêt général, on n’aura rien. Par contre, elle sait envoyer ses troupes». Pour les étudiants, la situation est encore plus dramatique. La Centrafrique ne possède qu’une université. Elle est à Bangui. Les cours ont repris mais ceux qui se trouvent à Bria, dans l’impossibilité matérielle et sécuritaire de retourner dans la capitale, sont pénalisés et leur année compromise. « Il ne me reste que deux matières à valider mais j’ai trop peur d’aller à Bangui», avoue Kamal Come. Miskine Zackarie explique qu’il aimerait bien continuer ses études mais « je suis renié à cause de mon appartenance ethnique de la région du nord-est ». Pis, comme le souligne El Makin Mansour, « certains de nos collègues ont été froidement abattus, d’autres ont été kidnappés». Ils ont lancé un appel (et demandé à l’Humanité de le relayer) à l’Unesco, aux ONG et aux universités « pour poursuivre nos études dans une université qui pourra nous accueillir».

 

Ce soir-là, à proximité de notre logement, une altercation entre ex-Séléka a viré au drame

 

Les troupes du colonel Ousta ne touchent plus la prime globale d’alimentation (PGA) et ne sont pas payées. Alors, ses hommes touchent quelques subsides pour sécuriser les camions qui passent ou laisser passer les marchandises aux barrières d’entrée. À peine quelques billets en poche, ils se précipitent dans une cave (les bars locaux) où ils ingurgitent un alcool frelaté (70 degrés, quand même !) qui les rend fous. Dans ces moments-là, les femmes évitent de les croiser et se cachent aussi vite que possible. Ce soir-là, à proximité de notre logement, une altercation entre ex-Séléka a viré au drame. L’un a lancé une grenade, blessant plusieurs personnes avant d’être abattu. Le lendemain, pour un rien, les armes ont encore parlé aux quatre coins de la ville, semant la terreur parmi les habitants. Tout le monde sait que, chaque jour, arrivent des réfugiés dont certains n’ont pas lâché leurs armes. Des recrues potentielles pour des milices ou des rébellions, venues des frontières toutes proches, que l’ont dit en pleine recomposition.

 

Bria la Scintillante est recouverte d’une sale poussière. Non plus celle de la latérite, si belle, mais celle de la misère, de la peur et de la déshérence, si affreuse celle-là.

 

 

À Boungou, une rivière de diamants qui excite les convoitises

 

http://www.humanite.fr/  

 

Boungou 28 Février 2014 (Centrafrique), envoyé spécial. Officiellement étroitement contrôlée, l’extraction des pierres précieuses fait la convoitise des marchands aussi bien que des groupes armés.

 

Le village de Boungou 2, situé pratiquement sur les berges de la rivière Boungou, à une vingtaine de kilomètres de Bria, ne paie pas de mine. Enfin, c’est une façon de dire. Parce que des mines, il y en a ! La rivière draine du grès dans lequel se trouvent un grand nombre de petites pierres, très précieuses : les diamants. Un bonheur et un malheur pour les habitants.

 

Hamat Mahamat est ce qu’on appelle un artisan minier. Financé par un collecteur, il construit des petits barrages sur le fleuve, là où se trouve le lit vif, pour que les ouvriers qu’il emploie puissent, à grands coups de pelles, remplir les tamis et retenir les pierres. Un travail dur, ingrat, usant pour ces hommes qui ont autant les pieds dans l’eau que dans la pauvreté. Ici, pas de pelleteuses ou autres machines coûteuses comme l’utilisent des compagnies canadiennes et chinoises (les Sud-Africains ont déserté les lieux il y a peu) dans des secteurs plus éloignés, mais des motopompes de fortune. « Pour trouver les bons endroits, il suffit de regarder la couleur de la terre», dit l’artisan.

 

Officiellement, l’extraction du diamant est sous haute surveillance administrative. Pour s’y rendre il faut même montrer patte blanche. Simon Bouyoulo, chef du service préfectoral des mines de Bria, qui nous accompagne, explique que son rôle est de contrôler le secteur et le circuit des diamants. « Sinon, il y aurait beaucoup de contrebande», assène-t-il sans rire. Il parle consciencieusement de la patente qui doit être réglée, du registre dans lequel tout est noté et s’inscrit en faux contre le « processus de Kimberley », regroupement d’États pour la supervision de l’extraction et du flux financier généré. Le diamant de Centrafrique étant soupçonné de financer des groupes armés, le pays n’est plus autorisé à en exporter depuis mai 2013. Ce qui, bien sûr, n’empêche pas les pierres d’être vendues à l’étranger puisqu’en réalité la surveillance est impossible et la corruption largement répandue.

 

Si les ex-Séléka se sont installés dans cette zone, ce n’est évidemment pas pour rien. Les habitants sont peu loquaces lorsqu’on aborde cette question. Certains acceptent néanmoins, si on ne dévoile pas leur nom, de raconter comment ils se font racketter à chaque franchissement de barrières contrôlées par les miliciens en treillis. D’autres racontent les attaques subies, de nuit, par des hommes en armes à la recherche de sacs de diamants. Mais aucun n’est jamais allé se plaindre…

 

Pour les artisans et les ouvriers du diamant, la situation actuelle est un manque à gagner certain. Abdelkader, un garagiste de Bria qui fait aussi dans l’extraction de diamants, en sait quelque chose. « Récemment, j’ai trouvé un diamant de 12 carats », assure-t-il. « Je ne l’ai vendu que 200 000 francs CFA (un peu plus de 300 euros – NDLR). Mais j’ai besoin d’argent». Une baisse du coût qui n’est pas perdue pour tout le monde. Les bureaux d’achat, comme Sodiam ou Badica Côte d’Azur, à la surface financière suffisante, peuvent se permettre de stocker en attendant une reprise des ventes, moment où la plus-value sera extrême.

 

Pierre Barbancey

 

Lu pour vous : Centrafrique : Au nord d’un pays meurtri par la misère et la peur
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