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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 13:04

 

 

 

 

Par Sarah Diffalah  11-03-2014 à 10h35

 

Pour Toussaint Kongo Doudou, ministre des Affaires étrangères de Centrafrique, le pays connaît "une petite accalmie". Interview.

 

Le ministre des Affaires étrangères de Centrafrique, Toussaint Kongo Doudou, est reçu par son homologue français Laurent Fabius mardi 11 mars. Il a accordé au "Nouvel Observateur" un entretien pour évoquer la situation de son pays.

 

Vous revenez de New York où vous avez plaidé devant les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU en faveur du déploiement de casques bleus en Centrafrique. Une force de maintien de la paix qui ne sera pas sur pied avant l'automne. Trouvez-vous le temps long ?

 

- La formation d'une opération de maintien de la paix prend du temps. Il faut mobiliser les ressources, les troupes, les transporter et les envoyer en action. Ce que nous voulons, c'est que l'engagement se fasse maintenant et qu'une résolution soit votée courant mars, ce qui pourrait être le cas car il semble se dégager un certain consensus sur l'urgence de la situation.

 

Une fois, la résolution votée, l'ONU enverra une équipe préliminaire pour veiller aux questions de logistiques. Il faut réhabiliter certaines infrastructures comme les aéroports et les ponts pour faciliter le transport des soldats. Il faut mettre en place des escadrilles d'hélicoptères pour pouvoir établir le maillage de tout le territoire.

 

En renforçant les capacités opérationnelles de la force française Sangaris comme l'a décidé François Hollande et celles des forces africaines déjà sur place, la Misca, comme le souhaite le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, on pourra assurer l'intérim en attendant le déploiement de la force de maintien de la paix.

 

Quelle est la situation sécuritaire dans le pays ?

 

- Il y a une petite accalmie. Nous ne sommes plus dans les grands combats à l'arme lourde que nous avons connus au mois de décembre et qui ont fait 1.000 morts en un week-end. Dans la capitale, à Bangui, la situation est tendue mais la vie reprend un peu son cours. La force Sangaris est devenue plus percutante sur le terrain en s'attaquant aux groupes les plus extrémistes des "anti-balaka". Les ex-Seleka qui sévissaient après la prise de pouvoir de Michel Djotodia ont, pour la plupart d'entre eux, été cantonnés ou sont partis vers le nord.

 

Mais il y encore beaucoup d'efforts à faire. Il y a encore des tueries à l'arme blanche, des corps qui sont brûlés, mutilés. Ce qui nous inquiète le plus, ce sont les "anti-balaka" qui étaient au départ des groupes de paysans qui se défendaient contre les exactions des ex-Seleka et qui ont pris une ampleur inattendue. D'autres mouvements extrémistes, certains manipulés par des responsables politiques, d'autres liés au grand banditisme, se sont greffés à eux et ont contribué à l'amalgame entre les anciens Seleka composés majoritairement de musulmans et tous les musulmans du pays.

 

Justement, que sait-on des fidèles des anciens président, François Bozizé et Michel Djotodia, qui continueraient à soutenir chacun dans son camp, les milices à l'intérieur du pays ?

 

- Des écoutes ont confirmé que des proches de François Bozizé étaient en contact avec des éléments des "anti-balaka", avant même l'arrivée des Français, début décembre. On sait que l'attaque coordonnée du 5 décembre des "anti-balaka" était soutenue par des ex-Faca [Forces armées centrafricaines partisans de François Bozizé, NDLR]. Qu'on ne dise pas que ce sont les paysans qui se sont organisés pour attaquer au même moment à différents endroits de la ville de Bangui ! Nous n'avons pas de preuves pour dire que François Bozizé a donné des ordres directement mais il est en contact avec ces milices. Il n'est peut-être pas le seul mais nous n'avons pas les capacités d'enquête nécessaire pour le savoir.

 

Concernant Michel Djotodia, nous n'avons aucun élément sur lui pour l'instant. Il est tenu à la réserve au Bénin. Mais certains de ses généraux sont en fuite à l'étranger et nous restons vigilants pour qu'il n'y ait pas de déstabilisation de la part de ces personnes.

 

De nombreux anciens Seleka, qui refusaient d'être désarmés et cantonnés, se sont réfugiés dans le nord, leur fief. Craigniez-vous une partition du pays ?

 

 

- Il n'y aura jamais de partition, c'est clair. Ce qui nous inquiète le plus, ce ne sont pas ceux qui se sont réfugiés dans le nord car nous sommes ouverts à la négociation avec eux dans le cadre du programme de justice et de réconciliation. Ce qui nous fait peur, c'est que des zones de non-droit s'établissent au nord. La secte islamique de Boko Haram n'est pas loin, Aqmi non plus. Ils peuvent vouloir profiter de la situation, justifier la défense des musulmans victimes du conflit par des actions violentes et s'installer dans le nord. Il faut rappeler que les djandjawids [milices arabes du Soudan, NDLR] faisaient partie des mercenaires qui ont aidé Michel Djotodia à prendre le pouvoir. Si ces groupes s'installent au nord, ce sera irréparable.

 

Par ailleurs, le nord attire toutes les convoitises personnelles : il y a du pétrole, de l'or, des minéraux précieux. Nous ne voulons pas de seigneurs de guerre dans ces zones.

 

Selon vous, l'opération Sangaris a-t-elle les moyens de sa mission ?

 

- Imaginez un seul instant que l'armée française ne soit pas intervenue. Cela aurait été pire. Les populations se sentent en sécurité quand les troupes françaises sont présentes à leurs côtés. La France a eu le courage d'intervenir, elle agit avec les moyens qu'elle a, et cela a calmé les tensions. Les exactions se déroulent surtout à l'intérieur des quartiers et on ne peut pas mettre un homme de Sangaris devant chaque porte. Si un jour, il faut accuser quelqu'un ce n'est pas la France, mais le mutisme de la communauté internationale ces dernières années.

 

Selon le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, le pays est le théâtre d’un "nettoyage ethnique" frappant la minorité musulmane. Qu'en pensez-vous ?

 

- Il n'y a pas de guerre de religion en Centrafrique. "Purification ethnique" est un peu fort, nous n'en sommes pas là. Nous avons affaire à des extrémistes de tous bords qui ont utilisé la religion pour se repositionner politiquement et justifier la violence. Un chrétien ou un musulman ne découpe pas les gens à la machette.

 

Les auteurs des tueries pourront-il un jour être jugés ?

 

- Il ne peut pas y avoir d'impunité car c'est l'impunité qui a fait plonger la Centrafrique. La justice de notre pays n'est pas en état de fonctionner. Nos prisons ont été détruites, nous avons seulement réhabilité la prison de Ngaragba à Bangui pour contenir ceux qui continuent à commettre des exactions. Nous comptons beaucoup sur la communauté internationale et nous avons ouvert toutes nos portes à toutes les missions étrangères venues enquêter sur la Centrafrique, sans obstruction. Personne ne sera protégé.

 

Quelle sont les priorités de votre gouvernement ?

 

- Nous sommes un gouvernement de transition de la dernière chance. Nous devons organiser les élections qui doivent avoir lieu en février 2015, recréer l'état civil pour établir les listes électorales, rétablir la sécurité, gérer l'aspect humanitaire et les 100.000 réfugiés de l'aéroport de Bangui, rétablir l'autorité de l'Etat en nommant des préfets.

 

L'économie est moribonde. Quand nous sommes arrivés, il n'y avait rien dans les caisses de l'Etat, les fonctionnaires n'avaient pas été payés depuis plusieurs mois, la fuite des musulmans, qui tenaient la majorité des commerces, a provoqué l'effondrement du commerce. Les éleveurs Peuls ne font plus venir la viande car ils ont peur. La vie est devenue très chère. Heureusement, les troupes françaises et africaines sont parvenues un peu à protéger le corridor économique entre Douala au Cameroun et Bangui pour faire passer du ravitaillement. Les ex-Seleka avaient détruits les usines et les mairies.

 

Il faut remettre en état les services sociaux. A Bangui, il n'y a que deux hôpitaux mais ils ne répondent pas aux normes sanitaires. Dans certains d'entre eux, les patients sont soignés à même le sol dans la salle d'accueil. Si les écoles privées ont commencé à rouvrir, ce n'est pas le cas des écoles publiques. Les missions sont difficiles mais pas impossibles si nous avons l'appui de la communauté internationale pour créer le cadre nécessaire au règlement de nos problèmes.

 

Propos recueillis par Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

CENTRAFRIQUE : "Il n'y aura jamais de partition" MAE Toussaint Kongo Doudou

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