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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 13:28

 

 

 

 

 

http://www.jolpress.com/

 

Dans un rapport remis début mars aux membres du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a recommandé de déployer une mission de près de 12 000 Casques bleus (10 000 soldats et 1820 policiers) en République centrafricaine. Cette mission internationale, qui doit renforcer la sécurisation du pays, en proie à d’extrêmes violences depuis le coup d’État perpétré il y a un an contre l’ancien président Bozizé, est-elle souhaitable, alors que de nombreux Centrafricains attendent une reconstitution de leur propre armée ? Éléments de réponse avec Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, en charge de l’Afrique.

 

JOL Press : Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a recommandé la semaine dernière dans un rapport le déploiement de près de 12 000 Casques bleus en Centrafrique. Pourquoi souhaite-t-il l’envoi de cette mission onusienne ?
 

Philippe Hugon : La situation est loin d’être réglée en Centrafrique, où les musulmans de la Séléka [rébellion qui a pris le pouvoir en mars 2013] et les forces anti-balaka [milices d’auto-défense] s’affrontent. C’est évident que les forces africaines ou les forces françaises de l’opération Sangaris [sur place depuis décembre 2013] ne sont pas à même d’être des forces d’interposition suffisantes. De ce point de vue-là, il faut impérativement – et cela a été dit depuis longtemps – que les forces africaines s’intègrent dans les forces des Casques bleus. Les États-Unis sont quand même assez réticents, parce que cela a un coût financier, même s’ils se sont ralliés à la position de Ban Ki-moon. Il  y aura donc vraisemblablement l’envoi de Casques bleus à l’automne prochain.

 

JOL Press : Une mission de l’ONU serait-elle réellement efficace ?
 

Philippe Hugon : Le principal problème, c’est la reconstitution des forces de sécurité centrafricaines (l’armée, la gendarmerie et la police). Or il est évident que les forces étrangères, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales, ne sont pas à même de remplacer les forces de sécurité nationales ni d’assurer totalement la paix. La situation actuelle n’est pas du tout calmée : le pays est scindé, de manière schématique, entre la Séléka qui contrôle l’est du territoire et les anti-balaka qui contrôlent l’ouest du pays. Ceci étant, les Casques bleus joueront un rôle absolument indispensable, celui de force d’interposition. C’est d’ailleurs ce qu’a dit le chef d’État, Madame Samba-Panza, qui a demandé d’urgence que des forces des Nations unies soient déployées dans l’espace centrafricain.

 

JOL Press : L’Union européenne doit également déployer une mission chargée de sécuriser l’aéroport et certains quartiers de Bangui. Pourquoi les pays européens, excepté la France, sont-ils si peu impliqués dans le pays ?

 

Philippe Hugon : Il se trouve que le rôle de « gendarme », accepté de fait par l’Union européenne, est assuré par une ancienne puissance coloniale : la France. Vu les drames humanitaires (1 million de Centrafricains sont réfugiés ou déplacés) et les exactions (plus de 2000 morts), il serait normal que l’UE en tant que telle intervienne et non la France. Mais on connaît la forte réticente d’un certain nombre de partenaires européens, à commencer par les Allemands, qui ne souhaitent pas intervenir dans ce qu’ils appellent le « bourbier africain ». Ils ont déjà accepté  d’intervenir au sein d’une brigade franco-allemande au Mali, en contrepartie de leur non-intervention en Centrafrique.

 

Les pays européens sont extrêmement en retrait par rapport à une question qui n’atteint pas leur sécurité proche. Peu d’Européens sauraient même définir ce qu’est la Centrafrique et où elle se trouve. Il y a un problème de culture et de méconnaissance des citoyens européens, ce qui n’est pas totalement le cas des anciennes puissances coloniales – l’Afrique est plus présente dans leurs connaissances et dans leurs représentations.

 

Le principe européen, tout à fait louable mais qui ne se traduit pas par une totale efficacité, c’est de dire : on finance et on appuie les troupes africaines mais la pax doit être africana et on n’a pas à intervenir directement. Il y a consensus sur l’idée qu’après 50 ans d’indépendance, c’est aux Africains d’assurer leur propre sécurité. Le problème, c’est que l’on voit très nettement que les forces multilatérales africaines n’ont pas une totale efficacité, pour ne prendre que le cas de la Centrafrique.

 

JOL Press : Pourquoi les forces africaines présentes sur place (la MISCA) ne parviennent-elles pas à maîtriser la situation ?

 

Philippe Hugon : Le Tchad a été partie prenante dans le conflit. Or lorsqu’un pays appuie une des forces présentes, cela ne permet pas à cette force de jouer réellement son rôle d’interposition. Par ailleurs, les forces veulent aujourd’hui s’interposer par rapport à une cristallisation des affrontements qui ont lieu selon des critères à la fois ethniques et religieux. Mais dans ces affrontements, les opérations doivent être de police ou de gendarmerie. Des opérations militaires ne peuvent aboutir à une sécurisation durable des personnes et des biens. Les troupes africaines de la Misca ne réussissent donc pas plus que les forces Sangaris.

 

Ensuite, il est évident que dans les forces de la Misca, certains pays d’Afrique centrale n’ont pas du tout les mêmes intérêts. Il est donc très difficile d’avoir des mandats extrêmement clairs, sans compter les problèmes classiques des armées africaines : manque de logistique et de commandement, formations militaires différentes... Il y a donc à la fois des causes qui tiennent à la situation en Centrafrique et des causes spécifiques aux forces multilatérales africaines.

 

JOL Press : Pour beaucoup de Centrafricains, la reconstruction d’une nouvelle armée nationale est primordiale pour assurer la sécurisation du pays. Cette reconstruction est-elle aujourd’hui possible ?

 

Philippe Hugon : C’est effectivement la priorité mais cela prendra énormément de temps. Reconstituer une armée signifie former, retrouver une hiérarchie, trouver des financements pour payer les militaires... Un des autres enjeux est de savoir si les ex-Séléka seront ou non réintégrés dans une armée nationale et à quel grade ceux qui ont été des opposants seront intégrés. C’est le problème classique de ce que l’on appelle le DDR (Démobilisation Désarmement Réinsertion).

 

Ainsi, non seulement la reconstitution d’une armée coûte cher, prend du temps et nécessite une logistique, mais en même temps se pose le problème de savoir que faire de ceux qui se sont opposés au pouvoir ou qui ont pris le pouvoir par les armes. C’est le cas de la Séléka qui a pris le pouvoir en Centrafrique en mars dernier en chassant Bozizé par les armes, et cette question reste très difficile à régler.

 

Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press

 

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Philippe Hugon est directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en charge de l’Afrique. Consultant pour de nombreux organismes internationaux et nationaux d’aide au développement, il enseigne au sein du Collège interarmées de défense et l’IRIS SUP’. Il a par ailleurs enseigné au Cameroun et à Madagascar. Il est également directeur scientifique de la Revue Tiers Monde et chargé du chapitre « Afrique Subsaharienne » dansL’Année stratégique. Il a récemment publié une note sur « Les défis de la stabilité en Centrafrique ».

 

Centrafrique: une intervention des Casques bleus est-elle souhaitable?

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